Social / A Strasbourg, le premier « Samu de l’environnement »

Intervention d’urgence pour nature en danger

Créé pour mesurer en urgence le degré de pollution de l’air, de l’eau et du sol, le « Samu de l’environnement », unique en France, parcourt les routes alsaciennes.

Strasbourg, 8 h 30. L’équipe est prête. La camionnette blanche quitte le centre antipoison de l’hôpital civil de Strasbourg. L’inscription « Samu de l’environnement », en grosses lettres sur sa carrosserie, semble intriguer quelques automobilistes. Au volant, le Dr Fariborz Livardjani rappelle la mission du jour : effectuer, à la demande de la Fédération de pêche du Bas-Rhin, des analyses de l’eau du contre-canal de drainage du canal d’Alsace. Il prévoit, avec son équipe, de passer la journée à prélever, analyser des échantillons et commencer à commenter les premiers résultats.
Le véhicule du Samu de l’environnement, équipé d’un PHmètre, d’un turbidimètre, d’un incubateur, d’un ordinateur... le tout alimenté par des panneaux solaires installés sur le toit, permet d’analyser 150 paramètres environnementaux différents.
Il a coûté plus de 150 000 euros et est l’aboutissement d’un rêve vieux de dix ans du Dr Livardjani, toxicologue à l’hôpital civil de Strasbourg. « Mon idée était de créer un nouveau concept de diagnostic écologique qui allie les données sur la terre, l’eau et l’air, recueillies en un minimum de temps, grâce à une structure mobile qui puisse être utilisée dans l’urgence. »

« Nous sommes prêts à intervenir 24 heures sur 24 »
Depuis son lancement, en juin 2003, par une équipe de 9 spécialistes dont 3 toxicologues, le Samu est intervenu une centaine de fois. Industries, pouvoirs publics, médecins du travail ont fait appel à ses services. Dans l’urgence le plus souvent. « Nous sommes prêts à intervenir vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sur simple appel du centre antipoison, dans un rayon de 100 kilomètres autour de Strasbourg », assure le Dr Livardjani.
Mais aussi en prévention, comme c’est le cas aujourd’hui, à la demande des pêcheurs alsaciens, qui désirent des relevés mensuels de la qualité de l’eau, durant un an, dans cinq zones déterminées. « Il s’agit pour nous de passer directement par les scientifiques pour disposer de données précises sur la qualité des eaux de notre région », explique Robert Erb, président de la Fédération des pêcheurs du Bas-Rhin. Mais ce n’est pas tout : « La rapidité d’intervention du Samu donne une occasion unique de connaître l’origine d’une pollution éventuelle et, le cas échéant, d’intenter une action en justice contre le pollueur. »
Pendant que, à bord de la camionnette, Youssef et François, tous deux étudiants en Dea de toxicologie, commencent à mesurer le taux de nitrates et de nitrites contenus dans les premiers prélèvements du jour, le Dr Fariborz Livardjani rêve au jour où le Samu de l’environnement fonctionnera sans lui.
Il a aujourd’hui prouvé l’utilité et, surtout, l’efficacité d’un tel projet. Reste à le pérenniser. « Chacune de nos interventions nous coûte 2 500 euros, alors que nous la facturons 500 euros. Nous ne pourrons subsister sans subventions publiques. » Car tout le paradoxe est là : cette mission de service public a dû, pour voir le jour, être déclarée comme société privée, dans le cadre de la loi Allègre qui permet aux chercheurs de monter leur entreprise.
Plusieurs départements, ainsi que des entreprises, sont intéressés par cette expérience novatrice et ont pris contact avec son inventeur. « Mais je ne veux pas que ce concept devienne un pur “ business ”. J’ai refusé des demandes privées et j’attends de passer la main aux pouvoirs publics », assure le Dr Fariborz Livardjani, qui, déjà, espère repartir en mission à l’étranger pour le Comité international de la Croix-Rouge (voir encadré ci-dessous). « Rien ne me plaît plus que d’être confronté à des problèmes nouveaux et de trouver des solutions. » Le chercheur reprend le dessus.

 

-  [20.12.04]   François Fillon

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