Social

"Les entreprises ne savent pas très bien ce qu’est le handicap"

Le 14 novembre a débuté la 15e semaine pour l’emploi des personnes handicapées, alors que le taux de chômage de ces dernières est deux fois plus élevé que pour la population générale. Jean-Marie Barbier, président de l’Association des paralysés de France, revient sur la rencontre parfois difficile entre handicap et emploi.

Quel regard portez-vous sur la situation du handicap en entreprise en France aujourd’hui ?

Jean-Marie Barbier : Quand on regarde objectivement, on voit que le taux de chômage des personnes handicapées est plus du double de celui des personnes valides, donc ça tendrait à démontrer qu’il y a beaucoup de choses à faire … On progresse, mais sans doute pas suffisamment.
Pendant la crise, les entreprises qui avaient fait un véritable effort pour embaucher des personnes handicapées n’ont pas eu envie de repartir de zéro en les licenciant. Mais maintenant, c’est l’effet inverse, les personnes handicapées ne sont plus recrutées. Quand la reprise s’exprime, elles sont très peu concernées.

Le fait d’imposer un quota de 6 % de travailleurs handicapés dans les entreprises d’au moins 20 salariés est-il une bonne chose ?

J-M. B. : A terme, c’est une très mauvaise chose, parce que ça induit une forme de discrimination. Mais en attendant, ça permet de faire évoluer la situation.

Pourquoi les entreprises ont-elles encore du mal à embaucher des travailleurs handicapés ?

J-M. B. : L’employeur veut bien embaucher des personnes handicapées, mais si ça ne change rien pour lui. Donc pour des postes un peu sédentaires et qui demandent un peu de formation. Le problème, c’est qu’on ne recrute pas aujourd’hui les personnes handicapées selon leurs compétences.
Les entreprises ne savent pas très bien ce qu’est le handicap, parce que ce n’est pas une question de société. On a l’impression que c’est la faute à pas de chance et on ne s’y intéresse que quand on connaît quelqu’un qui est frappé.

La loi du 11 février 2005 sur le handicap a-t-elle, selon vous, été bénéfique ?

J-M. B. : Elle a évidemment été bénéfique. D’abord dans le public, parce qu’elle y a instauré l’obligation d’emploi. Et dans le privé, le taux d’emploi de personnes handicapées est passé de 3 à plus de 4 %. Mais ça plafonne un peu : les 6 %, ce n’est pas un plafond à atteindre, c’est un plancher à enfoncer.

Les entreprises ne sont tout de même pas les seules responsables des difficultés d’accès à l’emploi. On sait que les difficultés apparaissent dès l’école ...

J-M. B. : Vous avez parfaitement raison, à la base il y a un problème de scolarisation et de formation. Aujourd’hui, le problème c’est que, du fait de l’inaccessibilité au sens large, on fait beaucoup d’orientation par défaut. Grâce à la loi de 2005, le sujet est désormais bien implanté dans l’école primaire, il commence à s’implanter dans les collèges et dans trois, quatre ans ce sera au tour des lycées.

L’alternance et l’apprentissage sont-ils une bonne formule pour développer l’emploi des personnes handicapées ?

J-M. B. : C’est une bonne formule, mais c’est parfois fait de façon un peu perverse. Des employeurs vont proposer ces contrats comme des périodes d’essai au lieu d’embaucher directement les personnes.

Comment expliquez-vous que la question du handicap dans son ensemble n’avance pas plus vite ?

J-M. B. : Historiquement, politiquement, de tous les points de vues que vous voulez, c’est un sujet qui a toujours été traité à part, avec des politiques spécifiques. En 2005-2006, on a demandé une véritable politique transversale du handicap, que tous les ministères soient dans le coup. On a réussi à obtenir en 2010 la mise en place d’un comité interministériel du handicap, rattaché au Premier ministre. Il est censé se réunir deux fois par an, mais il ne s’est réuni qu’une fois en deux ans. Et puis le handicap n’est pas un sujet qui passionne les médias. Dans l’esprit du grand public, les personnes handicapées n’ont pas de souci, ou assez peu.

Retrouvez tout le programme de la semaine pour l’emploi des personnes handicapées ici.

 

-  [14.11.11]   Elsa Maudet

A lire aussi :
Handicap : 7 entreprises sur 10 font appel au secteur adapté ou protégé
Les entreprises notées sur leurs efforts en matière de handicap
Handicap : des annonces a minima

L’emploi des personnes handicapées en chiffres

Fin mars 2011, l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées) recensait 269 369 demandeurs d’emplois handicapés, soit une hausse de 13,1 % en un an (contre + 4,2 % pour la population générale).

- Dans le privé : 57 % des entreprises assujetties à l’obligation d’emploi de personnes handicapées atteignent le quota de 6 %, 25 % ont un quota compris entre 0 et 6 % et 18 % n’ont ni salarié handicapé, ni contrat de sous-traitance avec le secteur protégé.
- Dans la fonction publique : 41 % des employeurs assujettis à l’obligation d’emploi de personnes handicapées ont atteint les 6 %, 50 % ont un taux compris entre 0 et 6 % et 9 % ont un quota égal à 0.

Depuis 2010, les entreprises n’atteignant pas les 6 % et n’ayant passé aucun contrat de sous-traitance avec le secteur protégé durant trois années consécutives doivent verser (à l’Agefiph pour le privé, au Fiphfp pour le public) 1 500 fois le Smic horaire par bénéficiaire non employé. Auparavant, la contribution était de 600 fois le Smic.

envoyer l'article par mail     

 

Décryptage

Comment financer l’assurance-maladie  ?

Dette, trou de la sécu, dépenses de santé incontrôlées, assurés profiteurs… autant de chiffons rouges agités par les politiques pour justifier une diminution croissante de la protection sociale. mais de nombreux experts le soulignent : il existe (...)  [04.04.12] • Réagir

Tous les décryptages

à lire sur le même thème

Travail

 Etats-Unis : 30 % des travailleurs manquent de sommeil

Le site de l’European Trade Union Institute (Etui) rapporte que selon une enquête publiée par le (...)  [14.05.12]

 A quoi rêvent les jeunes entrepreneurs solidaires ?

« Une partie importante des salariés de l’économie sociale et solidaire va partir à la retraite (...)  [11.05.12]

 "L’entrepreneuriat social est juste une évolution normale du capitalisme"

Rencontre avec Lisa Barutel et Grégoire Delamare, deux étudiants de l’ESSEC qui ont choisi la voie (...)  [11.05.12]

 Areva reconnu responsable du décès d’un salarié de l’un de ses sous-traitants

Areva a été reconnu responsable du décès d’un ancien salarié d’une mine d’uranium, au Niger. Une mine (...)  [11.05.12]

 Agriculteurs : le lien entre pesticides et maladie de Parkinson dans les tableaux de maladie professionnelle

Un décret, paru au Journal officiel du 6 mai 2012, reconnaît officiellement le lien entre (...)  [09.05.12]

Handicap

 Francis et Gersende Perrin : leur combat pour leur fils autiste

"On nous a dit "Faites le deuil de votre enfant", ou encore "Louis n’aura jamais d’émotions" ou (...)  [08.05.12]

 Les grandes causes ont-elles un impact durable  ?

Grande cause nationale, journée mondiale… de l’autisme, de la solitude ou encore de la (...)  [02.05.12]

 Humour noir et handicap font-ils bon ménage ?

Faire rire avec le thème du handicap n’est pas forcément chose aisée. Mais un certain nombre (...)  [27.04.12]

 Les handicapés, grands oubliés de la campagne présidentielle

Hors de question pour les candidats à la présidentielle de rater le Salon de l’agriculture. Ils y (...)  [16.04.12]

 Le secteur de la santé et de la solidarité interpelle les candidats

Le 28 mars 2012, à Marseille, le secteur non lucratif de la santé et de la solidarité Paca, (...)  [28.03.12]

Les fiches

 Fiches santé

 Fiches droits

 Fiches alimentation