mardi 22 mai 2012
Ce jeune prothésiste dentaire a l’aventure chevillée au corps et… croque la vie à pleines dents. En 2007, il a parcouru 36 000 kilomètres jusqu’en Inde et au Cambodge. Son but : partager son savoir-faire pour aider les pays pauvres.
Ce n’est pas un séjour d’un mois et demi en Inde qui peut faire flancher Julien Bory. Les dix heures de vol depuis Delhi n’empêchent pas le jeune homme de raconter par le menu le périple qui l’a mené de Vitrolles à Phnom Penh, sur un chemin de 36 000 kilomètres tracé d’un laboratoire de prothèses dentaires à un autre, à travers très exactement 24 pays. « J’ai suivi les recommandations des uns et des autres, d’un labo à une clinique, d’une clinique à une faculté dentaire. » Drôle de passion, qui, bien sûr, ne relève pas du hasard. Julien Bory, trente-deux ans, est prothésiste dentaire. Mais on l’imagine mal penché sur l’établi dans la lumière blême des néons. L’œil pétillant et le visage hâlé sont les symptômes d’une maladie dont il a la vague conscience d’avoir attrapé le virus : l’aventure. « La denture, c’est l’aventure », a-t-il titré de façon provisoire le récit de son grand voyage.
« Je suis parti à la découverte du monde et de moi-même. Je voulais connaître mes limites, et ma capacité à me débrouiller. » C’est dans une revue professionnelle que Julien Bory trouve l’accroche qu’il cherchait : une clinique dentaire cambodgienne cherche des volontaires pour former des prothésistes. « J’ai décidé d’y aller à pied. Je me suis donné entre dix-huit mois et deux ans. J’ai cherché des étapes pour faire du bénévolat et j’ai retenu un programme de développement à Chitrakoot, dans le nord de l’Inde. » En additionnant les promesses de financement, des 100 euros d’un fabricant jusqu’aux 2 000 euros du programme Envie d’agir, le budget est grossièrement bouclé. Julien Bory y met du sien : pendant l’année précédant son départ, il vit dans une yourte pour économiser le prix de son loyer…
Janvier 2007 : la yourte est vendue et Julien Bory prend la route. Il est attendu à Phnom Penh au mois de décembre. D’ici là, c’est quartier libre. « Je demandais les visas au fur et à mesure. Je voulais rester libre et ouvert aux rencontres. » Rencontres qui ne manqueront pas, grâce à l’auto-stop et aux prothésistes. « Le voyageur seul est bien accueilli, moins intimidant. » Quand il n’est pas hébergé, Julien Bory vit à la dure. « Je repérais la lisière d’un bois ou une maison abandonnée. Je restais sans bouger pendant vingt minutes et, si rien ne se passait, je m’installais pour la nuit. » Pas de tente, mais un simple sac de couchage, un sursac et une couverture de survie. « Le plus dur, c’est d’en sortir le matin quand il fait moins 4 degrés dehors. »
L’utilité de son voyage, c’est à Chitrakoot, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, en Inde, que Julien Bory la trouvera. Après un mois passé à Dubai, l’arrivée à Delhi est un choc. « Ça vous prend en sortant du bus : les odeurs, la poussière, le bruit, la pauvreté à l’état brut. Je suis resté dans mon hôtel pendant trois jours en me demandant comment on pouvait vivre comme ça. »
Mais le contact avec le Deendayal Research Institute, l’organisation humanitaire dénichée sur Internet, le convainc. L’organisation cherche à enrayer l’exode rural des villageois vers les bidonvilles, en ceinture des agglomérations, en restaurant une agriculture dévastée par les sécheresses successives et en développant écoles et centres de soins. Une clinique dentaire existe déjà, mais pas de laboratoire de prothèses. Avec les matériaux disponibles sur place, Julien Bory commence à former un des assistants. « Il avait commencé à apprendre tout seul en copiant des prothèses, je lui ai montré nos techniques. »
Julien dessine les plans du futur laboratoire, retenant des idées simples et peu coûteuses de tous les laboratoires qu’il a visités pendant son voyage. Séduit par Chitrakoot, il y restera deux mois à son retour du Cambodge. Rentré en France, il relance ses sponsors et repart en janvier dernier avec deux conteneurs de matériel. Les aléas des autorisations sanitaires ont retardé l’installation du laboratoire. C’est la vie ! Julien devra repartir l’été prochain pour poursuivre la formation des prothésistes.
A l’entendre dérouler ses projets sans impatience – le Canada d’abord, puis l’Inde à nouveau, et retour au Canada –, on comprend vite que le grand voyage de Julien Bory pour découvrir le monde et se découvrir lui-même n’est pas près de se terminer.
[02.04.10]
Pascale Pisani
Julien Bory publiera le récit de son voyage dans un livre à paraître d’ici à l’été. Une partie est consacrée au récit de voyage touristique et une autre, plus professionnelle, à l’univers de la prothèse.
Une souscription est ouverte sur le site Internet :
www.julien.dynasites.info
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