Qui va nous soigner ?
L’hôpital devient rentable, les malades jetables
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L’acte de soins va-t-il se borner à n’être qu’un geste technique, au détriment de l’accompagnement humain, comme le dénoncent les soignants ? De fait, on impose à l’hôpital un objectif incompatible avec sa mission de service public : être rentable.
En 2000, l’Organisation mondiale de la santé attribuait la première place à notre système de santé. Un système qui garantit un accès aux soins égal pour tous. Mais qu’en sera-t-il dans vingt ans ? Où se soignera-t-on ? L’hôpital public acceptera-t-il encore tout le monde ?
A travers de multiples journées d’action, grèves, manifestations, pétitions « pour la défense de l’hôpital public », ces questions, les professionnels de la santé et les usagers les ont posées aux pouvoirs publics durant des mois avant l’adoption, en juin 2009, de la loi « Hôpital, patients, santé et territoires ».
Cette loi oblige l’hôpital à devenir rentable, comme n’importe quelle entreprise. Fini l’hôpital ouvert à tous, pivot de notre système de soins. Une modification profonde va s’opérer et reconfigurer l’offre sanitaire sur tout le territoire. Les craintes ne datent pas d’aujourd’hui.
Sélection des patients ?
Déjà, les plans « Hôpital » 2007 et 2012 avaient entraîné la fermeture de milliers de lits et introduit la tarification à l’activité, qui attribue un coût à chaque maladie, chaque soin, et donc chaque patient.
Résultat : le budget de l’établissement dépendant du nombre d’interventions qui y sont pratiquées, « le risque de sélection pure et simple des patients en écartant de la patientèle ceux qui ne seraient pas source d’une rémunération jugée satisfaisante » menace l’hôpital, selon un rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) de février 2008.
Avec la nouvelle loi, ces évolutions vont encore s’accélérer. Déjà, sur les 351 hôpitaux de proximité que compte le pays, beaucoup sont en sursis, et 113 services de chirurgie de petits hôpitaux qui ne répondent pas aux normes sont condamnés. L’hôpital ouvert, accueillant tout un chacun, est sommé de changer de philosophie.
Selon le rapport Valencien sur la gouvernance, « la vision charitable de l’hospice qui accueille toute la misère du monde quelle que soit l’heure, le jour ou la nuit, ne correspond plus aux impératifs de qualité et de sécurité et de soins ». Tout est dit.
Photo DR.
[02.11.09]
Maïté Pinero
Trois niveaux de soins
A l’avenir, les hôpitaux seraient répartis en trois niveaux :
Le premier niveau correspond aux 351 hôpitaux de proximité et à la centaine de petits hôpitaux dont la chirurgie va fermer. Ces « plates-formes », comme on les appelle, se concentreront sur la gériatrie, les soins de suite, la réadaptation et la rééducation fonctionnelle, l’addictologie.
Le deuxième niveau sera celui de l’hôpital de référence, équipé d’unités de chirurgie, d’une maternité, d’un service de réanimation et de plusieurs unités de médecine. Il y aura entre 4 et 10 établissements de ce type dans chaque région. Ces communautés hospitalières de territoire « partageront avec les praticiens libéraux et les cliniques » les soins et leur permanence. Le dispositif s’étendra à l’hospitalisation à domicile.
Le troisième niveau correspond aux Chu et à quelques très grands hôpitaux qui « prendront en charge les cas les plus complexes en s’ultra-spécialisant ».