mardi 7 février 2012
Avec la mise en place des « états des prévisions de recettes et de dépenses » (Eprd) dans les hôpitaux, qui induisent de nouvelles organisations, axées plus sur la gestion que sur le soin, le personnel – et singulièrement les médecins – est confronté à des choix générant une souffrance éthique parfois insupportable.
Le directeur de l’hôpital [1].avait décrété que, en plus de mes fonctions d’anesthésiste, je devais superviser le service des urgences, en l’absence de médecin urgentiste. Qu’aurais-je dû faire si, appelée au bloc en tant qu’anesthésiste, j’avais eu en même temps à prendre une décision importante pour un malade admis aux urgences ? Je privilégiais qui ? Ethiquement, psychologiquement, je ne pouvais pas accepter. J’ai refusé. » Vacataire, Dominique a payé ce refus au prix fort : « J’ai été mise à la porte de l’hôpital en huit jours. Après beaucoup de discussions, mes confrères m’ont finalement comprise. Et le conseil de l’ordre de mon département m’a donné raison. »
Si les anesthésistes-réanimateurs, de par leur spécialité, sont souvent très exposés, orthopédistes, traumatologues et psychiatres le sont aussi, et ils disent leur souffrance. Psychiatre des hôpitaux depuis le début de sa carrière, Nathalie [2] vit un cauchemar depuis dix-huit mois. Employée par un hôpital psychiatrique, elle était détachée dans un deuxième établissement, qui, « pour des raisons financières et de restructuration », est aujourd’hui sous la tutelle économique d’un troisième hôpital. Résultat : plus de détachement, son bureau est fermé. Elle n’a pas d’ordinateur. On ne lui confie pas de consultations. « Je me sens inutile, nulle. Je suis d’une famille de médecins, élevée dans des valeurs humanistes. En fin de carrière, je tombe de haut en constatant que l’hôpital pouvait produire ça. »
Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs (Snphar) est en alerte depuis plusieurs années sur ce problème, moins connu que celui des infirmières. Il a contribué à l’élaboration de l’enquête « Santé et satisfaction des médecins au travail » (Sesmat). Laquelle montre un taux d’épuisement professionnel (près de 40 %) élevé chez les praticiens. « Nous voulions, avec cette enquête, poser la question de la prévention du burn-out [syndrome d’épuisement professionnel] chez les médecins. Mais l’enquête a été publiée et on en est restés là », déplore Max-André Doppia, secrétaire général du Snphar.
[01.02.10]
Anne-Marie Boulet
[1] Un centre hospitalier régional
[2] Le prénom de notre témoin a été changé.
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