Société

Frais bancaires, revolving, agios... les associations s’engagent dans “la prévention budgétaire”

Comment construire son budget, le gérer ? Financer un projet ? Quels sont les différents moyens de payement ? Comment lire un relevé de compte ? Evaluer sa situation financière ? Autant de sujets que l’on n’apprend pas sur les bancs de l’école.
Dans les années 1970, on distribuait en classe à tous les écoliers français, un livret de Caisse d’épargne sur lequel on mettait 1 franc tous les mois pour apprendre l’épargne. On attendait avec impatience la fin de l’année, pour y découvrir le petit miracle des intérêts. Aujourd’hui, pour des raisons éthiques honorables, parler d’argent en milieu scolaire paraît irréaliste.

La virtualisation complique la maîtrise de l’argent
Dans le même temps, pour les adolescents qui ne peuvent pas trouver chez eux de l’aide dans ces domaines, risquent de se trouver en grande difficulté plus tard dans leur vie sociale. D’autant plus que le monde de l’argent se complexifie en se virtualisant par le biais des prélèvements automatiques ou des transactions électroniques. Une dématérialisation qui pousse à consommer plus, puisque le fait de dépenser semble indolore lorsqu’on ne sort pas de son portefeuille des espèces sonnantes et trébuchantes.
Plusieurs études le montrent : les Français ont des carences importantes en matière de culture économique et financière. Frais bancaires, découverts autorisés ou crédit revolving... Autant de notions qu’ils maitrisent mal. Une problématique amplifiée par un contexte de crise.

Voilà pourquoi aujourd’hui, de nombreuses associations de solidarité militent pour la mise en place d’une éducation budgétaire qui serait, selon elles, aussi essentielle que l’accès au logement, aux soins, et à l’emploi...
Cinq d’entre elles : le Secours Catholique, Crésus, Aurore, Agir abcd et Face (Fondation agir contre l’exclusion) soutenues par la Fondation Cetelem (placée sous l’égide de la Fondation de France) ont mis en place dans leurs activités des modules de prévention budgétaire : “Tout comme nous faisons de la prévention routière en partenariat avec la Macif, il nous a semblé important de proposer une offre de prévention aux risques d’incidents bancaires ou de surendettement en direction de publics fragilisés”, explique Yvan Le Moing, président de d’Agir abcd qui regroupe 3 000 retraités intervenants bénévoles.

Impliquer la responsabilité des banques
Dix-huit mois après le lancement des actions de ces associations, près de 10 000 jeunes (lycéens, élèves de centre de formations des apprentis, jeunes en voie d’insertion) et ménages en difficulté ont été formés ou sensibilisés à la gestion du budget.
Pour Bruno Salmon, Président de BNP Paribas Personal Finance et Président de La Fondation Cetelem : "En France comme dans la plupart des pays à forte tradition catholique il y a un vrai complexe à parler d’argent. De plus, tout le monde reconnaît qu’un effort particulier en matière d’éducation budgétaire est nécessaire. Force est de constater que cet enseignement est insuffisamment dispensé aujourd’hui dans les établissements scolaires. C’est pour cela que nous avons choisi de nous engager dans des actions concrètes. Et, notre fil conducteur est avant tout la prévention, en particulier auprès des jeunes." Il est temps aujourd’hui de se mettre autour de la table afin de responsabiliser la clientèle mais aussi les professionnels de la banque. Il y a des choses à faire dans l’accompagnement des clients fragiles, par exemple en restant en veille sur la dégradation des comptes courants, en identifiant de manière préventive les difficultés avant que le premier impayé ne survienne. Il y a des solutions à proposer comme la diminution des mensualités, le rallongement de la durée d’emprunt. Nous pouvons agir seuls ou avec le concours d’associations spécialisées. Il nous faut tendre vers un crédit responsable. Il y va de l’intérêt de tous.
Alain Bernard, responsable du département emploi et économie solidaire au Secours catholique est d’accord : “Par tradition, au Secours catholique non plus, il n’est pas facile de parler d’argent. Et pourtant, l’impasse financière est la première raison première qui incite les gens à pousser notre porte. Avec ce programme d’éducation budgétaire, nous savons que nous ne ferons pas de miracle avec les bénéficiaires des minimas sociaux qui n’ont pas de marge de manœuvre. En revanche, nous pouvons intervenir sur des populations un peu plus aisées afin d’éviter qu’elles ne basculent dans la spirale des crédits et du surendettement” »

Pour les associations, l’éducation budgétaire n’est qu’un volet d’une réflexion bien plus grande sur les crédits responsables et l’inclusion bancaire ( voir l’article Un manifeste pour l’inclusion bancaire). Elles sont nombreuses aujourd’hui à nouer des partenariats avec des organismes financiers afin de proposer la mise en œuvre de micro crédits personnel et à se battre pour un accès de tous les Français au droit commun en matière d’argent.
C’est à dire le droit d’accès à un compte, à une banque, à un crédit responsable et non pas proche du taux de l’usure. Car c’est bien connu. Aujourd’hui en France, moins on est riche, plus le crédit est cher.

 

-  [17.02.12]   Anne-Marie Thomazeau

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