mardi 22 mai 2012
Longtemps auréolée de mystère, l’hypnose est aujourd’hui de plus en plus utilisée pour réduire la douleur et soigner certains troubles. elle a même fait son entrée à l’hôpital. Explications.
« Vos paupières sont lourdes, de plus en plus lourdes… » Evoquant les magnétiseurs de cabaret qui, de leur voix monocorde, plongent les spectateurs dans un profond sommeil, l’hypnose est liée pour beaucoup de personnes à une pratique mystérieuse où la volonté du sujet hypnotisé serait annihilée et soumise aux injonctions de l’hypnotiseur. Et pourtant, l’hypnose, état de conscience modifiée à la frontière de l’éveil et du sommeil, n’a rien de magique !
La pratique de l’hypnose à visée médicale est expérimentée dès le XVIIIe siècle par un médecin allemand, Franz Anton Mesmer. A la fin du siècle suivant, elle fascine le jeune Sigmund Freud quand il assiste, à la Salpêtrière, à Paris, aux séances du neurologue Jean Martin Charcot, qui a recours à cette technique pour soigner des patientes hystériques.
En 1940, un psychiatre américain, Milton Erickson, révolutionne complètement la pratique de l’hypnose. Pour lui, cet état naturel de profonde relaxation permet de réveiller les ressources internes d’un individu afin de l’aider à
résoudre ses problèmes. A ce jour, l’hypnose éricksonienne reste la plus pratiquée dans le monde.
Des indications précises
L’hypnose est particulièrement indiquée pour gérer la douleur, quelle que soit son origine, certains dentistes par exemple y ont recours. Elle est également utilisée par bon nombre de psychologues et de psychothérapeutes dans le cadre d’une psychothérapie pour traiter les problèmes de stress et d’anxiété, la dépression, les attaques de panique, les phobies, le stress post-traumatique…
Les troubles addictifs (troubles du comportement alimentaire, tabagisme, alcoolisme…) relèvent eux aussi de l’hypnose : « Mais attention, l’hypnose est une approche complémentaire qui ne doit pas se substituer à une prise en charge médicale. Par exemple, une personne boulimique ou anorexique doit impérativement avoir un suivi médical en parallèle », précise Antoine Bioy, psychologue clinicien et hypnothérapeute.
L’hypnose est en revanche contre-indiquée chez les patients délirants en phase active. A noter qu’en dehors du champ de la santé elle est utilisée pour la préparation des sportifs de haut niveau. Elle fait aussi partie de la boîte à outils des coachs personnels et coachs d’entreprise.
Mais toutes les personnes sont-elles hypnotisables ? Oui, mais pas n’importe quand, ni n’importe comment : il faut être prêt et se sentir en confiance avec le thérapeute. « L’hypnose, précise Antoine Bioy, s’inscrit toujours dans une relation singulière entre le patient et le praticien. »
De réels effets thérapeutiques
« L’imagerie par résonance magnétique (Irm) fonctionnelle a prouvé que l’hypnose a de réels effets thérapeutiques, notamment dans le traitement de la douleur », explique le Dr Chantal Wood, pédiatre, anesthésiste-réanimatrice et hypnothérapeute à l’hôpital Robert-Debré, à Paris. De quoi convaincre les médecins hospitaliers les plus sceptiques !
« J’y ai recours pour aider les enfants à gérer la douleur liée aux soins : prélèvements sanguins, ponctions lombaires et médullaires, ajoute le Dr Wood. Et aussi pour les petits diabétiques qui ne supportent plus d’avoir à faire leur piqûre d’insuline, ainsi que pour les enfants souffrant d’un stress post-traumatique… »
En cancérologie, l’approche hypnotique est précieuse pour apaiser les douleurs engendrées par la chimiothérapie ou la radiothérapie. Elle est aussi pratiquée dans les services de soins palliatifs. Dans certaines maternités, on la propose aux femmes qui refusent la péridurale lors de l’accouchement.
[01.03.11]
Christine Angiolini
Où trouver un hypnopraticien ?
Vous pouvez consulter les annuaires d’instituts de formation réputés pour leur sérieux et leur déontologie (l’hypnose peut aussi attirer les charlatans et les gourous, donc prudence !) en allant sur le site de la Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves ( www.cfhtb.org ) ou sur le site de l’Institut français d’hypnose ( www.hypnose.fr).
Dois-je consulter un professionnel de la santé ?
Si vous souffrez d’un problème somatique, mieux vaut consulter un médecin qui fait de l’hypnose. Pour un problème psychique, adressez-vous plutôt à un psychologue ou à un psychiatre formé à l’hypnose. Dans tous les cas, n’hésitez pas demander au praticien quelle est sa profession initiale, où il s’est formé à l’hypnose et depuis combien de temps il exerce.
Combien ça coûte ?
A l’hôpital, la séance d’hypnose est gratuite. En ville, comptez entre 60 et 80 euros par séance (non remboursés par la Sécurité sociale). Le nombre de séances dépend du problème dont vous souffrez (au moins 3 séances). A noter que certaines mutuelles proposent un remboursement forfaitaire pour les médecines alternatives.
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