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L’économie sociale au secours de la lutte contre la faim dans le monde

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« Comment nourrir la planète ? » Vaste question. C’était celle des 4èmes Rencontres du Mont-Blanc, organisées à Chamonix les 9 et 10 novembre derniers par les dirigeants de l’économie sociale et solidaire. « Il ne s’agit pas d’une réunion de plus, souligne Thierry Jeantet, président de ces journées mais de rencontres qui servent à présenter des projets, à les mettre en réseau et à en faire émerger d’autres, à lancer des pistes de réflexion. Cette année, le sujet est d’une gravité exceptionnelle : l’alimentation mondiale ».

L’enjeu est de taille. Un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde. Avec l’augmentation de la population, on en comptera deux milliards en 2050. « Il y a toujours eu une course entre l’augmentation démographique et l’augmentation de la production agricole mais les ressources ont des limites », explique Michel Griffon, directeur général adjoint de l’Agence nationale de la recherche. Selon ce dernier, en Chine, quasiment toutes les surfaces agricoles ont été utilisées. Idem aux Etats-Unis et en Europe. Seuls le Canada, la Russie et le Nord de la Chine pourraient mettre en culture de nouvelles terres.

Les limites de l’agriculture intensive
« La question n’est pas tant de savoir s’il y aura assez de nourriture pour tout le monde en 2050 mais de savoir ce qu’on mangera, prévient l’agronome. Car quand le revenu des ménages augmente comme c’est le cas aujourd’hui dans les pays émergents, le contenu de nos assiettes change. La classe moyenne mange plus de viande ». Or, pour la produire, il faudra toujours plus de terres. Actuellement, 70% de la déforestation amazonienne sert à créer des pâturages ou à planter du maïs et du soja pour nourrir le bétail (il faut compter 3 à 6 calories de végétaux pour fournir une calorie de viande). Avec la forêt, c’est la biodiversité qui disparaît et les populations les plus pauvres qui sont chassées de leur territoire.

« La grande agriculture ne pourra pas forcément faire face aux besoins du futur, précise Marcel Griffon. La révolution verte a permis d’augmenter les rendements mais aujourd’hui ses bases sont obsolètes. Elle consomme une énergie considérable et ce qui était possible quand le prix du pétrole était bas ne l’est plus aujourd’hui. D’autant qu’elle oblige à utiliser beaucoup d’engrais et de produits phytosanitaires, générateurs de pollutions ».
Surtout, à force de traitements chimiques massifs depuis plusieurs dizaines d’années, les sols se sont dégradés. « Au lieu de fabriquer de l’humus, les matières organique se minéralisent, note Lydia Bourguignon, fondateur du Laboratoire d’analyse microbiologique des sols. Il y a cent ans, les sols en contenaient 4% contre 1,3% aujourd’hui ».
De même, les vers de terre indispensables au maintien de la fertilité disparaissent : en 1950, il y en avait deux tonnes à l’hectare, il n’y en a plus que 150 kilos aujourd’hui. Résultat : les sols ne sont plus retenus. Et la production agricole commence à stagner.

En Inde, une personne sur quatre a faim
Le réchauffement climatique et la crise de l’eau pourraient bien agraver la situation. Déjà 2,8 milliards de personnes sur la planète n’ont pas accès à l’eau potable. Selon Ricardo Petrella, président de l’Institut européen de recherche sur la politique de l’eau, 40 villes des Etats-Unis ont des problèmes d’approvisionnement : « 40% de l’eau municipale n’est pas utilisable pour l’usage domestique ». C’est la même chose dans 240 villes chinoises. « On a détruit l’eau de la terre, s’insurge Ricardo Petrella qui milite pour le droit à l’eau pour tous. Même si le réchauffement climatique ne dépasse pas 2°, tous les glaciers du monde vont fondre de 60 à 70%. La plaine du Gange disparaîtra, les grands lacs de Patagonie aussi. L’eau va devenir la question sociale du 21ème siècle ». Sans eau, en effet, pas de vie. Sans eau, pas d’agriculture, pas d’alimentation. Il faut une tonne d’eau pour produire un kilo de céréales. Et quatre tonnes d’eau pour remplir notre assiette tous les jours !

Aujourd’hui, 2,4 milliards de personnes vivent de l’agriculture dans le monde dont 600 millions sont très pauvres. Car le paradoxe, c’est que la faim frappe d’abord ceux qui produisent la nourriture pour la planète : « Les ¾ des personnes qui souffrent de la faim sont des paysans, note Bruno Parmentier, directeur de l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers. Ils ont tellement faim qu’ils partent en ville. On les retrouve dans les bidonvilles où ils peuvent manger un petit peu ». C’est en Inde qu’il y a le plus d’affamés : dans ce pays, une personne sur quatre a faim. Vient ensuite, la Chine, la République du Congo, l’Afrique et la péninsule Indo-Pakistanaise. Envolée du prix des céréales, entrée en bourse des denrées alimentaires, compétition pour les terres, dumping des pays industrialisés pour doper leurs exportations au détriment des agricultures vivrières locales règles imposées par l’OMC (organisation mondiale du commerce)...
En 2008, du Sénégal à l’Egypte en passant par l’Indonésie, 35 pays ont été secoué par des émeutes de la faim.

La solidarité contre les multinationales
Pour autant, dans de nombreux pays, des mouvements coopératifs, associatifs, mutualistes directement inspirés des valeurs de l’économie sociale ont vu le jour pour aider les populations à s’organiser, faire face aux injustices et mettre en place de nouvelles façons de produire et de consommer. 21 projets émanant de 21 pays différents ont ainsi été présentés aux 4èmes rencontres du Mont-Blanc. Ils vont de Cnop Mali, une fédération d’organisations paysannes maliennes qui développe l’agriculture familiale et met en place des modes de production durables, aux Jardins de Cocagne en Suisse, une coopérative qui fournit un panier de légumes toutes les semaines à 420 ménages en échange d’une cotisation adaptée à leur revenus, à Navdanya, une association indienne qui tente de sortir les paysans de la misère en protégeant la biodiversité et le savoir faire, en favorisant le commerce équitable et une agriculture écologique... A la tête de cette association, une écologiste de renomée internationale : Vandana Shiva.

« Quand j’ai compris que 5 multinationales voulaient breveter les semences et les cultures, je me suis dit que ce n’était pas possible. J’ai voulu sauver nos graines. Aujourd’hui, les paysans indiens sont obligés d’abandonner leurs semences et de les acheter à Monsento. Ils s’endettent. Environ 200 000 agriculteurs se suicident tous les ans en Inde. Ces suicides ont lieu dans les régions où il y a un maximum de coton BT. Si les paysans s’enrichissaient comme le prétendent les firmes, ils ne mettraient pas fin à leur vie ».

Pour l’heure Navdanya a répertorié plus de 2000 variétés de riz et des centaines de variétés de céréales et de légumineuses. Après des années de lutte, l’association a sauvé de la main mise des multinationales les brevets déposés sur le riz basmati et le neem, un arbre dont l’huile a des propriétés fertilisants et insecticides. Elle est présente dans 5 000 villages et forme plus de 20 000 personnes à une agriculture solidaire et respectueuse de l’environnement.

En savoir plus : www.rencontres-montblanc.coop

[17.11.09]

- Brigitte Bègue

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