Santé

Greffe du rein, le cercle des donneurs s’élargit

La nouvelle loi de bioéthique vient de l’autoriser : Pour donner un rein à une personne en attente de greffe, il n’est plus nécessaire d’être parent ou conjoint du receveur…

En 2010, 9,8 % des greffes de rein ont été réalisées grâce à des donneurs vivants. Pour qu’il y en ait plus, la nouvelle loi de bioéthique du 23 juin 2011 a élargi le cercle des donneurs. Jusqu’ici, seules les personnes ayant un lien de parenté direct avec le malade (parents, grands-parents, frères, sœurs, oncles, tantes…) et les conjoints pouvaient le faire. Désormais, toute personne majeure capable d’apporter la preuve d’une «  relation affective et stable depuis au moins deux ans avec le receveur  » peut lui donner un rein. Un ami d’enfance ou une belle-sœur pourront donc se porter volontaire. Autre nouveauté : au cas où le couple donneur-receveur ne serait pas compatible, la loi permet d’avoir recours au don croisé, c’est-à-dire de procéder à un échange avec un autre couple présentant une compatibilité croisée entre donneurs et receveurs. Les croisements envisagés (limités à deux couples) seront gérés par l’Agence de la biomédecine et couverts par l’anonymat.

Déjà effectives dans d’autres pays, ces dispositions devraient permettre de sauver plus de malades. La greffe de rein est, en effet, l’ultime traitement des malades dialysés atteints d’insuffisance rénale chronique. Quand le rein provient d’un donneur vivant plutôt que d’un donneur décédé, grâce à la possibilité de programmer l’intervention et de réaliser presque simultanément le prélèvement et la greffe, les greffés vivent mieux et plus longtemps.

Les donneurs se portent bien

Une enquête de l’Agence de la biomédecine portant sur 501 personnes ayant donné un rein au cours des cinq dernières années montre qu’ils se portent très bien. On vit, en effet, tout à fait normalement avec un seul rein. «  Psychiquement, ils vont d’autant mieux que leur geste est bien accepté de leur entourage et qu’ils n’ont pas le sentiment que le receveur se sent redevable par rapport à eux  », constate le Dr Marie Thruong, chef du pôle stratégie greffe de l’Agence de la biomédecine. Environ 60 % des prélèvements ont eu lieu par cœlioscopie (le rein est retiré par une petite incision), la durée d’hospitalisation a été en moyenne de six jours, 23 % des donneurs se sont plaints de douleurs post-opératoires, mais les deux tiers ont récupéré rapidement. A 94 %, les donneurs ont pris leur décision sans hésitation pour éviter la dialyse à un proche, 36 % ont donné un rein à leur enfant, 33 % à un frère ou une sœur, 26 % à un conjoint, 5 % à un autre parent (père ou mère, etc.). L’âge moyen des donneurs est de 53 ans. Dans 90 % des cas, après la greffe, les relations entre le donneur et le receveur sont bonnes ou excellentes, voire meilleures qu’avant. Fait marquant : ce sont plutôt les femmes qui donnent (61 %, contre 39 % pour les hommes). A la question «  Et si c’était à refaire  ?  », 98 % des donneurs répondent qu’ils le referaient.

Quelle est la marche à suivre  ?

Si le statut des donneurs est maintenant protégé par la loi (on ne pourra pas refuser une prime ou une assurance au motif qu’on a donné un organe), la procédure reste inchangée et les critères très stricts. Le futur donneur doit d’abord se soumettre à une batterie d’examens médicaux destinés à évaluer son état de santé et à vérifier – c’est primordial – qu’il existe une compatibilité sanguine et immunologique avec le receveur. Donner un rein n’est pas neutre sur le plan psychologique, il doit donc rencontrer un comité d’experts qui s’assurera qu’il a bien compris l’enjeu du prélèvement et que les informations qu’il a reçues par l’équipe de greffe ont été complètes et neutres. Le comité doit également apprécier sa motivation, afin de vérifier qu’il n’a subi aucune contrainte de son entourage. Excepté quand le donneur est le père ou la mère du receveur, c’est le comité d’experts qui prend la décision d’autoriser ou de refuser le prélèvement. Le donneur potentiel garde néanmoins la possibilité de se rétracter à tout moment. Il n’y a pas d’âge limite : on peut donner son rein à 70 ans ou plus, à condition d’être en excellente santé.

Plus de renseignements sur les sites Internet : www.donduvivant.fr www.agence-biomedecine.fr

 

-  [01.12.11]   Brigitte Bègue

Le don d’organes après la mort

Chaque année, plus de 15 000 malades attendent d’être greffés. En 2010, seuls 4 700 ont pu l’être.

Pour favoriser le don post mortem, la loi de bioéthique permet désormais aux assurés sociaux d’indiquer sur leur carte Vitale et sur leur dossier médical la mention «  a été informé de la loi sur le don d’organes  ». Une occasion pour chaque personne de réfléchir à la question et d’en parler à sa famille et à ses proches. C’est, en effet, à ces derniers que les équipes médicales s’adresseront pour connaître la position du défunt si un prélèvement est envisagé. Or, la plupart du temps, la famille ne sait pas et, sur le coup de l’émotion, refuse. En France, la loi considère que chaque personne est a priori consentante pour donner ses organes. D’où l’importance, en cas d’opposition, de s’inscrire sur le Registre national des refus ou de faire part de son avis à ses proches. La carte de donneur est une indication, mais elle n’a pas de valeur légale.

On estime qu’un donneur décédé permet de sauver quatre vies.

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