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Travail

INRS : les cancers professionnels décortiqués

Les cancers professionnels sont largement sous-estimés. D'après l'enquête Sumer de 2002-2003, 2 370 000 salariés, en France, seraient exposés dans leur travail à, au minimum, un agent cancérogène. Ce qui correspondrait à quelque 3 600 000 situations d'exposition.

Ces chiffres, donnés par l'Insitut national de recherche et sécurité (Inrs) dans une brochure sur les cancers professionnels 1, fait mesurer l'ampleur de ce qu'il reste à faire pour que les origines professionnelles de ces cancers soient mieux cernées. Dans le cas du cancer du poumon, par exemple, on estime que ce sont 15 % des cancers qui seraient liés au travail. Au regard du nombre de reconnaissances, on est très loin du compte.

Savoir d'où provient un cancer est décisif pour la prévention

Déterminer les origines exactes d'un cancer est une démarche importante. A plus d'un titre. Tout d'abord parce qu'il est normal – c'est aujourd'hui reconnu dans ses obligations – qu'un employeur informe ses salariés des dangers éventuels encourus et leur procure protections et consignes adéquates pour effectuer leur tâche dans les meilleures conditions. La substitution des produits dangereux, elle, fortement recommandée, demeure à l'appréciation des chefs d'entreprise.

Dans certains cas, c'est particulièrement vrai dans le secteur de la chimie, non seulement les produits peuvent être toxiques, mais également la façon de les combiner, les travailler : ce que l'on dénomme les process de travail.

C'est ainsi, par exemple, qu'un mode de fabrication de la vitamine A pour l'alimentation animale, à Adisseo-Commentry[<2>Lire :

[


]] s'est révélé hautement nocif pour la santé des salariés de l'atelier de fabrication de cette vitamine A. Mais aussi pour les personnes, employées par des industries sous-traitantes, qui s'occupaient de la maintenance des cuves dans lesquelles était réalisée la synthèse de cette vitamine.

Car, dans le domaine des cancers professionnels, comme dans d'autres types de maladies professionnelles, les salariés précaires - intérim, sous-traitance - sont ceux qui se révèlent les plus exposés et pour lesquels les obligations des employeurs sont encore très floues.

Qui est responsable? L'entreprise qui embauche ou celle qui fait appel, c'est-à-dire, le donneur d'ordre? Bien souvent, les uns et les autres se renvoient la balle et ce sont les salariés qui font les frais de ces vides juridiques[<3>Lire :

[

. ]]

Sous-déclarés et aussi sous-reconnus

Et puis, connaître les origines d'une maladie, cela veut dire aussi que, dans l'entreprise, le problème peut être répertorié, analysé et que des axes de prévention peuvent se mettre en place avec les médecins du travail, les ingénieurs des caisses régionales d'assurance-maladie (Cram) et autres préventeurs présents dans le monde du travail. Y compris – et souvent beaucoup – grâce à l'intervention des élus des Chsct, dans les entreprises de plus de 50 salariés.

Déclarer une maladie professionnelle, c'est ainsi non seulement un acte bénéfique pour soi-même mais aussi pour le collectif de travail.

Mais la déclaration en maladie professionnelle ne résout pas tout. De là à la reconnaissance, tous ceux qui sont passés par la multiplicité des démarches peuvent en témoigner : c'est encore le parcours du combattant.

C'est pour cela que, bien souvent, des associations de victimes se constituent. A l'instar de ce qui s'est passé pour l'amiante, les salariés retiennent une chose : si l'on est épaulé, on est plus efficace. Syndicats, associations sont donc là pour aider dans les démarches et essayer de les faire aboutir.

Car obtenir une fiche d'exposition ne va encore pas de soi aujourd'hui. Qui la remplit? Normalement l'employeur mais si celui-ci fait traîner les choses ou bien est défaillant parce que l'entreprise a été liquidée, le médecin du travail est habilité à le faire. Et le fait, pour peu que ses dossiers sur les salariés soient suffisamment complets et mentionnent bien les postes de travail et tâches accomplies par le salarié.

Le colloque auquel invite l'Inrs cette semaine veut faire le tour de toutes ces questions. Ainsi que celle du suivi post-professionnel. Car un bon nombre de ces cancers seraient évitables si tout le monde jouait le jeu.

Voir la vidéo ci-dessous :

Pour aller plus loin : Sur les conditions de travail dans la sous-traitance, lire l’ouvrage collectif de l’Inrs, publié en mai dernier, sous la direction de Michel Héry : La sous-traitance interne, Collection Avis d’Experts.

Voir également :

  • 1. « Le point des connaissances sur ... les cancers professionnels », brochure ED 5013. Téléchargeable sur www.inrs.fr

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