mardi 22 mai 2012
La France fête cette année le soixantième anniversaire de la Libération. A Châlons-en-Champagne, les enfants courent pour honorer ceux qui ont combattu, et parfois péri, pour la liberté.
Le 6 mai 1944, au terrain de la Folie, situé à quelques kilomètres de Châlons, cinq membres du groupe Tritant tombaient fusillés par les nazis en représailles pour des actes de résistance. En moins d’un mois, pas moins de quarante-neuf patriotes marnais payèrent de leur vie la vengeance amère d’un occupant qui se savait alors perdu.
Trois mois plus tard, Epernay, Châlons, Reims et l’ensemble du département de la Marne étaient libérés. Dans l’Est, où la terre porte encore en elle les cicatrices du premier conflit mondial, on connaît, un peu plus qu’ailleurs, le goût de la guerre. Et à l’heure où la France ne compte plus qu’une trentaine de « poilus » vivants, le devoir de mémoire se perpétue à l’école.
Chaque année, à l’invitation des associations d’anciens déportés et d’anciens combattants, les enfants de Châlons courent le Rallye de la liberté en l’honneur de ceux qui ont combattu. Des centaines d’écoliers se retrouvent sur le terrain de la Folie, autour de la butte des fusillés, où se dressent toujours, soixante ans après, les poteaux d’exécution. « On est là pour ne pas oublier ce qu’ils ont fait... pour honorer les résistants... ceux qui ne voulaient pas des nazis... comme Jean Moulin, mort sous la torture sans jamais avoir parlé... » Pour Nathan, Roxane et les autres élèves de CM2 de l’école Jules-Ferry, la leçon est vite apprise. Pas besoin de réviser.
« La Seconde Guerre mondiale ne fait pas forcément partie du programme, précise Danielle Jamaux, l’institutrice. C’est l’événement qui fait la leçon. Nous sommes allés en Normandie, à Arromanches, visiter les plages et le musée du Débarquement, nous avons rencontré d’anciens résistants et d’anciens déportés avec qui les enfants ont pu parler de la guerre. Il est important pour la jeunesse de comprendre que les vétérans avaient vingt ans en 1944... »
Sous le regard des résistants et déportés
Vincent repensera souvent à cette rencontre : « Ils avaient les larmes aux yeux et tremblaient, raconte-t-il. Ils revivaient le passé avec nous. Des moments comme ça, ça ne s’oublie pas. » Et pour ne pas oublier, les enfants de Châlons courent, à la recherche des 12 stations du rallye que les organisateurs ont soigneusement cachées sur le terrain vallonné. Des tentes ont été dressées où l’on peut faire des pauses. Elles abritent des expositions de photographies d’époque, de livres et d’objets consacrés à la Résistance.
On y croise le regard de membres de Ceux de la Libération, Résistance Fer, ou encore Tritant et Melpomène. Ces groupes de résistants que l’on connaît parce qu’ils ont donné leur nom à des rues de la ville. Trente-neuf d’entre eux ont péri en déportation à Auschwitz, Dachau ou Buchenwald. Une plaque rappelle leur souvenir sur le mur de la prison de Châlons. C’est de là qu’ils sont partis pour leur voyage sans retour.
Pour Manon et ses camarades, le rallye se termine. Le temps de remettre en ordre les lettres et chiffres découverts pour former le mot de passe : « Armistice 1945 ». Fastoche ! A Berlin, le 8 mai, le général de Lattre de Tassigny, au nom de la France et aux côtés des Américains, des Britanniques et des Russes, reçoit la capitulation de l’Allemagne nazie. Manon sait-elle que la veille, à 2 h 41, la reddition allemande avait été signée dans une école de Reims ?
[22.06.04]
Christophe Manquillet
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