samedi 4 février 2012
Notre tube digestif abrite des milliards de bactéries avec lesquelles nous vivons le plus souvent en bonne entente. Mais un déséquilibre dans la composition de la flore intestinale peut aussi être à l’origine de certaines maladies.
L’intestin du bébé est stérile, sa colonisation par les bactéries qui vont composer la flore intestinale commence dès les premiers instants de la vie et se poursuit pendant trois ans, d’abord sous la dépendance des contacts avec la mère, avec l’accouchement et l’allaitement – lequel contribue à assurer une flore intestinale équilibrée –, puis sous l’influence de l’alimentation, de l’environnement (hygiène, prise d’antibiotiques…) et des sécrétions du tube digestif. L’installation de la flore intestinale dès les premiers instants de la vie met en route le système immunitaire, qu’elle stimule en permanence tout au long de la vie. Chaque adulte héberge dans l’ensemble de son tube digestif environ 1014 bactéries qui s’y répartissent de façon non homogène – elles sont par exemple plus nombreuses au niveau du côlon que dans l’intestin grêle – et avec lesquelles il entretient le plus souvent de bonnes relations.
On estime que la diversité bactérienne peut atteindre l’ordre du millier d’espèces, et on n’en connaît qu’une infime partie. La composition de la microflore intestinale, ou « microbiote », est spécifique à chaque individu, comme une empreinte digitale, et résulte de l’histoire de chacun depuis sa naissance. Cependant, si la flore diffère d’un individu à l’autre, trois groupes bactériens majeurs la constituent : les firmicutes, les bactéroidetes et les actinobactéries.
Le microbiote est considéré comme un organe à part entière qui remplit des fonctions physiologiques indispensables. Sans lui, la dégradation, via la fermentation, des aliments non digestibles (la cellulose, par exemple) ne serait pas assurée, et certains aliments considérés comme toxiques ne seraient pas transformés en produits inoffensifs. La flore intestinale protège aussi le tube digestif contre la colonisation par des agents pathogènes.
Certains facteurs influent sur le fonctionnement du microbiote : l’alimentation, les antibiotiques, les vaccins, les variations hormonales, le stress… Des données très récentes indiquent par ailleurs que des altérations de la flore provoquent parfois des modifications du comportement, ce qui suppose une véritable communication entre le cerveau et le tube digestif. Une flore déséquilibrée peut aussi laisser la porte ouverte à des bactéries pathogènes ou à des toxines, et provoquer des infections ou une inflammation chronique de l’intestin. Des chercheurs français ont identifié une espèce bactérienne aux propriétés anti-inflammatoires que les personnes atteintes de la maladie de Crohn n’hébergent qu’en faible quantité, ce qui expliquerait peut-être le dérèglement de leur système de défense immunitaire au niveau de l’intestin.
Plus surprenant encore : un déséquilibre du microbiote favoriserait la prise de poids. Il y a quelques années, des chercheurs américains avaient montré que, chez l’homme comme chez la souris, la flore intestinale varie avec la corpulence des individus et que l’intestin des obèses abrite une quantité plus élevée de bactéries ayant une grande capacité à extraire les calories des aliments. Reste à savoir si l’on pourra un jour réguler le poids des obèses en modifiant leur flore intestinale…
[01.03.10]
Sylvie Boistard
Entretien avec le Dr Thierry Piche, gastro-entérologue au Chu de Nice et à l’Inserm 576
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