Santé / De quoi serons nous malades demain ?

La guerre des virus

Déforestation, réchauffement climatique… les virus mutent. Voyages, transports… ils se propagent. Tous les spécialistes le disent  : nous allons devoir faire face à de nouvelles épidémies.

Jusqu’en 1999, la fièvre à virus du Nil occidental, dont l’agent fut isolé en 1937 en Ouganda, n’était jamais entrée en Amérique. Mais il a suffi que le virus surgisse à New York cette année-là pour que, trois ans plus tard, une épidémie touche près de 10 000  personnes aux Etats-Unis et fasse plusieurs centaines de victimes.
On le sait   : à cause du développement des transports, virus, bactéries, parasites et champignons circulent et se développent partout dans le monde. Ils tuent 18  millions de personnes chaque année. «   Nous ne savons pas où et quand, mais, dans les prochaines décennies, il y aura de nouveaux drames  », prédit le Dr Frédéric Saldmann*. Ce médecin, spécialiste de l’hygiène, recense, avec d’autres, les facteurs qui favorisent l’émergence des virus. _ Par exemple, les déboisements massifs causés en Indonésie par les gigantesques incendies de 1999 ont chassé les chauves-souris, porteuses saines du virus Nipah, vers la Malaisie, où le virus a provoqué une épidémie d’encéphalites.
C’est le facteur climatique qui est à l’origine de la transmission du hantavirus Puumala à l’homme   : les déjections des rongeurs infectés étaient recouvertes par la neige pendant de longs mois et ne pouvaient contaminer les promeneurs. La période d’enneigement est plus courte, et le virus s’est répandu jusqu’en France, dans l’Oise et dans les Ardennes, lors d’épidémies apparues en 2003.

Il va falloir s’adapter
Un micro-organisme – bénin chez l’animal – s’adapte, mute et devient virulent quand il affecte l’homme, déclenchant une épidémie   : c’est un des scénarios auxquels il va falloir s’habituer. La grippe A en est un exemple  : le virus A H1N1 est, en effet, une association de fragments de virus aviaire, porcin et humain.
Mais les épidémies ont plus ou moins d’impact. Le sida, apparu dans les années 1980, a provoqué 25  millions de morts en vingt-sept ans. Le terrifiant virus Ebola, responsable d’une fièvre hémorragique mortelle, découvert au Congo en 1976, est resté circonscrit à quelques pays d’Afrique. De fait, plus les épidémies sont « bruyantes », c’est-à-dire facilement décelables, plus elles sont faciles à combattre, même si leurs effets sont plus graves. Un virus silencieux peut désorganiser une société, obligée alors à prendre le maximum de précautions pour se protéger.
Devant le danger potentiel, réel ou imaginé, «   il va peut-être falloir apprendre à se dire bonjour autrement qu’en se serrant la main   », avance le Dr Saldmann.
Pour Claude Gilbert, responsable de l’axe «   risques et crises collectifs  » à la Maison des sciences de l’homme de Grenoble, à l’avenir, il faudra surtout «  s’adapter aux crises longues et savoir survivre dans les situations fortement dégradées   ».
En attendant de mieux savoir identifier les réservoirs de virus et de trouver, à la source, les bonnes parades.

Lire aussi :
Quand les bactéries font de la résistance
«  On est dans une lutte permanente contre les virus   »

 

-  [02.11.09]   Marianne Rolot

* Coauteur avec François Bricaire de les Nouvelles Épidémies, comment s’en protéger ? Flammarion, 13 euros.

Une famille qui s’agrandit sans cesse
Le virus du chikungunya, qui a sévi dans l’île de la Réunion en 2005-2006, a été identifié pour la première fois en Tanzanie en 1952. Il peut être raccroché à des familles beaucoup plus anciennes de virus, responsables d’épidémies en Afrique. Dans les siècles passés, la peste, la variole, le typhus… décimaient les populations. Plus récemment sont apparus ou réapparus des maladies, telles la fièvre jaune, la dengue, la fièvre de la vallée du Rift, le Sras, la grippe aviaire, des virus – Ebola, Nipah, du Nil occidental –, mais aussi des bactéries, bacille de Koch ou staphylocoque. Quels seront les prochains  ?

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