Santé / Environnement

Et si on mangeait moins de viande  ?

Pas de repas digne de ce nom sans viande. Pourtant, sa consommation n’est bonne ni pour notre santé, ni pour la planète. Interview de Fabrice Nicolino, spécialiste de l’environnement et auteur d’un livre* sur la question.

Est-ce vraiment mauvais pour notre santé de manger de la viande ?

Il ne faut pas affoler les gens inutilement. Ce qui est certain, c’est que de plus en plus d’études scientifiques pointent des liens entre la consommation de viande rouge et de charcuteries et certaines affections graves, comme les maladies cardio-vasculaires, l’obésité, le diabète, certains cancers.
En juillet dernier, un avis de l’Institut national du cancer (Inca) recommandait aux gros mangeurs de viande de réduire leur consommation, car ces personnes ont un risque plus élevé que les autres de développer un cancer colo-rectal. Ce sont les faits.

La viande industrielle serait-elle la principale responsable ?

On ne sait pas exactement, mais il est vrai que 99,5  % de la viande consommée en France est industrielle, que ce soit le porc, le poulet ou le bœuf. Certes, il y a une grande différence entre des bêtes élevées par milliers dans des boxes à stabulation et les vaches de l’Aubrac, sur les plateaux du Massif Central.
Néanmoins, à l’exception de la viande bio et de quelques élevages particuliers, nous mangeons de la viande industrielle chargée d’hormones, d’antibiotiques, de tranquillisants… Tous ces produits chimiques donnés aux animaux se retrouvent dans notre corps.
Quant aux conditions d’élevage, elles frisent parfois la barbarie. Les veaux, par exemple, sont produits après insémination artificielle. Avant, le petit veau restait quatre à cinq mois avec sa mère. Maintenant, il lui est retiré au bout d’un jour ou deux, mis dans le noir et ligoté pour qu’il ne bouge pas, car s’il bouge, il fait du muscle et sa viande ne sera plus d’apparence blanche mais rouge.

La production de viande est-elle également nocive pour l’environnement ?

En 2006, la Fao (Food and Agriculture Organization) a révélé qu’au niveau mondial l’élevage émet davantage de gaz à effet de serre que la totalité des moyens de transports humains. 18  % contre 14  %, c’est colossal. La réduction de la consommation de viande est donc une des clés de la lutte contre le réchauffement climatique.
Autre problème   : pour satisfaire nos besoins, il faut que chaque Français dispose de 458  mètres carrés de soja planté en Amérique latine. Sans ce soja pour nourrir les bêtes, il n’y a plus d’élevage. Ce qui signifie que le bétail français est gorgé de soja transgénique, et que lorsqu’on achète de la viande au supermarché, on mange des Ogm (organismes génétiquement modifiés).
Cultivé à coup de pesticides, le soja transgénique s’étend sur des millions d’hectares. Il rapporte des fortunes aux propriétaires terriens, mais chasse les petits paysans pauvres de leurs terres, ceux qui cultivaient du manioc ou de la canne à sucre, car il n’y a plus de place pour eux. La viande tue aussi la forêt amazonienne, qu’on défriche pour trouver de nouvelles terres.

Pourquoi a-t-on besoin de tant d’espace ?

L’animal a un rendement énergétique faible  : il faut 7 à 10 kilos de végétaux pour obtenir un kilo de bœuf. On va au désastre, car, quand la demande en viande va exploser dans les pays émergents, il va falloir trouver des surfaces gigantesques pour planter des céréales. Or, les terres agricoles ne sont pas extensibles à l’infini.
Il y a déjà un milliard d’affamés sur la planète, si l’évolution en cours continue, la concurrence se fera entre les pays qui ont de l’argent pour acheter des céréales et ceux qui n’en ont pas. On se dirige tout droit vers des famines de masse, beaucoup plus importantes que celles qu’on connaît aujourd’hui, qui sont déjà énormes.

Faut-il devenir végétarien ?

En tout cas, il faut réduire massivement sa consommation de viande. Chaque année, un Français en mange en moyenne 92 kilos, soit près de 2 kilos par semaine et 271 grammes par jour. Même si j’aime le goût de la viande, j’en consomme beaucoup moins qu’avant, seulement une fois par semaine.
Le problème est que la viande est un signe extérieur de richesse. Pour preuve, les Chinois qui s’enrichissent se précipitent sur elle. Ils signent, par là, leur accession à un statut social. Aujourd’hui, le paradoxe est que, dans les pays développés, ce sont les gens les plus informés et souvent les plus aisés qui en mangent le moins.

 

-  [04.01.10]   Brigitte Bègue

* Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde, éd. LLL Les Liens qui libèrent, 21  euros.

Bon à savoir

Selon l’Institut national du cancer, le risque de développer un cancer colo-rectal augmente de 29  % par portion de 100 grammes de viande rouge consommée par jour et de 21  % par portion de 50 grammes de charcuterie. 25  % de la population mange au moins 500 grammes de viande rouge par semaine – 39  % des hommes et 13  % des femmes – et plus de 25  %, au moins 50 grammes de charcuterie par jour. On sait, par ailleurs, que la viande contient des graisses saturées responsables du mauvais cholestérol.

Nos conseils


- Limitez votre consommation de viande rouge (bœuf, porc, mouton et chèvre) à moins de 500  grammes par semaine.

- Alternez avec des viandes blanches plus maigres (dinde, poulet…), du poisson, des œufs et des légumineuses (lentilles, fèves, pois cassés, haricots blancs, pois chiches), des céréales (riz, pain complet, blé, quinoa…), du tofu.

- Evitez les charcuteries, notamment celles qui sont très grasses et/ou très salées.

- Choisissez des viandes bio   : elles sont moins grasses que les viandes industrielles et garanties sans pesticides, ni antibiotiques, etc. Elles émettent également moins de C02.

- Privilégiez les mentions «   élevés en plein air  » ou «  nourris à l’herbe   », et les viandes qui proviennent de petits producteurs locaux plutôt que d’élevages intensifs.

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