Inégalités sociales de santé en France : les ouvriers en première ligne

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Inégalités sociales de santé en France : les ouvriers en première ligne

Les inégalités sociales pèsent lourdement sur la santé. Une évidence qui ressort nettement des données publiées dans le numéro thématique « Inégalités sociales de santé » du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (Beh) de l'Invs. Un numéro qui compile les données de nombre d'enquêtes.

Les ouvriers en première ligne

Les résultats d'une première enquête (Handicap-Santé en ménages, 2008), montrent ainsi que les ouvrières et ouvriers ont, à âge égal, respectivement 3 et 4 fois plus de risque que les cadres de juger leur état de santé altéré. A 60 ans, ils déclarent également 2 fois plus d'incapacité que les cadres, et deux fois plus de problèmes pour rester autonomes.

Selon les enquêtes Gazel, Lorhandicap et Sumer, la répétitivité des taches, la manutention de charges lourdes, l'exposition à des produits chimiques (certaines cancérogènes) sont d'abord le lot des plus défavorisés, ce qui « suggère que les expositions professionnelles joueraient un rôle entre autres dans la survenue de troubles musculo-squelettiques et le cancer ».

D'autres résultats recoupent ceux de Sumer et montrent, par exemple, qu'il existe un lien entre le risque de souffrir de TMS et de lombalgies et le niveau d'études. Le taux de personnes soufrant de lombalgies entre 52 ans et 62 ans est double chez les ouvriers que chez les cadres.

Enfin, les effets différés des expositions professionnelles suivent la même tendance : les plus exposés aux produits cancérogènes sont en majorité des ouvriers et un rapport du Centre internationale de recherche sur le cancer a estimé à 50 % la part des inégalités sociales dans l'incidence du cancer du poumon d'origine professionnelle.

Espérance de vie en bonne santé : 63,5 ans pour les ouvriers

Le Beh consacre un autre article de cette livraison aux inégalités d'espérance de vie en bonne santé avant et après 65 ans. Les résultats sont parlants : à 50 ans, l'espérance de vie d'un ouvrier est de 27 ans, la moitié de ce temps étant vécue avec des « limitations fonctionnelles ».

L'espérance de vie en bonne santé d'un ouvrier est donc de 63 ans et demi.

Toujours à 50 ans, l'espérance de vie d'un cadre est plus longue de 5 ans et un tiers ont une limitation fonctionnelle.

Obésité : mieux vaut être aisé et instruit

Même inégalités pour l'obésité, mesurées à travers la cohorte Sirs en région parisienne (2005). Les chercheurs montrent que le taux d'obésité de la population dans un quartier sensible (Zus) ou de type ouvrier est double (13,6 %) de celui relevé dans des quartiers de type moyen ou supérieur (6,6 %).

Pour une prévalence moyenne de l'obésité de 8,8 %, le taux d'obèse est de 19,6 % chez les personnes n'ayant reçu qu'une instruction primaire, 12 % chez celles ayant un niveau secondaire et 4,3 % chez celles qui ont reçu une instruction supérieure.

Le même échelonnement se retrouve avec les niveaux de revenus : la prévalence de l'obésité est 2,5 fois supérieure dans le quart le plus modeste de la population (13 %) que dans le quart le plus aisé (5,4 %).

Les résultats de l'enquête menée sur l'obésité chez les enfants de 6 ans recoupe totalement ces données. Et quand l'obésité recule – c'est le cas chez les moins de 6 ans entre 2000 et 2006, les écarts se creusent car le recul de l'obésité est plus prononcé dans les couches aisés et instruites que chez les autres.

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