mardi 7 février 2012
Réagir contre le harcèlement moral au travail, c’est d’abord rompre le sentiment d’isolement et de culpabilité qui ronge souvent les personnes qui en sont victimes. Il faut donc trouver les bons interlocuteurs, qui sauront conseiller sur les procédures à entreprendre.
Votre médecin traitant, en constatant
vos souffrances, peut vous aider à prendre du recul pour réaliser ce dont vous êtes victime.
Le médecin du travail est habilité à proposer
au chef d’entreprise des mesures individuelles,
telles que mutations ou transformations de poste,
si elles sont justifiées par des considérations
relatives notamment à la santé physique et morale
des salariés. Il est par ailleurs tenu au secret médical.
L’employeur a l’obligation de prendre des mesures contre les situations de harcèlement. Si vous vous en sentez la force, vous pouvez vous adresser directement à lui (ou au directeur des ressources humaines,
ou à un supérieur hiérarchique du harceleur).
Les délégués du personnel peuvent lancer
une procédure d’alerte en saisissant l’employeur,
qui sera alors tenu de procéder sans délai à une enquête avec les délégués et de prendre les dispositions nécessaires pour remédier à la situation.
Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (Chsct) a normalement un pouvoir d’initiative en matière de prévention du harcèlement.
L’inspecteur du travail peut procéder à une
enquête au sein de votre service et, selon ses résultats, dresser un procès-verbal qui sera transmis au procureur de la République.
Les syndicats sont en général d’une aide précieuse, ils peuvent vous conseiller et même engager des actions judiciaires en votre nom (avec votre accord).
Les associations d’aide aux victimes de harcèlement sont aussi, grâce à leur expérience, d’un grand secours pour vous soutenir, vous conseiller et agir à vos côtés.
Le Code du travail prévoit que toute personne
de l’entreprise (y compris la personne accusée
de harcèlement) peut engager une procédure
de médiation.
Le rôle du médiateur est de s’informer
de l’état des relations entre les parties et de tenter
de les concilier en leur soumettant des propositions
qu’il consigne par écrit.
En cas d’échec de la conciliation, il doit informer les parties des éventuelles sanctions encourues et des garanties procédurales prévues
en faveur de la victime (voir encadré « Mesures
de protection de la victime et des témoins »).
Plusieurs difficultés peuvent s’opposer au succès de cette médiation : d’abord, le choix du médiateur doit faire l’objet d’un accord entre les parties (ce qui suppose déjà une possibilité de communication entre le harceleur et sa victime), ensuite, le médiateur n’a pas le pouvoir contraignant qui pourrait forcer le harceleur à changer de comportement.
Aussi, si la situation vous paraît trop bloquée pour être résolue par une médiation, sachez qu’il n’est pas obligatoire de passer par cette étape avant de vous engager dans une procédure judiciaire.
Différentes procédures peuvent être envisagées. Avec l’aide de vos conseils (avocat, syndicat, association), vous devrez choisir la plus adaptée à votre cas, en fonction de la nature de vos requêtes, de la gravité du harcèlement et des preuves dont vous disposez.
Procédure prud’homale : si vous désirez simplement faire cesser le harcèlement dont vous êtes victime ou si les agissements en question vous ont causé du tort sur le plan professionnel (primes supprimées, sanctions disciplinaires injustifiées, licenciement abusif…), il vous faudra saisir le conseil de prud’hommes.
Compétente sur ces litiges de droit du travail, cette juridiction pourra obliger l’auteur du harcèlement à vous verser une indemnisation pour le préjudice moral et/ou physique subi.
Devant ce conseil, l’assistance
d’un avocat n’est pas obligatoire, mais elle est
toujours fortement conseillée (surtout si vous
n’êtes pas aidé par un syndicat ou une association).
Procédure civile : le tribunal de grande instance
est compétent pour statuer sur l’octroi de dommages et intérêts en réparation d’un préjudice. L’assistance d’un avocat est obligatoire.
Procédure pénale : il vous est possible de poursuivre l’auteur du harcèlement moral devant le tribunal correctionnel pour le faire condamner pénalement (jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende).
Si vous saisissez cette juridiction en vous constituant partie civile, vous pouvez demander des dommages et intérêts en réparation de votre préjudice.
L’assistance d’un avocat n’est pas obligatoire,
mais, dans les faits, il est très difficile, voire risqué,
de s’en passer car, devant cette juridiction, la charge
de la preuve est plus contraignante pour le plaignant
(voir encadré « Préparez votre dossier »). C’est la raison pour laquelle cette voie pénale n’est en général utilisée que dans les cas de harcèlement les plus graves.
[01.02.10]
Sylvain Gisclard
- Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents de travail et des maladies professionnelles,
site Internet : www.inrs.fr
- Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail,
site Internet : www.anact.fr
- Harcèlement moral stop,
site Internet : www.hmstop.com
- Association contre le harcèlement professionnel,
site Internet : http://achp.ifrance.com
Les mesures de protection de la victime et des témoins
Le Code du travail prévoit qu’aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, pour avoir subi ou refusé de subir des agissements répétés de harcèlement moral ou pour avoir témoigné sur de tels agissements ou les avoir relatés. En suivant ce principe de protection, la jurisprudence admet que :
le licenciement d’un salarié s’étant plaint de harcèlement doit être annulé même si les tribunaux n’ont pas reconnu les faits de harcèlement (sauf mauvaise foi du salarié) ;
un licenciement pour inaptitude
doit être annulé lorsque l’inaptitude résulte d’un harcèlement moral ;
une démission justifiée par une situation de harcèlement moral doit être requalifiée
en licenciement abusif.
Préparez votre dossier en accumulant les preuves
Une procédure judiciaire nécessite que vous puissiez présenter suffisamment d’éléments confirmant
vos accusations. En matière de harcèlement moral,
le Code du travail facilite votre action en justice en
ne faisant pas reposer exclusivement sur vous la charge
de la preuve.
En effet, la victime n’est tenue d’apporter devant les juges que des éléments matériels laissant présumer l’existence d’un harcèlement. Ces éléments peuvent être des courriers, des mails, des notes
de service, des témoignages, des certificats médicaux…
Pour se défendre, il incombe à l’auteur des faits,
au vu des éléments présentés, de prouver que ses agissements ne sont pas constitutifs d’un harcèlement
et qu’ils sont justifiés par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement.
Par contre, en matière pénale,
en vertu du principe de la présomption d’innocence,
c’est à vous d’établir tous les éléments constitutifs
de l’infraction, ce qui peut compliquer votre action.
La loi favorise les dons aux œuvres caritatives et autres organisations à but non lucratif. Les organismes concernés Il s’agit des organismes d’intérêt général à but non lucratif exerçant leur activité en France (ce qui n’exclut pas qu’ils puissent (...) [01.12.11] • Réagir
Faire face à la souffrance des collèguesLes membres des Chsct sont en première ligne face à leurs collègues en difficulté. Et comme il (...) [01.02.12]
Salariés sous pression"La précarisation croissante des emplois et l’augmentation des pressions au travail pourraient (...) [01.02.12]
Une victoire pour les victimes de l’amianteLe 10 janvier, le conseil de prudhommes de Saint-Etienne a rendu son délibéré sur le cas des (...) [01.02.12]
Le contrat de sécurisation professionnelleDepuis le 1er septembre 2011, le contrat de sécurisation professionnelle (Csp) a remplacé la (...) [01.02.12]
Ces réformes qui plombent l’hôpitalLa tarification à l’activité La tarification à l’activité, la fameuse T2A, instaure un financement (...) [01.02.12]