Jeux vidéo : "Le jeu est une sorte de rêve éveillé et interactif"
Envoyer à un ami | Imprimer cet article
| Le forum de l'article
Interview de Michel Stora, psychologue et psychanalyste, spécialiste du jeu vidéo
Viva : D’où vient cet engouement pour les jeux vidéo ?
Michaël Stora : L’image a pris une place envahissante dans notre société. Or si on veut échapper à cette tyrannie des images, on a besoin de jouer avec elles, de se les approprier, de les manipuler. Le jeu vidéo permet d’être acteur, réalisateur et spectateur tout à la fois. On estime que 40 % des gens croient que ce qu’ils voient au journal télévisé est la réalité, dans ce contexte, les jeunes qui savent manipuler les images ont une lucidité qui dépasse celle des adultes. Le jeu vidéo vient désacraliser l’image télé, et ça dérange sans doute.
Comment expliquer que le jeu vidéo passionne les adolescents et même les adultes ?
Comme le cinéma ou la lecture, le jeu vidéo permet de s’identifier à un héros et de lutter contre une image de soi défaillante, typique de l’adolescence. Avec le jeu, l’emprise est très grande : il y a une relation physique par la manipulation de la manette, une implication dans la construction du personnage. Le joueur est plus absorbé qu’il ne peut l’être au cinéma, l’identification est d’autant plus forte.
L’intérêt se maintient à l’âge adulte parce que la fin de l’adolescence n’est pas toujours claire, et aussi parce que le jeu permet de réagir aux situations de frustration que nous vivons. En re-créant la réalité, le jeu remplit ainsi la même fonction que le rêve, c’est une sorte de rêve éveillé et interactif.
Le jeu vidéo pourrait-il être thérapeutique ?
Il peut aider à trouver une meilleure estime de soi, il permet aussi de faire émerger des pulsions enfouies : le héros auquel s’identifie le joueur n’est pas forcément un héros positif, on peut choisir un monstre cruel, une figure obscure. Je suis ravi de voir que les filles se mettent à jouer et à assumer enfin leurs pulsions agressives.
Pourtant le jeu vidéo fait peur...
Quand la bande dessinée et le rock and roll sont apparus, la réaction a été la même, ils étaient considérés comme le vecteur de toutes sortes de dangers pour la jeunesse. La lecture et le cinéma peuvent aussi être des échappatoires à la réalité et j’ai connu de vrais accros à la lecture... mais certaines addictions, comme la lecture ou le travail, sont mieux considérées que d’autres. Voir un adulte jouer, c’est encore un peu gênant.
Michaël Stora a écrit :
Guérir par le virtuel, nouvelle approche thérapeutique, Presses de la Renaissance, 2005.
L’Enfant au risque du virtuel, avec Serge Tisseron et Sylvain Missonier, Dunod, 2006.
[04.07.06]
Pascale Pisani
Accros à l’écran  ? Du Tamagotchi au cybersexe, et pourquoi pas  !, par Jean-Claude Matysiak et Odile de Sauverzac, éditions Pascal, 2006.
 Les Nouvelles Formes d’addiction : l’amour, le sexe, les jeux vidéo, par Marc Valleur et Jean-Claude Matysiak, Flammarion, 2004.
P@rents  ! La parentalité à l’ère du numérique, Enfance en ligne, Unaf, Microsoft. Plaquette gratuite à l’Unaf,
tél. 01 49 95 36 00
http://www.unaf.fr
Lire aussi : Nouvelles dépendances : accros aux jeux vidéo
Quels jeux ?, pour qui ?, pourquoi ?
Centre de toxicomanie le Littoral, centre hospitalier intercommunal, 33, rue Henri-Janin, 94190 Villeneuve-
Saint-Georges. Dr Jean-Claude Matysiak,
tél. 01 43 82 43 33.
Hôpital Marmottan, service de toxicomanie, 17, rue Armaille, 75017 Paris. Dr Marc Valleur,
tél. 01 45 74 00 04.
Ë Michaël Stora, psychologue
et psychanalyste,
230, boulevard Voltaire, 75011 Paris.
Tél. 01 43 49 13 72.
 Chu Sainte-Marguerite, service de psychiatrie,270, boulevard Sainte-Marguerite, 13009 Marseille. Dr David Magalon,
tél. 04 91 74 40 51.
Chu de Nantes-hôpital Saint-Jacques, service d’addictologie, centre médico-psychologique,
espace Barbara, 9 bis, rue de Bouillé 44000 Nantes.
Pr Jean-Luc Venisse,
tél. 02 40 20 66 40.