mardi 22 mai 2012
L’arsenic, naturellement présent dans la croûte terrestre, est aussi présent dans les eaux naturelles et, donc, aux robinets. Mais à des doses infimes et non nocives pour la santé. En règle générale. Dans certaines régions, cette présence d’arsenic est plus élevée que la norme –10 miro-grammes par litre – que la France a adoptée depuis décembre 2003. C’est le cas de l’Auvergne.
Depuis le début des années 2000, la concentration d’arsenic dans l’eau est sous étroite surveillance dans cette région. En effet, l’arsenic, classé cancérogène depuis 1980 par le Centre international de recherche sur le cancer, était soupçonné d’être à l’origine de la survenue de certains cancers chez l’homme (vessie, poumon, rein, foie) mais aussi de problèmes cutanés et de troubles cardiovasculaires, voire de diabète non insulino-dépendant.
Etude dans l’Allier, le Cantal et le Puy-de-Dôme
En Auvergne, ce sont environ 120.000 personnes (soit 10% de la population régionale) qui sont susceptibles d’avoir bu de l’eau du robinet un peu trop chargée en arsenic. Entre 1998 et 2005, des échantillons de population auvergnate ont donc été questionnés puis les données étudiées par l’Institut national de veille sanitaire et sa cellule épidémiologique régionale. Les enquêtes de ce type, visant à mettre en corrélation directe une substance et la survenue de pathologies multiples (3 cancers ont été étudiés) sont rares et longues. Il aura fallu cinq ans à l’institut national pour arriver au bout de ses conclusions.
Relation significative pour le cancer du poumon chez l’homme
Seule la relation entre survenue de cancers et exposition à l’arsenic hydrique a donc été étudiée. Cette étude a porté sur une population âgée de 15 ans et plus, sur trois des quatre départements auvergnats : l’Allier, le Cantal et le Puy-de-Dôme. Les trois régimes de l‘Assurance-maladie ont participé au recensement des cas : c’était indispensable dans cette région plutôt rurale pour avoir des échantillons de population représentatifs.
La moyenne des concentrations en arsenic pour les communes exposées s’élevait à 15,7 microgrammes/litre et la valeur maximale à 140. "Les résultats mettent en évidence une relation significative entre la survenue de cancers du poumon chez l’homme, à l’échelle de la commune, et la présence d’arsenic dans l’eau destinée à la consommation humaine", conclut l’étude de l’Invs. En revanche, précise l’institut de veille sanitaire, "aucune association n’a été observée chez les femmes pour l’ensemble des cancers étudiés ni, chez l’homme, pour le mélanome cutané et le cancer des voies urinaires".
Mieux étudier les cancers en Auvergne
Des résultats, souligne par ailleurs l’Invs, qui sont concordants avec ceux livrés par la littérature internationale. L’institut souligne aussi que l’absence de corrélation évidente avec le cancer de la vessie, pourtant l’un des plus fréquents en cas d’exposition (à forte dose) à l’arsenic, peut avoir été biaisée par l’approche écologique globale de l’étude qui comprenait donc plusieurs autres facteurs environnementaux.
Mesures de gestion et de prévention sont recommandées par l’Institut de veille sanitaire qui souligne que la région est également, de par sa géologie, bien exposée au radon, susceptible lui aussi, d’entraîner des cancers pulmonaires. Il préconise de développer, dans cette région, des outils spécifiques d’observation des cancers. Mais aussi de "recourir, pour le futur, à des études individuelles."
[13.01.12]
Anne-Marie Boulet
Nos articles précédents :
Arsenic et cancers : l’étude de l’Invs démarre
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