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Internet, la nouvelle fracture sociale

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Outil de communication devenu petit à petit indispensable, Internet reste inaccessible à de nombreuses personnes : accès et matériel trop chers, difficulté à en comprendre le fonctionnement…

Agence Sncf, dans une ville de la banlieue parisienne. Une dame s’approche du guichet et demande un formulaire pour obtenir la carte de famille nombreuse. Réponse de l’agent  : «  Nous ne délivrons plus ce formulaire. Vous pouvez le télécharger sur Internet.  » «  Mais je n’ai pas Internet  », répond la mère de famille. «  Ah, je ne peux rien pour vous, demandez à un ami…  »

La «  révolution Internet  » a été présentée comme une chance réelle d’accès pour tous à la culture, à l’information, à la connaissance, qui permettrait à terme de diminuer les inéga­lités entre riches et pauvres, pays du Nord et ceux du Sud. Dans les faits, il n’en est rien.
Pire, la fracture numérique – entre ceux qui ont Internet et ceux qui en sont exclus (37 % de la population) – s’accroît et condamne à la double peine les plus fragiles  : personnes âgées, personnes peu diplômées, défavorisées, et demandeurs d’emploi. 

Outil social à part entière, Internet est devenu aujourd’hui quasi indispensable. Sur le Web, on lit, on se documente, on fait des démarches médicales, administratives, on vote, on organise ses déplacements, on commande un billet de train, on consulte des annonces d’emploi – le site du Pôle emploi reçoit 25 millions de visites par mois –, on déclare ses impôts, les collégiens y font leurs devoirs, recherchent de la documentation, préparent leurs exposés.

Ceux qui ne disposent pas d’un ordinateur ou d’un accès à Internet se voient exclus de pans entiers de l’activité de la société. Inadmissible, en termes de cohésion sociale, d’universalité du droit. La France compte 18 millions d’abonnés, soit 63 % des foyers, ce qui classe notre pays à la 11e place mondiale.
«  Ce n’est pas honteux, mais ce n’est pas terrible  », estimait Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, lors d’un atelier de réflexion sur une société numérique solidaire*.

Car l’accès à Internet, dont le coût peut sembler modique pour un mois – 30 euros –, représente au final 360 euros par an. Pour de nombreuses familles, c’est l’équivalent de quinze jours de Rsa ou d’un loyer mensuel. Inabordable. 

D’où l’idée d’offrir une prestation numérique dans le cadre du logement social. 
Ainsi, à Angers, le Toit angevin, qui gère des logements Hlm, propose à 600 familles un accès à Internet pour quelques euros prélevés sur les charges locatives.
Ces logements abritent majo­ritairement des personnes ­gagnant moins de 1 000 euros par mois. Le projet vise à lutter contre la fracture numérique, avec l’espoir de dépasser les deux tiers de personnes connectées, grâce à la mise à leur disposition d’ordinateurs recyclés ou d’équipements neufs à bas coût et à une formation assurée par l’association Terre des sciences, qui gère le cybercentre du quartier.
« Nous avons également créé, avec la Ville d’Angers, un portail collaboratif pour animer le quartier, explique Eric Lamoulen, responsable du Toit angevin. Les organismes de logement social sont souvent réticents à se lancer dans de tels projets. Nous sommes, nous, très soucieux de procurer à nos locataires un accès convenable à la santé, à l’éducation, à l’emploi. Cette question est au cœur de nos préoccupations sociales.  »

Christine Boutin, alors qu’elle était ministre du Logement, avait souhaité voir ce type d’initiatives se développer en lançant le label Lsn (Logements sociaux numériques). Elle estimait  que «  les bailleurs sociaux ont un rôle à jouer dans l’inclusion sociale et numérique  ».
Il s’agissait de développer l’accès à Internet dans le parc Hlm français. Les gérants étaient invités à proposer à leurs locataires, au même titre qu’un parking ou qu’un garage à vélos, un accès à Internet, dont le coût, très faible pour le locataire (de l’ordre de quelques euros), serait compris dans les charges.


Les plus grands opérateurs Internet proposent déjà des offres aux bailleurs Hlm. Autour de 7 euros pour France Télécom (accès à Internet, chaînes de télé­vision et téléphone), 4 ­euros pour Numéricable, 1 euro pour Sfr, et totalement gratuit pour Free – sans abonnement mais avec communications téléphoniques payantes. Au-delà de l’ambition affichée par les opérateurs de participer à la réduction de la fracture numérique, c’est aussi une manière de se positionner dans la perspective du développement de la fibre ­optique, qui doit être généra­lisée en 2011, comme le prévoit la loi de modernisation de l’éco­nomie. A
insi, Numéricable a passé un accord avec le Toit angevin, Sfr avec l’Opac Paris Habitat. «  La générosité n’est bien sûr pas la motivation, explique Maxime Lombardini, directeur général de Free. Ce sont des offres qui ont pour but de monopoliser des espaces géographiques – quartiers, cités… – pour occuper le terrain de la fibre optique.  »
A terme, 4,2 millions de logements ­sociaux pourraient être concernés. Un vaste marché. Mais au-delà de l’accès à un ­ordinateur, et à ­Internet, c’est toute la question de leur utilisation qui reste ­posée. Quand on ne sait pas lire, ou mal, quand on ne sait pas forcément comment s’y retrouver sur la Toile, l’insertion sociale par le numérique est loin d’être gagnée.

[01.06.10]

- Anne-Marie Thomazeau

* Atelier organisé à Paris par le Centre d’analyse stratégique, le jeudi 28 mai 2009.

A lire aussi :
La fracture numérique sera réduite via les téléphones mobiles

Pour en savoir plus


- 37 % de la population française ne s’est jamais connectée à Internet.
- 40 % de la population (majoritairement des diplômés du supérieur et des 25-39 ans) a déjà effectué une démarche administrative ou fiscale par Internet.
- 48 % des Français de plus de 12 ans se connectent quotidiennement à Internet.

4 000 espaces publics numériques Pour lutter contre l’exclusion d’Internet, des espaces publics numériques (Epn) ont été créés un peu partout en France dans les bibliothèques, les centres sociaux, les Mjc. Il s’agit de lieux de proximité, ouverts à tous, accessibles gratuitement ou à faible coût, équipés d’ordinateurs connectés et qui offrent, grâce à la présence d’un ou de plusieurs animateurs, un accompagnement à l’usage d’Internet.
Il en existe 4 000 à ce jour. 30 % du public des Epn sont des demandeurs d’emploi qui viennent consulter les annonces et rédiger leur CV.
Indispensable, quand de plus en plus d’employeurs «  profilent  » les candidats grâce aux CV déposés sur des sites Internet et organisent des entretiens par le biais d’une caméra numérique. Les employeurs particuliers utilisent aussi de plus en plus Internet pour recruter leur personnel de services à la personne – garde d’enfants, femmes de ménage. Personnel qui, souvent, n’a pas accès à un ordinateur.

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