Société / Travail et culture

La brutalité du management envahit les écrans et la littérature

Signe des temps et que les problématiques des conditions de travail sont devenues un fait de société. En cette rentrée 2009, les questions du travail et plus particulièrement le travail comme source de maux s’affiche tant sur les petits écrans que sur les grands. La littérature s’en empare également.

Littérature : « Les heures souterraines »
Delphine de Vigan qui a déjà signé quatre romans et deux recueils de nouvelles, publie chez Jean-Claude Lattès Les heures souterraines [1]. Un chassé-croisé entre deux personnes – une femme, Mathilde, et un homme, Thibault – tous deux « cassés » par des relations peu saines : lui, dans sa vie sentimentale, elle dans sa vie professionnelle.
Il est médecin dans un service jumeau de Sos-Médecins ; elle travaille dans un grand groupe. Depuis quelques mois, Mathilde est minée par le changement de comportement de son chef de service et subit brimades et mise au placard. Lui, déjà submergé par un travail prenant, ne s’épanouit pas dans une relation qui n’est guère partagée.

Avec une économie de mots mais une très belle écriture et des images incisives, Delphine de Vigan nous fait partager le calvaire de Delphine, un calvaire qui peut devenir « ordinaire » dans n’importe quelle entreprise.
Un quotidien qui prend une douloureuse résonance avec les récents et dramatiques événements chez France-Télécom et dont on mesure que nul ne peut être complètement à l’abri dans notre monde absurde, où les maîtres-mots sont concurrence et compétitivité.
Mathilde s’en sortira par ce qui lui paraît la seule issue possible avant l’irrémédiable : la démission.

Cinéma : « Rien de personnel »
Le grand écran, cette semaine, avec la sortie de Rien de personnel , de Mathias Gokalp [2], nous offre aussi une plongée dans le monde de l’entreprise, les relations entre cadres, en particulier.
En 2001, ce réalisateur nous avait offert Mi-temps, un court-métrage sur la journée de travail d’une caissière. Dans ce deuxième film, il dissèque l’univers impitoyable régnant au sein d’un laboratoire pharmaceutique. Dérangeant, cassant, ce petit jeu de massacre pour accéder à un poste-clé réunit de très bons acteurs, tels Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydès ou Mélanie Doutey.

Sur le petit écran : « Le travail en miettes »
France-5 n’est pas en reste en proposant, demain mardi (20h35), un documentaire - inédit - de Paul Moreira Le travail en miettes [3]. Paul Moreira qui, en 2007, avait signé une excellente enquête sur la souffrance au travail Travailler à en mourir, s’immisce là dans le sujet de la précarisation du travail.

Précarisation dont on sait, aussi, les ravages qu’elle peut engendrer sur le stress et l’émergence des risques psycho-sociaux. Qui dit travail précaire dit aussi manque de suivi médical, tant au sein des multiples entreprises fréquentées, qu’au niveau global : se faire suivre médicalement n’est pas forcément une priorité pour un salarié qui ne vit que de Cdd.
Surtout en période de crise économique, lorsque les personnels intérimaires sont les premiers à être jetés. Ce documentaire très fourni en témoignages remonte aux origines de l’utilisation massive du travail temporaire, après la première restructuration sidérurgique en Lorraine.

A venir : "La mise à mort du travail"
Enfin France-2 devrait projeter, courant novembre, une trilogie de Jean-Robert Viallet (3 fois 60 minutes), qui s’intitulera : La mise à mort du travail [4].
Le réalisateur explique : « J’ai passé deux ans, en immersion dans des entreprises mondialisées, à filmer le travail. Des employés jusqu’aux actionnaires. » Le premier volet de cette enquête La dépossession raconte le pouvoir des actionnaires, L’aliénation décrit « les folles manipulations du management », et La destruction conclut « sur les effets violents de cette gestion des ressources humaines sur les hommes et les femmes qui travaillent ».
Et Jean-Robert Viallet de s’interroger : « Si la crise économique nous oblige à questionner le capitalisme néo-libéral de ces 30 dernières années, la crise du travail, elle, devrait questionner tous les managers qui, pour répondre aux seules exigences fixées par leurs actionnaires, poussent les salariés jusqu’au bout de leurs limites ».

 

-  [21.09.09]   Anne-Marie Boulet

[1] Les heures souterraines de Delphine de Vigan. 300 pages. Editions Jean-Claude Lattès. Prix : 17 €

[2] www.canalplus.fr/cinema

[3] wiki.france5.fr

[4] film-documentaire.fr

Nos articles précédents :
Plus d’emplois, plus de précarité, plus de temps partiel non choisi,
Europe : les 18-25 ans plus précaires, plus accidentés au travail,
Les « emplois extrêmes » mènent au « burn out »,
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