L’hôpital public
en arrêt maladie ?
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Votée malgré l’opposition de la communauté hospitalière, la loi Bachelot
veut imposer à l’hôpital public la logique de rentabilité propre à l’entreprise et
au secteur privé. Des milliers d’emplois vont être supprimés.
Hôpital public ? La loi « Hôpital, patients, santé et territoires » a rayé le terme d’un trait de plume. Il ne reste plus dans le texte que des « missions d’intérêt public », dont certaines pourront être confiées au privé.
Argument suprême du gouvernement pour réorganiser le système : l’hôpital public est déficitaire. Les praticiens reconnaissent la nécessité de faire la chasse aux gaspillages. Mais l’hôpital n’est pas une entreprise. Le sommer de faire rentrer les recettes, c’est l’obliger à renoncer à financer les lits vides indispensables en cas d’urgence, à subordonner l’acte de soin à sa rentabilité, à trier les malades.
L’impératif de revenir à l’équilibre budgétaire aboutit, selon la Fédération hospitalière de France, à la suppression de 20 000 emplois, entre 3 000 et 4 000 d’ici à 2012 pour la seule Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
L’hôpital est souvent le premier employeur dans une ville. C’est dans l’emploi que l’on taille. Départs à la retraite non remplacés, entraînant un surcroît de travail et de stress qui provoque des démissions à la chaîne, ce qui aggrave encore les conditions de travail et génère d’autres départs.
En 2009, les effectifs de l’hôpital public ont diminué pour la première fois (1 800 postes supprimés).
Loin de réduire le déficit, la réforme du financement l’aggrave. La tarification à l’activité (T2A) ne se contente pas de déshumaniser l’acte de soins, ramené à un geste technique. Elle sous-évalue les soins les plus complexes, que l’hôpital public est seul à assumer.
L’accueil des patients précaires, les hospitalisations non programmées, la prise en charge des affections graves (malades chroniques nécessitant une éducation thérapeutique, patients ne pouvant pas rentrer au domicile), la réanimation et certains actes relevant notamment de la pédiatrie font perdre de l’argent.
Pour imposer à l’hôpital public cette logique financière, soumettre médecins et soignants aux règles du taylorisme, il fallait concentrer les pouvoirs. Chose faite avec la loi Bachelot.
Désormais, le Conseil des ministres nomme les directeurs des agences régionales de la santé. Ces super-préfets sanitaires nomment à leur tour les directeurs d’hôpitaux, qui nommeront eux-mêmes les chefs de pôle.
Votée malgré l’opposition de la communauté médicale, des personnels hospitaliers et de leurs syndicats, la loi Bachelot continue à susciter leur opposition.
A l’AP-HP, où un millier de suppressions d’emplois sont prévues cette année, 1 100 chefs de pôle et de service, parmi lesquels le Pr Coriat, président de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique, menacent de démissionner de leurs fonctions administratives si le budget prévisionnel annoncé est maintenu.
Pour sa part, la Coordination des maternités et des hôpitaux de proximité, qui organise la résistance des personnels, des populations et des élus pour le maintien des petits hôpitaux, recense une multiplicité d’actions contre la casse de l’hôpital public.
[01.03.10]
Maïté Pinero