jeudi 9 février 2012
On ne parle plus de l’adolescence qu’en termes de troubles ou de symptômes, comme si cette période était une maladie. Et si c’était la société qui ne tournait pas rond ?
Peut-être avez-vous un de ces spécimens étranges à la maison ? Il s’enferme dans sa chambre, claque les portes, chipougne dans son assiette ou pille le frigo, reste scotché à son portable durant des heures mais lorsqu’il s’agit de vous raconter sa journée, à vous misérables parents, il ne fait que vous gratifier d’une formule genre « Donbi, cette prof » ou « M’cause pas, j’suis vénère grave ».
Vous êtes entrés, et pour plusieurs années, en période de cohabitation avec « l’ado », personnage peu banal, ni enfant ni adulte, et dont l’invention est toute récente. Car, pendant des siècles, l’ado n’a pas existé. Du statut d’enfant, on passait à celui d’adulte, un point c’est tout. Dans le cadre des réflexions préparatoires à la dernière Conférence de la famille (de juin 2004), les participants ont considéré que l’adolescence commence à la puberté et se termine à la majorité, soit la période comprise entre 11 et 17 ans révolus.
On entrerait donc dans l’adolescence à l’âge des modifications physiques du corps et on en sortirait inséré dans le corps social. Ça, c’est pour la théorie. Car la machine à intégrer est en panne et retarde l’entrée des ados dans le monde adulte.
Apaches, blousons noirs, et racailles aujourd’hui
Un constat qui a conduit l’Organisation mondiale de la santé à voir plus large. Pour elle, l’adolescence commencerait à 10 ans et se terminerait à 25 ans. Plus réaliste encore, le pédopsychiatre Marcel Rufo estime que « l’adolescence se terminerait avec l’achat de la première machine à laver, ou peut-être jamais ».
Ce qui est certain, en revanche, c’est que depuis qu’on l’a découvert, il y a moins d’un siècle, le peuple jeune a bien changé.
Si celui-ci a toujours été perçu comme un péril pour la société - apaches des faubourgs parisiens, blousons noirs des années 1950, « racaille » des cités de banlieue -, c’est surtout pour eux-mêmes que les adolescents présentent aujourd’hui un danger. On ne parle plus de l’adolescence qu’en termes de symptômes : anorexie, boulimie, hyperactivité, phobie scolaire, suicide... Des maisons réservées aux adolescents ouvrent leurs portes et répondent spécifiquement à leurs questions.
Attention ! ce ne sont pas des maisons de jeunes ou de quartier. Toutes sont situées dans... des hôpitaux. Alors, l’adolescence serait-elle devenue une maladie ? Qui plus est contagieuse ? Peut-être. Car, si une majorité d’adolescents se sentent à l’aise dans leurs Converse, ils seraient de plus en plus nombreux à souffrir, empêtrés dans une détresse immense qui peut même les conduire à commettre l’irréparable. En quelques années, les tentatives de suicide ont doublé. Avec 40 000 tentatives de suicide par an (700 décès), la France est - après la Suisse - le pays où les jeunes se suicident le plus (voir ci-dessous).
Parmi les causes avancées de cette flambée de détresse : le manque de perspectives réelles dans notre société mais aussi, violence ultime, l’indifférence des adultes à leur égard. Et si, derrière la « maladie adolescence », c’étaient les parents, les institutions et la société qui étaient malades, en crise ? C’est bien l’avis de l’anthropologue David Le Breton (lire interview), qui voit dans la souffrance des plus jeunes, dans leurs conduites à risques, une supplique adressée à leurs aînés pour qu’ils reprennent enfin leur place... d’adultes.
Voir également :
Attention les filles !
Des lieux ouverts pour redonner la joie de vivre
Pourquoi nos ados vont mal ?
[21.12.04]
Anne-Marie Thomazeau
Près d’un tiers des cancers pourraient être évités grâce à une meilleure alimentation. S’il n’existe pas d’aliments magiques qui mettraient totalement à l’abri de cette maladie, certains d’entre eux ont de réels effets protecteurs. Les livres sur (...) [02.01.12] • Réagir
Ouverture de l’espace santé jeunes à La Ciotat« Vous avez des questions, des doutes, des galères ? Des professionnels sont à votre écoute et (...) [01.02.12]
Illettrisme : la lutte des classesPlus de 3 millions de personnes en France ne savent ni lire ni écrire, bien qu’elles aient été (...) [01.02.12]
Bernard Kreitmann : l’indignationBernard Kreitmann, cinquante-quatre ans, est chirurgien thoracique et cardio-vasculaire à (...) [01.02.12]

Des propositions concrètes pour améliorer la formation des jeunes handicapésLa Fnaseph va remettre aux candidats à la présidentielle et au président de la République une (...) [26.01.12]

"Souscrire à une mutuelle étudiante devient un luxe""Nous serons attentifs à ce que la santé et surtout celle des étudiants soit un sujet de débat (...) [23.01.12]