Santé

La lumière contre la dépression saisonnière

Fatigue, déprime, désintérêt général… La dépression saisonnière touche chaque hiver des personnes sensibles à la baisse de la luminosité. Pourtant, pour lutter contre ces troubles, un traitement existe  : la luminothérapie.

Près de 5 % de la population souffre de dépression saisonnière d’octobre à avril. Plus qu’un coup de blues, il s’agit d’une véritable maladie qui perturbe la vie professionnelle, affective et familiale de ceux qui en sont atteints  : fatigue intense allant de pair avec une envie constante de dormir, troubles de la concentration et de l’attention, baisse de la libido, désintérêt pour les loisirs ou les activités sportives, mais aussi une appétence plus marquée pour les produits gras et sucrés, avec à la clé une prise de poids…

Autant de signes caractéristiques qu’il ne faut pas prendre à la légère. Aussi, il est important d’aller consulter pour écarter d’autres problèmes  : affection virale, troubles de la thyroïde, autres formes de dépression. En général, on estime qu’il faut au moins deux épisodes hivernaux de suite sans état dépressif d’une autre nature pour que soit clairement posé le diagnostic de dépression saisonnière, un trouble dû au manque de lumière.

Lux, calme et sérénité…

Alors qu’en été une belle journée a une intensité lumineuse proche des 100 000 lux, en hiver, la luminosité devient plus faible et n’excède pas les 500 lux. Trop peu pour certaines personnes particulièrement sensibles à ces variations saisonnières, notamment les femmes (elles représentent les trois quarts des cas), mais aussi des enfants à partir de l’âge de dix ans. "La lumière a une grande influence sur notre humeur et synchronise notre ­horloge biologique sur un cycle de vingt-quatre heures", explique Gérard Pons [1], président de l’Association française de luminothérapie. Que la lumière devienne insuffisante et nos pendules se dérèglent  : c’est le cas par exemple de la mélatonine, une hormone impliquée dans l’endormissement, dont la sécrétion peut être perturbée.

Dans les années 1980, c’est un psychiatre américain, Norman E. Rosenthal, qui a montré que l’on pouvait soigner la dépression saisonnière simplement en exposant les patients à une lumière artificielle qui émet les principaux composants de la lumière du jour. L’efficacité de la luminothérapie, ou photothérapie, est aujourd’hui reconnue dans le monde entier. Toutefois, le recours à cette thérapie, sans effets secondaires ni phénomène d’accoutumance, est encore très récent en France.

Le principe est simple  : il s’agit de s’exposer à une lumière blanche, sans Uva ni Uvb, de 10 000 lux pendant trente minutes (ou de 5 000 lux pendant une heure) chaque jour durant trois à cinq semaines, voire tout l’hiver si besoin. La luminothérapie est plus efficace quand elle est pratiquée le matin, au réveil.

Cependant, en raison de l’exposition à une lumière forte, toute maladie de l’œil (dégénérescence maculaire liée à l’âge, glaucome, conjonctivites…) doit être signalée au médecin avant le traitement. Il est particulièrement recommandé d’utiliser des panneaux lumineux (contenant des tubes fluorescents de lumière blanche, plein spectre) placés à environ 30 centimètres du visage, à hauteur des yeux. Mais les ­patients n’ont pas besoin de fixer constamment la lampe pour que le traitement soit optimal  : on peut lire, regarder la télévision, travailler ou prendre son petit déjeuner en même temps.

Ce traitement est également indiqué dans les troubles du sommeil, pour les personnes souffrant de " jet-lag" (décalage horaire) dû à des déplacements professionnels fréquents ou celles ayant des horaires de travail décalés. Des études ont aussi montré son efficacité dans la diminution des signes de démence chez les personnes âgées. La luminothérapie est proposée par certains centres du sommeil ou des services de psychiatrie, puis le traitement peut être poursuivi au domicile du patient, après une période de test et d’apprentissage d’une quinzaine de jours à l’hôpital.

Des lampes spécifiques peuvent être prêtées par l’établissement ou directement achetées par le patient. Il faut compter entre 150 et 300 euros pour l’achat d’une lampe avec agrément médical, non remboursés par la Sécurité sociale. Dans 80 % des cas, la luminothérapie est efficace au bout de quelques jours. Mais si, après plusieurs semaines de traitement, il n’y a aucune amélioration, il faut revoir son médecin pour savoir s’il s’agit d’un problème d’utilisation de la lampe ou d’une exposition trop courte. Parfois, le traitement nécessite d’être complété par une psychothérapie et/ou des antidépresseurs. La pratique d’une activité physique est recommandée. Dans tous les cas, l’avis d’un spécialiste est nécessaire.

Gare aux lampes sur Internet

On trouve aujourd’hui des lampes en vente libre dans les magasins de bien-être, la grande distribution ou sur Internet. Attention, car tous ces appareils n’ont pas été évalués cliniquement : les lampes respectant les normes de sécurité (elles filtrent notamment les rayonnements ultraviolets) doivent porter la mention "CE médical" (93/42/CEE). Il est préférable de choisir un panneau lumineux d’au moins 40 centimètres de large et 30 centimètres de haut. Il existe également des systèmes plus légers et petits, parfois sous forme de casques et de lunettes. Ils ont l’avantage de pouvoir se glisser dans un sac, en revanche, tous n’ont pas été testés, et certains peuvent se révéler dangereux pour les yeux.

A lire : En finir avec le blues de l’hiver et les troubles du rythme veille-sommeil, Drs Laurent Chneiweiss et Claude Gronfier, Marabout, 15 euros.

 

-  [01.12.11]   Sylvie Boistard

[1] Auteur, avec le Dr Norman E. Rosenthal, de Soif de lumière, Jouvence, 19,90 €.

Des simulateurs d’aube pour se réveiller en douceur

Le simulateur de l’aube se présente comme une lampe de chevet qui reproduit le lever et le coucher du soleil de façon artificielle. On le programme pour qu’il se mette en marche une demi-heure ou un quart d’heure avant l’heure de réveil prévue. La lumière émise, d’abord orangée, s’intensifie progressivement. Elle traverse la paupière et, par le nerf optique, informe le cerveau de passer en phase active : la production de mélatonine, l’hormone du sommeil, se réduit, alors que la température du corps augmente, de même que la sécrétion de cortisol, l’hormone de l’état de veille, pour un réveil tout en douceur.

Cet appareil, qui ne remplace pas une lampe de luminothérapie, est préconisé pour les personnes qui ont du mal à se réveiller le matin, ou, a contrario, celles qui ont des difficultés d’endormissement (la lumière du simulateur se tamise alors peu à peu, reproduisant le coucher du soleil), les personnes dont l’horloge biologique est déréglée... Il peut être utilisé sans avis médical mais doit porter la mention "CE matériel médical" pour plus de sécurité.

Coup de projecteur sur le blues hivernal

10 à 20 % de la population souffre d’une forme plus légère de dépression saisonnière, le blues hivernal.

Pour avoir plus de lumière au quotidien, Gérard Pons préconise d’améliorer l’éclairage de sa maison ou de son bureau en «  augmentant la puissance des ampoules ou en remplaçant les lampes par des lumières fluorescentes plein spectre. Ce type d’ampoules ou de tubes apportent à l’éclairage une clarté supplémentaire et ont une action bénéfique sur l’humeur. Il existe par ailleurs de petites lampes de bureau (avec agrément médical) équipées de tubes de 45 watts et disposant d’un variateur de luminosité qui permet d’améliorer l’intensité lumineuse sans être aussi puissantes que les lampes à usage thérapeutique  ». On peut également essayer de trouver la moindre occasion de profiter de la lumière naturelle  : faites le plein de soleil dès qu’il pointe le bout de ses rayons et marchez le plus possible à la lumière de jour, y compris en ville et à la pause-déjeuner.

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