mardi 22 mai 2012
L’observatoire régional de la santé Paca et une unité Inserm de Marseille ont mené une enquête nationale auprès de mille médecins libéraux sur la prise en charge de la fin de vie. La plupart expriment un malaise lié à un manque de moyens, à une formation insuffisante, au peu de structures d’accueil et d’équipes spécialisées. Une généraliste de l’Hérault s’exprime sur le sujet.
Alors que la plupart des médecins sont appelés à prodiguer régulièrement des soins de fin de vie, seuls 9 % des généralistes et 18 % des cancérologues ont reçu une formation universitaire sur ce sujet. Ce manque de formation se ressent notamment dans l’utilisation de la morphine et de ses dérivés dans la prise en charge de la douleur.
Pour mieux cerner l’attitude des médecins, l’enquête les a interrogés sur les traitements appliqués à leurs patients décédés d’un cancer. En effet, la douleur est un des symptômes les plus courants et les plus redoutés de cette maladie. L’usage de la morphine et de ses dérivés (de mieux en mieux dosés pour éviter les effets secondaires) est préconisé depuis de longues années.
En dehors de tout critère lié au type de cancer, l’enquête constate que ces prescriptions sont plus fréquentes chez les médecins ayant suivi une formation universitaire spécialisée en soins palliatifs ou en algologie (soins antidouleur) ou si la famille est présente : on suppose alors que celle-ci insiste suffisamment auprès du médecin pour qu’il prescrive de la morphine au malade. Les plus jeunes malades, sans doute plus revendicatifs ou mieux écoutés, en bénéficient aussi plus facilement (44 % de prescriptions aux moins de 44 ans, contre 13 % aux plus de 80 ans). Quant aux femmes, la discrimination semble les suivre jusque dans les derniers instants de leur vie, surtout si leur médecin est un homme : les médecins hommes prescrivent de la morphine à 39 % de leurs patients hommes, mais à 25 % seulement de leurs patientes. Les médecins femmes en prescrivent encore moins, mais elles le font équitablement : même pourcentage (18 %) d’hommes et de femmes. Les responsables de l’enquête y voient la difficulté pour un médecin d’évaluer la douleur de ses patients. D’autant plus que beaucoup semblent éprouver des difficultés de communication.
Là encore, l’enquête montre que les médecins les moins bien formés sont ceux qui ont le plus de difficultés à communiquer : seuls 9 % des généralistes et 17 % des cancérologues se sentent capables d’informer du diagnostic les malades en mesure de le comprendre.
Les généralistes sont trop peu entourés
Les médecins déclarent se sentir trop seuls face à ces cas difficiles, surtout en zone rurale, alors que les personnes âgées y sont beaucoup plus nombreuses : les deux tiers des prescriptions de soins palliatifs faites par les médecins ne peuvent aboutir, faute de services hospitaliers spécialisés ou d’équipes pluridisciplinaires se rendant à domicile et épaulant le médecin traitant. Une enquête récemment réalisée par la caisse primaire d’assurance maladie du Var avait montré que la plupart des personnes âgées mourant chez elles des suites d’une maladie ne bénéficiaient même pas d’une aide ménagère. Comment, dans ce cas, un généraliste peut-il maintenir à domicile jusqu’au dernier moment les personnes qui le souhaitent ?
Une bonne prise en charge de la fin de vie semble passer par la multiplication d’équipes spécialisées, notamment des équipes mobiles susceptibles de se rendre au chevet des malades concernés, quel que soit le lieu où ils se trouvent : hôpital de proximité, maison de retraite ou domicile. Outre une prise en charge paramédicale, sociale et psychologique adaptée, ces équipes permettraient aux médecins traitants de se sentir moins désemparés face à ces malades difficiles.
[17.10.03]
Françoise Cordier
L’enquête de l’observatoire régional de la santé a été menée avec des crédits de l’Union régionale des caisses d’assurance maladie.
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