lundi 21 mai 2012
A l’institut Curie, des séances d’hypnose sont proposées à des patients atteints de cancer quand les traitements classiques ne viennent pas à bout de leurs douleurs.
« Au début, je venais une fois par semaine, maintenant c’est une fois par mois. » Allongée sur une table, Blanche se prépare à sa treizième séance d’hypnose. Il y a cinq ans, cette femme de soixante ans a eu un cancer du sein. Une tumeur sous l’aisselle gauche a entraîné une paralysie de sa main et de violentes douleurs au bras. « Je ne veux pas prendre trop de morphine, explique-t-elle. C’est pour cela que je suis ici. »
Assise à côté de Blanche, Elisabeth Barbier, infirmière hypnothérapeute à l’institut Curie, à Paris, se prépare. Comme toujours avant de démarrer la séance, elle a demandé à sa patiente si elle avait eu mal depuis sa dernière visite, puis elle a éteint la lumière en disant : « Installez-vous bien, les bras le long du corps. Quand vous serez prête, vous me ferez signe en tapotant sur la table avec vos doigts. »
Deux minutes plus tard, Elisabeth commence : « Fermez les yeux, respirez calmement par le ventre. Maintenant, concentrez-vous sur votre douleur. Vous m’avez dit que vous aimiez bien la mer… Imaginez que vous nagez dans une eau très bleue avec une sirène. Elle danse autour de vous, ses écailles d’argent font des reflets irisés. Votre bras est lourd, alors vous le posez sur son dos. La sirène vous emmène… Il fait chaud, la mer est calme, vous êtes bien, l’eau caresse votre bras… »
Pendant vingt minutes, doucement, lentement, la voix mélodieuse de l’infirmière égraine des images, des couleurs, des odeurs apaisantes. Paupières closes, Blanche se laisse guider, la respiration lente. Elle ne bouge pas jusqu’au moment où l’infirmière annonce qu’il va falloir sortir de l’eau et rouvrir les yeux.
Une demi-journée par semaine, Elisabeth Barbier reçoit ainsi quatre ou cinq patients à l’institut Curie. Tous souffrent de douleurs chroniques dues aux séquelles des traitements anticancéreux.
« Ils me sont adressés par les médecins du centre antidouleur de l’hôpital quand les traitements classiques ne sont pas assez efficaces, explique Elisabeth. L’hypnose diminue la fréquence et l’intensité de leurs douleurs, elle redonne un certain confort aux patients. »
Parce que l’hypnose atténue aussi l’anxiété, Elisabeth Barbier intervient tous les mercredis après-midi au bloc opératoire de l’institut pour la pose de cathéters. « Cet acte chirurgical nécessite une anesthésie locale en principe indolore, mais beaucoup de malades appréhendent, ils craignent d’avoir mal. L’hypnose les aide à se relaxer, mais cela demande qu’ils adhèrent à la technique. Certains sont trop tendus et ne sont pas réceptifs. »
Ce n’est pas le cas de Blanche, dont la séance vient de se terminer. « Je me sens bien, je n’ai plus mal au bras, dit-elle. J’étais dans un état proche de la somnolence où peu à peu mes sensations ont pris le pas sur mes réflexions. C’est très plaisant et ça me détourne de la douleur. »
Et, si elle revient entre les séances, Blanche sait comment faire face : « Elisabeth m’a appris à faire de l’autohypnose en stimulant mon imaginaire. Lorsque je souffre trop, je me concentre pendant une dizaine de minutes et ça va mieux. Grâce à ça, je peux regarder un film à la télévision, sortir au théâtre ou bien m’endormir facilement sans avoir mal. »
[05.05.09]
Yves Bérani
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