Santé / Des experts sous influence

Etudes : entre info et intox

Pour rendre leur avis sur un sujet, les experts épluchent les études qui lui sont consacrées. Mais la manière dont celles-ci sont menées – méthode, financement… – et le fait que certaines sont écartées peuvent fausser leur interprétation.

« Une nouvelle étude a montré que… » Avec cette petite phrase, les résultats des études sont vite élevés au rang de vérité médicale. Mais, parfois, les affirmations se contredisent, voire se révèlent fausses. Car toutes les études ne se valent pas. Ainsi, jusqu’à la fin des années 1990, toutes les études de cohortes (on compare deux groupes de personnes en bonne santé dont l’un est exposé à un agent, l’autre pas) menées aux Etat-Unis sur les effets des traitements hormonaux de substitution (Ths) ont conduit à penser qu’ils étaient bénéfiques pour la santé. Les femmes qui les prenaient avaient en effet moins de maladies cardio-vasculaires. En 2002, l’étude américaine randomisée (pour laquelle les participants sont répartis de façon aléatoire) Whi (Women’s Health Initiative), qui cherche à déterminer les bénéfices et les effets indésirables d’un traitement à long terme, a montré que non seulement les Ths ne sont pour rien dans ce résultat, mais qu’ils augmentent légèrement le risque de cancer du sein.
Si les résultats des études de cohortes étaient biaisés, c’est que les groupes comparés n’étaient pas constitués par tirage au sort, comme dans la Whi. Les femmes qui prenaient des Ths n’étaient donc statistiquement pas les mêmes que celles qui n’en prenaient pas  : elles étaient plus attentives à leur santé, plus minces, capables de se tenir à un traitement régulier, elles ne fumaient pas… Ce qui peut expliquer leur meilleur état de santé.
Parfois, les études sur lesquelles s’appuient les experts sont controversées. L’exemple type est celui de la téléphonie mobile, sujet ô combien sensible, mais sur lequel les utilisateurs ont du mal à voir clair. En effet, les études sur les effets des ondes sur l’organisme se suivent, mais leurs conclusions diffèrent. Tout dépend souvent de leurs financements. Des chercheurs suisses ont montré que 33 % des travaux scientifiques financés par les opérateurs aboutissent à l’existence d’un risque, contre 80 % quand les subventions viennent de fonds publics. Cherchez l’erreur  !
Autre question d’actualité sur laquelle on tâtonne  : le bisphénol A (Bpa). Ce perturbateur endocrinien utilisé dans les biberons, les barquettes pour micro-ondes, les bouteilles en plastique, les canettes, les conserves… pourrait être particulièrement toxique, notamment chez les enfants. Pourtant, l’avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) d’octobre 2008 se veut rassurant. C’est que «  les experts se sont principalement fixés sur deux études totalement obsolètes réalisées par une chercheuse américaine qui travaille pour la chimie, dénonce André Cicolella, chercheur et président du Réseau environnement santé. Ils ont fait l’impasse sur une centaine d’autres études  ».
Plus précisément, écrit dans son livre* Anne-Corinne Zimmer  : «  A la fin 2006, 149 études scientifiques sur les 176 publiées montraient que de faibles doses de Bpa induisaient des effets néfastes  : parmi les 27 études ne rapportant aucun effet, 13 étaient issues de l’industrie, tandis que les autres avaient utilisé une lignée de rats insensibles aux effets des œstrogènes.  » En janvier dernier, dans un nouvel avis, l’Afssa a reconnu qu’il existait «  des signaux d’alerte  ».
* Polluants chimiques, enfants en danger  : les gestes qui sauvent, éd. de l’Atelier, 19 euros.

 

-  [02.04.10]   Brigitte Bègue /   Pascale Pisani

Ogm  : Monsanto ne dit pas tout
Le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) a attendu un an et demi pour que la Commission du génie biomoléculaire, chargée d’évaluer les risques des Ogm pour la santé, lui fournisse les résultats des tests effectués par Monsanto, leader mondial des Ogm. Habituellement publics, les documents étaient restés confidentiels. Or certains résultats étaient inquiétants. Le maïs Mon 863, par exemple, provoquerait une augmentation des globules blancs chez les rats mâles, une baisse des globules rouges et une élévation de la glycémie chez les femelles. Des données passées sous silence  : «  On est loin de l’évaluation transparente qu’on est en droit d’attendre […], signale Gilles-Eric Séralini*, président du comité scientifique du Criigen. Ce sont des études privées qui nourrissent les dossiers d’autorisation de mise sur le marché et qui ont permis à certains experts de plaider l’innocuité.  » * Ces Ogm qui changent le monde, éd. Champs-Actuel, 8 euros.

Publié, pas toujours vérifié
Toutes les études n’ont pas le même écho. Chercheurs et revues ont tendance à relayer les études ayant un résultat significatif plutôt que celles dont on ne peut pas tirer de conclusions. Quant aux labos, ils effectuent de nombreux tests dont le résultat est si défavorable qu’ils préfèrent ne pas les publier. Récemment, le British Medical Journal a passé au crible 274 études. Il en a conclu que certaines revues, même parmi les plus prestigieuses, favorisaient la publication d’études financées par l’industrie pharmaceutique, qui leur achète des espaces publicitaires. Enfin, des campagnes de communication sont menées dans la presse grand public. Les résultats y sont exposés d’une façon simple, qui risque d’être réductrice. Aux journalistes, alors, de remonter à la source de l’information, car seule la lecture de la publication originale permet d’en évaluer la validité.

Scott Reuben avait tout inventé  !
Cet anesthésiste américain, spécialiste reconnu des douleurs postopératoires et auteur de dizaines d’articles médicaux, a avoué la fraude  : il n’a jamais effectué les essais cliniques décrits dans les nombreuses études qu’il a publiées depuis 1996. Ces dernières avaient notamment permis à des médicaments comme le Celebrex, le Lyrica et le Dynastat de Pfizer, l’Effexor de Wyeth, ou le Vioxx de Merck d’être autorisés par les autorités sanitaires dans le monde entier. Ces traitements concernent des millions de patients dans le monde. Et beaucoup de milliards de dollars. Outre ses études, Scott Reuben était aussi payé par le laboratoire Pfizer pour animer des conférences à la gloire de ses médicaments.

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Décryptage

Y a-t-il des aliments anticancer  ?

Près d’un tiers des cancers pourraient être évités grâce à une meilleure alimentation. S’il n’existe pas d’aliments magiques qui mettraient totalement à l’abri de cette maladie, certains d’entre eux ont de réels effets protecteurs. Les livres sur (...)  [02.01.12] • Réagir

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