lundi 21 mai 2012
Pour rendre leur avis sur un sujet, les experts épluchent les études qui lui sont consacrées. Mais la manière dont celles-ci sont menées – méthode, financement… – et le fait que certaines sont écartées peuvent fausser leur interprétation.
[02.04.10]
Brigitte Bègue
/
Pascale Pisani
Ogm : Monsanto ne dit pas tout
Le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) a attendu un an et demi pour que la Commission du génie biomoléculaire, chargée d’évaluer les risques des Ogm pour la santé, lui fournisse les résultats des tests effectués par Monsanto, leader mondial des Ogm. Habituellement publics, les documents étaient restés confidentiels. Or certains résultats étaient inquiétants. Le maïs Mon 863, par exemple, provoquerait
une augmentation des globules blancs chez les rats mâles, une baisse des globules rouges et une élévation de la glycémie chez les femelles. Des données passées sous silence : « On est loin de l’évaluation transparente qu’on est en droit d’attendre […], signale Gilles-Eric Séralini*, président du comité scientifique
du Criigen. Ce sont des études privées qui nourrissent les dossiers d’autorisation de mise sur le marché et qui ont permis à certains experts de plaider l’innocuité. »
* Ces Ogm qui changent le monde, éd. Champs-Actuel, 8 euros.
Publié, pas toujours vérifié
Toutes les études n’ont pas le même écho. Chercheurs et revues
ont tendance à relayer les études ayant un résultat significatif plutôt que celles dont on ne peut pas tirer de conclusions. Quant aux labos,
ils effectuent de nombreux tests dont le résultat est si défavorable
qu’ils préfèrent ne pas les publier. Récemment, le British Medical Journal a passé au crible 274 études. Il en a conclu que certaines revues, même parmi les plus prestigieuses, favorisaient la publication d’études financées par l’industrie pharmaceutique, qui leur achète des espaces publicitaires. Enfin, des campagnes de communication
sont menées dans la presse grand public. Les résultats y sont exposés
d’une façon simple, qui risque d’être réductrice. Aux journalistes,
alors, de remonter à la source de l’information, car seule la lecture
de la publication originale permet d’en évaluer la validité.
Scott Reuben avait tout inventé !
Cet anesthésiste américain, spécialiste reconnu des douleurs postopératoires et auteur de dizaines d’articles médicaux, a avoué la fraude : il n’a jamais effectué les essais cliniques décrits dans les nombreuses études qu’il a publiées depuis 1996. Ces dernières avaient notamment permis à des médicaments comme le Celebrex,
le Lyrica et le Dynastat de Pfizer, l’Effexor de Wyeth, ou le Vioxx
de Merck d’être autorisés par les autorités sanitaires dans le monde entier. Ces traitements concernent des millions de patients dans le monde. Et beaucoup de milliards de dollars. Outre ses études, Scott Reuben était aussi payé par le laboratoire Pfizer pour animer des conférences à la gloire de ses médicaments.
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