jeudi 9 février 2012
Présents nuit et jour, certains pendant des années, les proches de malades sont aussi victimes de la maladie. Sans statut officiel, sans soutien financier ou psychologique, ces aidants familiaux sont parfois en grande souffrance. Ils ne doivent plus rester invisibles.
En France, plus de 3 millions de personnes s’occupent d’un proche malade. Une charge difficile et bénévole qui équivaut à 500 000 emplois à temps plein. Mais alors qu’ils se dépensent sans compter, parfois 24 heures sur 24, les aidants familiaux ne sont pas reconnus.
Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, ces family caregivers sont regroupés en associations. Ici, ils demeurent invisibles. Pourtant, avec le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques, la restriction des dépenses de santé…, cette forme de solidarité va sans doute se développer.
Mais si, selon un sondage Bva, 83 % des Français se déclarent prêts à assumer ce rôle, 33 % estiment que ce sera dur. Autrement dit, comment fait-on quand ça nous tombe dessus ? Il n’y a aucune obligation morale à devenir aidant. Ceux qui choisissent de le faire font ce qu’ils peuvent, beaucoup sacrifient leur vie de famille, certains leur vie professionnelle. Fragilisés par la maladie d’un être cher, négligeant leur propre santé, la plupart craquent ou s’épuisent.
Des proches parfois à bout d’épuisement
On sait, par exemple, que 46 % des conjoints de malades de Parkinson prennent des antidépresseurs et que, dans les trois premières années suivant un diagnostic d’Alzheimer, le risque de mortalité des aidants est majoré de 60 % par rapport à celui des non-aidants du même âge. Les aidants souffrent aussi plus souvent d’affections chroniques.
Aujourd’hui, dans le monde médical, associatif, politique… des voix s’élèvent pour que les aidants familiaux soient pris en considération. Les Français estiment à 77 % que les proches sont injustement ignorés des pouvoirs publics et ils sont 49 % à attendre des initiatives nationales pour y remédier.
« Ils ont besoin d’un statut juridique, d’une formation, d’un congé entreprise, d’une indemnisation, de soutien pour lâcher prise de temps en temps », affirmait Marie-Thérèse Boisseau, présidente du Plan qualité de vie des personnes atteintes de maladies chroniques, aux Assises nationales de la proximologie, le 7 avril dernier à Paris*.
Le message commence à passer. La Haute Autorité de santé vient de préconiser un suivi régulier des proches qui aident un patient Alzheimer, comportant une visite médicale annuelle. La secrétaire d’Etat aux Aînés a annoncé la création d’une « journée nationale des aidants » à l’automne, mais pas de création d’emplois.
Pourtant, comme le souligne le Pr Régis Aubry, président du Comité national de suivi du développement des soins palliatifs et de l’accompagnement, « il ne faut pas que l’aidant soit trop sollicité. Car si on lui demande d’effectuer un geste technique et qu’il le rate, il va culpabiliser et il risque de ne pas s’en remettre ».
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[15.09.10]
Brigitte Bègue
Pour en savoir plus : www.assisesdeproximologie.com
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