mercredi 22 février 2012
Déjà 150 membres et une cinquantaine de personnes sur liste d’attente. “Il faut attendre trois semaines, voire un mois pour s’inscrire”, lâche Lætitia Jacob. La jeune femme est responsable de projet à l’Accorderie, dans le 19ème arrondissement de Paris. Le concept de cette structure, qui a ouvert ses portes au mois de septembre dernier, a tout droit été importé du Québec par Alain Philippe, le président de la Fondation Macif. “C’était vraiment un projet socialement innovant pour nous, avance-t-il. C’est un outil de lutte contre la pauvreté et de recréation du lien”.
Le principe des accorderies (il en existe une deuxième à Chambéry) est simple : tous les membres doivent proposer un service (bricolage, cours d’espagnol, dépannage informatique…) pour pouvoir adhérer et sont ensuite "rémunérés" en heures. Si un accordeur fait une heure de plomberie chez un autre, il recevra un crédit-temps d’une heure pour s’“acheter” à son tour le service de son choix. “Ça permet de mettre tous les services sur un pied d’égalité, on ne se préoccupe pas de savoir si une prestation intellectuelle vaut plus. Des personnes non qualifiées ont quand même un savoir à transmettre, chacun peut être utile”, se félicite Lætitia Jacob.
“Depuis mon divorce, j’ai des problèmes de fric, du coup j’ai du mal à me payer certaines choses”, confie Valérie Martin, accordeuse de 41 ans. Les travaux qu’elle a besoin de faire dans son appartement sont trop gros pour être réalisés par un accordeur, mais elle peut au moins s’offrir un peu de détente avec des séances de massages et de shiatsu. “Je ne propose pas des trucs super originaux parce que je n’ai pas de compétence particulière : de l’accompagnement pour les courses, du ménage, du repassage, de l’aide dans les démarches administratives, énumère-t-elle. Je trouve ça équitable et c’est super valorisant qu’une heure de philosophie équivaille à une heure de ménage.”
Les accordeurs payent avec des chèques spéciaux
Le 19ème arrondissement de Paris a été sélectionné car il regroupe trois quartiers politique de la ville. “C’est un quartier populaire où il y a une forte concentration de population en difficulté socio-économique et un fort dynamisme associatif”, explique la responsable du projet. Pour autant, aucun critère social n’est exigé pour s’inscrire et les chômeurs sont autant les bienvenus que les CSP+, afin de favoriser la variété des services proposés et surtout la mixité sociale.
Au-delà de la dimension économique des échanges, l’Accorderie se veut justement promoteur de lien social. “On veut replacer l’humain au cœur de l’échange de services. Quand on paye, on attend une grande qualité sans voir la personne qui est derrière. Là, le plus important est d’avoir une belle rencontre”, avance Lætitia Jacob.
Et le pari semble gagné : “Ça m’apporte vraiment de belles rencontres, avec des des gens qui correspondent à ma façon de voir les choses, apprécie Valérie Martin. Je me suis fait coiffer par une dame de ma rue que je reverrai volontiers.”
Grâce à ces premiers mois prometteurs, la Fondation Macif et la Ville de Paris ont décidé d’ouvrir trois autres accorderies dans la capitale en 2012. Deux autres projets ont de grandes chances de voir le jour, à Rennes et Bordeaux.
[27.01.12]
Elsa Maudet
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