Social / Rapport annuel sur le mal-logement

La Fondation Abbé Pierre dresse un bilan peu glorieux de 20 ans de politiques du logement


Sans Abris, Paris. ©Jean-Luc Adde/Viva. 2009

La Fondation présente aujourd’hui son 17ème rapport sur l’état du mal-logement en France et fait une analyse très sombre de la situation. Elle profite de la campagne présidentielle pour appeler les candidats à s’engager en faveur du logement.

2012 permet doublement de marquer le coup : à l’élection présidentielle s’ajoute le 20ème anniversaire de la Fondation Abbé Pierre (FAP). Qui en profite pour dresser un bilan de ces deux décennies en matière d’habitat, grâce à son 17ème rapport annuel sur le mal-logement [1]. Et le constat global est loin de susciter l’enthousiasme : “Jamais on n’aurait imaginé qu’on serait aujourd’hui dans une telle situation. Le mal-logement, loin de régresser, s’est développé et profondément enraciné”, déplore Christophe Robert, délégué général adjoint de la FAP.
“Comme la bataille de l’emploi a été perdue, celle du logement est en voie de l’être, à moins que les responsables politiques n’en fassent une priorité nationale pour redonner au logement un rôle d’ancrage social et de protection”, peut-on lire dans le rapport. Le défi est lancé aux présidentiables.

État des lieux

A ce jour, 133 000 personnes sont sans domicile, près de 700 000 sont privées de domicile personnel (elles logent dans des hôtels, chez des tiers…), 3,6 millions sont non ou très mal logées et plus de 5 millions se trouvent en situation de réelle fragilité de logement à court ou moyen terme.
Aux publics “traditionnels” (précaires, jeunes en difficulté d’insertion, femmes seules avec enfants et à faibles revenus…) se sont ajoutés des ménages de classes moyennes inférieures, qui ont certes un logement, mais au prix de gros sacrifices (réduction ou abandon d’autres dépenses élémentaires, éloignement du lieu de travail, habitat vétuste).
Les Français consacrent en moyenne 25 % de leur budget au logement, contre 13 % au début des années 80. Plus de 2 millions de ménages ont un taux d’effort supérieur à 35 % et un niveau de vie résiduel inférieur à 500 euros par mois. Des chiffres issus de l’enquête Logement 2006 de l’Insee, c’est-à-dire avant la crise…
Un résultat malheureusement peu surprenant quand on sait que les prix d’achat des logements anciens ont plus que doublé entre 2000 et 2010, progressant trois fois plus vite que les prix à la consommation, et que les loyers et charges ont augmenté de 50 %.

Conséquence de cette multiplication du nombre de ménages fragilisés, on assiste à une “lutte des places” et à une concurrence entre les ménages précaires pour obtenir des aides et des logements sociaux (1,2 million de ménages sont en attente d’une HLM, en hausse de 79 % par rapport à 1984). “On exclut des personnes en difficulté parce qu’il y en a toujours des plus pauvres”, explique Christophe Robert.

Le rapport reconnaît une nette amélioration des conditions de vie dans les logements français : en 1984, 15 % du parc ne ne disposait pas d’eau courante, d’une installation sanitaire (baignoire ou douche) ou de WC intérieurs, un chiffre tombé à 1,3 % en 2006. Pour autant, la Fondation rappelle que “le mal-logement dû à de mauvaises conditions d’habitat est bien loin d’avoir disparu”, 2,7 millions de personnes vivant dans des logements inconfortables, de mauvaise qualité ou surpeuplés.
On recense également 3,8 millions de ménages de France métropolitaine en précarité énergétique [2].


 

-  [01.02.12]   Elsa Maudet

[1] Le mal-logement comprend l’absence de logement personnel, les difficultés d’accès au logement, les mauvaises conditions d’habitat, les difficultés de maintien dans le logement, le blocage de la mobilité résidentielle et l’“assignation à résidence”.

[2] Un ménage est en précarité énergétique lorsqu’il consacre plus de 10 % de ses revenus aux dépenses d’énergie. La moyenne nationale est de 5,5 %.

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Les inégalités s’accroissent

- Les 10 % de ménages les plus pauvres consacrent 48 % de leur budget aux dépenses contraintes (loyer, eau, gaz, électricité, télécommunication…), soit une hausse de 24 points entre 1979 et 2005, contre 27 % pour les 10 % les plus riches (+ 7 points) ;
- Entre 2003 et 2006, parmi les ménages les plus riches (cinquième quintile) ayant changé de logement, 6 sur 10 sont devenus propriétaires, contre moins d’un sur dix parmi les 20 % les plus pauvres ;
- Les ménages les plus modestes sont plus souvent locataires qu’il y a 20 ans : 56 % en 2006 contre 41 % en 1984 ; et les plus riches plus souvent propriétaires : 76 % contre 60 % il y a 20 ans ;
- En 2010, les 10 % des ménages les plus riches détiennent près de la moitié du patrimoine national, contre 7 % pour la moitié de la population la moins riche. Les 10 % des ménages les moins aisés détiennent moins de 2 700 euros de patrimoine brut, les 10 % les plus aisés 550 000 euros. Soit un rapport de 1 à 205, qui a crû, selon l’Insee, de près d’un tiers depuis 2004 ;
- Entre 1990 et 2009, les 20 % des Français les moins riches ont vu leur niveau de vie amputé de 400 euros, alors que les 20 % les plus riches ont gagné 680 euros

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