lundi 21 mai 2012
Le 21 septembre 2001, à 10h17, l’explosion de l’usine AZF secouait Toulouse, faisant 31 morts, 2 500 blessés, des milliers de bâtiments et de logements détruits et plus de 2 milliards d’euros de dégâts...
Dix ans après, Toulouse continue à panser ses plaies, aux niveaux sanitaire, psychologique et matériel. Le traumatisme est loin d’être effacé. Et les dommages sur la santé des victimes continuent de peser.
Dix ans après, toujours des problèmes de santé
Dépression, stress, perte d’audition, acouphènes : telles sont les symptômes qui persistent, dix ans près, dans la population toulousaine. Plus les victimes étaient proche de l’épicentre de l’explosion, plus les conséquences (physiques mais aussi psychologiques, sociales, professionnelles) sont nombreuses et importantes.
Ces constats sont tirés d’un dispositif de surveillance sanitaire sur le long terme mis en place par l’Institut national de veille sanitaire (Invs), avec de nombreux partenaires, notamment l’Inserm et le centre d’examens de santé de la caisse primaire d’assurance maladie (Cpam 31) de la Haute-Garonne. Ce dispositf a suivi la « cohorte santé Azf », un groupe témoin de 3 006 personnes – travailleurs et sauveteurs – présentes le jour J sur la vaste zone sinistrée.
L’étude, arrêtée en 2009 et dont les résultats définitifs seront connus en 2012, a permis de suivre ces personnes volontaires sur le plan sanitaire et socio-professionnel. Et ce, par le biais des bilans de santé et d’auto-questionnaires réguliers.
Les symptômes dépressifs ont même progressé et concernaient encore en 2007 42 % des hommes et 60 % des femmes !
Dans le domaine des troubles auditifs, cinq ans après, 31 % des hommes et 24 % des femmes souffrent d’acouphènes tandis que 26 % des hommes et 35 % des femmes souffrent d’hyperacousie.
La surveillance épidémiologique générale des victimes (au-delà de la cohorte) nous apprend que près de 5 000 personnes ont débuté un traitement psychotrope dans les jours suivants l’explosion, alors qu’elle n’en prenait pas auparavant.
Ces traitements ont perduré puisque quatre ans après, 14 % des participants à la cohorte consommaient des anxiolytiques et 10 % des antidépresseurs. Cette consommation augmentait avec la proximité du site de l’explosion : les hommes se trouvant à moins de 1,7 km ont été trois fois plus nombreux à en consommer que ceux étant à plus de 5 km.
Les enfants aussi...
A côté de cette étude, unique en France par sa durée et les paramètres étudiés, par les nombreux acteurs et chercheurs mobilisés, deux autres grandes enquêtes (cohortes) ont été menées auprès des enfants et des habitants de la zone sinistrée, dans les deux ans qui ont suivi la catastrophe. Selon la première, la catastrophe a eu un impact immédiat sur environ 10 000 enfants et adolescents scolarisés dans les quarante-trois écoles, collèges et lycées proches du site.
Réalisée par les services médicaux du Rectorat de Toulouse un an et plus après l’explosion, l’enquête a révélé la persistance de plusieurs troubles de santé : déprime, anxiété, fatigue, maux de ventre et de tête, insomnies... troubles supérieurs à la moyenne nationale. Ces résultats ont conduit à renforcer la présence de médecins, d’infirmières et d’assistantes sociales scolaires dans les établissements concernés. Les symptômes ont toutefois diminué, témoignant de la capacité de résilience des enfants.
[20.09.11]
Karine Pollet
A lire également :
AZF : victimes et sinistrés dans l’attente du procès en appel
A suivre :
« 10h17, AZF, Chronique d’une blessure toulousaine » : documentaire diffusé ce 21 septembre 2011 à 23 h 55, sur France 3. Il est réalisé par Fabrice Valéry, rédacteur en chef adjoint à la rédaction de France 3 Toulouse, produit par France 3 Midi-Pyrénées.
De septembre 2001 à juillet 2011, la Cpam 31 a ouvert 11 618 dossiers pour des assurés sociaux déclarés comme victimes d’Azf, dont 7 827 au titre de la maladie et 3 791 au titre d’un accident du travail. N’oublions pas qu’Azf est également un gigantesque accident du travail.
Les dépenses engagées dans ce cadre représentent 34,4 millions d’€ et sont remboursées par Total et les assurances dans le cadre du recours contre tiers. Elles n’incombent en effet absolument pas à l’assurance maladie et aux mutuelles.
C’est aussi le cas de certaines dépenses de santé habituellement très peu prise en charge : la Cpam 31 rembourse au taux réel les appareils auditifs, dans le cadre du Recours Contre Tiers et d’une convention spécifique.
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