La Somuco à Romilly-sur-Seine
L’héritage ouvrier de la mutualité
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Née en 1920 à l’initiative du mouvement coopératif local, la Solidarité mutuelle des coopérateurs concrétisait la volonté des familles ouvrières de réaliser en commun des Å“uvres dans le domaine de la santé. Près d’un siècle plus tard, l’élan
mutualiste romillon conserve toute sa jeunesse.
« Lidée de départ était de vendre des médicaments à un moindre coût, de permettre aux ouvriers modestes et à leurs familles de se soigner. » Pour Nadine Triché, présidente de la Somuco, qui a passé trente-deux ans dans les ateliers de bonneterie de Romilly, ouvrière la journée, militante syndicale le soir, la solidarité n’est pas un vain mot.
Comme tant d’autres Romillons, Nadine a connu les grandes heures de l’industrie textile auboise, quand le Coq sportif ou les chaussettes Olympia étaient les symboles et la fierté de la ville. Quelque 12 000 personnes emplissaient les ateliers chaque jour. C’était avant 1980 et les délocalisations. « Aujourd’hui, il reste à peine 500 ouvriers du textile, et la ville a perdu près de 3 000 habitants », regrette Nadine Triché. Le taux de chômage est élevé, les gens vont trouver du travail à Troyes ou à Nogent-sur-Seine. « Dernièrement, la ville a encore essuyé un plan social. Ce n’est pas sans répercussions. Les gens se soignent moins, ils font l’impasse sur le dentaire et sur l’optique. Heureusement que la Somuco a une histoire et que les adhérents sont fidélisés. »
Adhérents et ayants droit : la moitié des Romillons
Depuis 1920, des liens très forts se sont en effet tissés entre la population et la Somuco. Un attachement que ni le lobby pharmaceutique dans les années 1920 ni le gouvernement de Vichy en 1940 ou encore le plan Juppé en 1995 n’ont pu fragiliser.
La Somuco, forte de ses 2 300 adhésions annuelles et de ses 7 000 ayants droit (la moitié de la population de Romilly), est aujourd’hui une vieille dame en pleine santé. Pour une cotisation symbolique de 3 euros annuels, ses adhérents disposent d’une des plus grandes pharmacies de la région : 250 mètres carrés en plein centre-ville, 3 pharmaciens, 3 préparateurs et 2 livreurs qui assurent gratuitement la livraison des médicaments dans 11 communes des environs.
Au-dessus de la pharmacie se tient le centre dentaire, dans lequel officient, à temps plein, 2 chirurgiens. Et un peu plus haut dans la même rue, à 100 mètres de là , le centre optique Mutoptic propose ses montures et verres correcteurs ou solaires à un prix mutualiste.
Au total, la Somuco emploie 22 salariés (équivalant à 20 temps pleins) qui assurent aux adhérents une qualité de soins maximale pour un coût minimal. « On est très satisfaits de nos professionnels de la santé, qui jouent parfaitement le jeu de la mutualité, assure Nadine Triché. Nos 2 chirurgiens-dentistes ont même quitté le libéral pour nous rejoindre. Chacun est animé des mêmes valeurs humanistes de solidarité et de défense des intérêts mutualistes. »
Quant à transformer la Somuco en mutuelle complémentaire, l’idée a déjà été soulevée, sans succès. « Ça sera peut-être le grand défi de ce nouveau siècle », conclut Nadine Triché, qui quittera ses fonctions de présidente l’an prochain, non par lassitude mais, comme elle le dit elle-même, « pour offrir à la Somuco une nouvelle vitalité ».
[20.06.03]
Christophe Manquillet
Somuco, 99, rue Gornet-Boivin, Romilly-sur-Seine. Tél. 03 25 39 56 40.