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Se soigner sans ordonnance

L’automédication, à consommer avec modération

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Les pharmaciens sont désormais autorisés, s’ils le souhaitent, à mettre certains médicaments en accès libre. Ces produits ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale. Cette mesure, censée favoriser le développement de l’automédication, satisfait les laboratoires. Elle n’est pas sans risques pour les patients et demande des précautions.

Depuis le 1er juillet 2008, près de 250 médicaments* peuvent être installés en accès direct dans les pharmacies. Jusqu’alors, ils restaient derrière le comptoir du pharmacien, seule la parapharmacie étant depuis longtemps en libre-service.

Quels sont les médicaments concernés  ?

Ce sont des médicaments destinés à soigner des maladies bénignes : rhume, mal de gorge, brûlure, douleur, diarrhée, constipation, etc. Une quarantaine d’entre eux sont des substituts au tabac, une trentaine servent à soigner les troubles gastro-intestinaux, une bonne vingtaine les rhinites et la toux. Actifed, Aspro, Humex, Drill, Solutricine, Diaretyl, Maalox, Rennie, Nurofen : les patients retrouvent des marques qui ne leur sont pas inconnues. Ce dispositif est censé encourager l’automédication, c’est-à-dire le fait de se soigner sans passer par le médecin. Rien de bien nouveau : 8 Français sur 10 ont déjà l’habitude de prendre au moins une fois par an un médicament non prescrit. En 2007, l’automédication a généré 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Auparavant, pour obtenir ces remèdes, il fallait les demander au pharmacien. La seule chose qui change, c’est que l’on pourra se servir directement, mais seulement parmi des médicaments déremboursés dont la liste est établie par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Les médicaments à prescription médicale facultative, que l’on peut acheter sans ordonnance (voir ci-contre), restent en revanche derrière le comptoir.

Les pharmaciens jouent-ils le jeu  ?

Ces médicaments ne doivent pas être mélangés à la parapharmacie et doivent être installés dans un espace clairement identifié, situé à proximité du comptoir pour permettre le contrôle et le conseil du pharmacien. Ce dernier reste libre de mettre ces produits en accès direct ou de les garder derrière son comptoir. C’est encore cette dernière solution qui est privilégiée. A peine 20 % des 23 000 officines auraient franchi le pas. Les pharmaciens avancent deux raisons à cette réticence. D’abord, installer des médicaments en accès direct oblige à agencer différemment la boutique et à limiter l’espace parapharmacie, laquelle procure une partie non négligeable de leurs revenus. Beaucoup redoutent aussi une surconsommation médicamenteuse. « Puisque c’est à portée de main, les gens ne vont-ils pas se servir sans se poser ni nous poser de questions  ? » objecte Julien Etiévent, jeune pharmacien installé depuis peu à Marseille. « Si on est plus dans un parcours de consommation qu’un parcours de soins responsable, on court à la catastrophe », craint Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (Uspo). « C’est une révolution pour nous, comme ce fut le cas lorsque nous avons été autorisés à substituer un générique à un princeps, confirme Jean-Claude Tellier, du Conseil de l’ordre des pharmaciens. La mesure va prendre consistance avec le temps. »

Une astuce pour recycler de vieux médicaments  ?

S’il est une fan inconditionnelle des médicaments en libre-service, c’est bien l’Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (Afipa), qui regroupe les grands laboratoires. Elle promet le lancement de nouveaux emballages « pour une consommation plus facile » et la mise en place de sites d’information sur les maladies et leurs médicaments « pour accompagner les patients consommateurs ». La première liste de produits mis en vente libre ne lui suffit pas. « L’offre est insuffisante, elle doit être élargie et couvrir davantage d’affections », revendique Vincent Cottard, président de l’Afipa et P-DG du groupe Gsk santé grand public. L’industrie espère recycler ses médicaments déremboursés et n’entend pas se borner aux petits bobos. L’objectif est d’investir des créneaux où la demande est forte : les Ipp (inhibiteurs de la pompe à protons pour le système digestif), quatrième poste de dépenses en médicaments, la simvastatine (contre le cholestérol), les antimigraineux, les produits contre l’arthrose ou pour la prévention de l’ostéoporose. Il faut « libérer » le marché, martèle l’Afipa, pour que l’automédication atteigne ici un niveau comparable à celui de nos voisins. Quand un Français consacre 27 euros par an à l’automédication, un Allemand dépense 60 euros.

Faut-il craindre de nouveaux déremboursements  ?

Pour accroître le budget automédication des Français, rien de tel qu’une nouvelle vague de déremboursements. L’idée est suggérée dans un rapport remis au ministre de la Santé en janvier 2007. Partant du principe que « la coexistence d’une même spécialité sous un statut remboursable et non remboursable est une source de confusion et d’incompréhension », ses deux auteurs, MM. Baumelou et Coulomb, préconisent « un déremboursement homogène et cohérent de certaines classes thérapeutiques ». Sur dix boîtes vendues, quatre sont à prescription médicale facultative. Et donc remboursées si elles sont prescrites par le médecin. En déremboursant une grande partie de ces médicaments, tout en les laissant en vente, ce serait autant d’économisé pour la Sécurité sociale. Avec, bien sûr, un reste à charge accru pour les patients. A moins que, comme le suggère Gilles Bonnefond, les complémentaires prennent en charge, « au premier euro, ces médicaments dédiés au petit risque ». Mais on voit mal les complémentaires assumer cette prestation sans la répercuter sur leurs tarifs.

Le patient est-il gagnant  ?

Dans quelques cas bien précis, pour soigner des symptômes courants et légers, pas besoin de l’intervention d’un médecin. Faut-il pour autant encourager cet évitement  ? Non, car cela n’est pas sans danger. Tout médicament autorisé, soumis ou non à prescription, remboursable ou non, présente des risques. Utilisation à mauvais escient, surdosage, interaction avec d’autres traitements ne doivent pas être pris à la légère. Les accidents liés à des abus médicamenteux sont fréquents (voir interview ci-dessus). L’automédication est à consommer avec modération.

[03.12.08]

- Didier Berneau

* 217 spécialités pharmaceutiques, 12 médicaments à base de plantes et 19 médicaments homéopathiques.

À savoir

Remboursés, pas remboursés

Il y a environ 9 000 présentations de médicaments en France. 6 000 d’entre elles sont remboursables. Les 3 000 autres sont susceptibles d’être vendues en accès libre : pour la plupart, ce sont des médicaments déremboursés sur décision de la Haute Autorité de santé, qui a jugé leur service médical rendu insuffisant. Pour être remboursé par la Sécurité sociale, un médicament doit présenter une vignette sur son emballage. Elle est bleue, blanche ou barrée, suivant le taux de remboursement (35, 65 ou 100 %). Son prix est encadré.Certains de ces médicaments sont à prescription médicale obligatoire : impossible de les obtenir sans une ordonnance de votre médecin. On parle alors de médicaments « Ã©thiques ». D’autres sont à prescription médicale facultative, ils sont remboursés s’ils sont prescrits par votre médecin, vous pouvez toutefois les acheter sans ordonnance, mais, dans ce cas, ils ne sont pas pris en charge. Il s’agit de médicaments « semi-éthiques ».Les produits d’automédication stricte sont déremboursés, ils ne sont pas vignettés. Leur prix est libre. On parle aussi de médicaments Otc (over the counter, c’est-à-dire « devant le comptoir »).

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