Santé

L’adolescence est-elle une maladie ?

On ne parle plus de l’adolescence qu’en termes de troubles ou de symptômes, comme si cette période était une maladie. Et si c’était la société qui ne tournait pas rond ?

Peut-être avez-vous un de ces spécimens étranges à la maison ? Il s’enferme dans sa chambre, claque les portes, chipougne dans son assiette ou pille le frigo, reste scotché à son portable durant des heures mais lorsqu’il s’agit de vous raconter sa journée, à vous misérables parents, il ne fait que vous gratifier d’une formule genre « Donbi, cette prof » ou « M’cause pas, j’suis vénère grave ».
Vous êtes entrés, et pour plusieurs années, en période de cohabitation avec « l’ado », personnage peu banal, ni enfant ni adulte, et dont l’invention est toute récente. Car, pendant des siècles, l’ado n’a pas existé. Du statut d’enfant, on passait à celui d’adulte, un point c’est tout. Dans le cadre des réflexions préparatoires à la dernière Conférence de la famille (de juin 2004), les participants ont considéré que l’adolescence commence à la puberté et se termine à la majorité, soit la période comprise entre 11 et 17 ans révolus.
On entrerait donc dans l’adolescence à l’âge des modifications physiques du corps et on en sortirait inséré dans le corps social. Ça, c’est pour la théorie. Car la machine à intégrer est en panne et retarde l’entrée des ados dans le monde adulte.

Apaches, blousons noirs, et racailles aujourd’hui
Un constat qui a conduit l’Organisation mondiale de la santé à voir plus large. Pour elle, l’adolescence commencerait à 10 ans et se terminerait à 25 ans. Plus réaliste encore, le pédopsychiatre Marcel Rufo estime que « l’adolescence se terminerait avec l’achat de la première machine à laver, ou peut-être jamais ». Ce qui est certain, en revanche, c’est que depuis qu’on l’a découvert, il y a moins d’un siècle, le peuple jeune a bien changé.
Si celui-ci a toujours été perçu comme un péril pour la société - apaches des faubourgs parisiens, blousons noirs des années 1950, « racaille » des cités de banlieue -, c’est surtout pour eux-mêmes que les adolescents présentent aujourd’hui un danger. On ne parle plus de l’adolescence qu’en termes de symptômes : anorexie, boulimie, hyperactivité, phobie scolaire, suicide... Des maisons réservées aux adolescents ouvrent leurs portes et répondent spécifiquement à leurs questions.
Attention ! ce ne sont pas des maisons de jeunes ou de quartier. Toutes sont situées dans... des hôpitaux. Alors, l’adolescence serait-elle devenue une maladie ? Qui plus est contagieuse ? Peut-être. Car, si une majorité d’adolescents se sentent à l’aise dans leurs Converse, ils seraient de plus en plus nombreux à souffrir, empêtrés dans une détresse immense qui peut même les conduire à commettre l’irréparable. En quelques années, les tentatives de suicide ont doublé. Avec 40 000 tentatives de suicide par an (700 décès), la France est - après la Suisse - le pays où les jeunes se suicident le plus (voir ci-dessous).
Parmi les causes avancées de cette flambée de détresse : le manque de perspectives réelles dans notre société mais aussi, violence ultime, l’indifférence des adultes à leur égard. Et si, derrière la « maladie adolescence », c’étaient les parents, les institutions et la société qui étaient malades, en crise ? C’est bien l’avis de l’anthropologue David Le Breton (lire interview), qui voit dans la souffrance des plus jeunes, dans leurs conduites à risques, une supplique adressée à leurs aînés pour qu’ils reprennent enfin leur place... d’adultes.

Voir également :
Attention les filles !
Des lieux ouverts pour redonner la joie de vivre
Pourquoi nos ados vont mal ?

 

-  [21.12.04]   Anne-Marie Thomazeau

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