Santé / Société face au cancer

La première convention de la Ligue contre le cancer

Dans le prolongement du premier Plan cancer, la Ligue contre le cancer a voulu lancer une nouvelle mobilisation de la société contre le cancer lors de sa convention « La société face au cancer ».

« La création de la Ligue contre le cancer remonte à 1918. A cette époque, 95 % des personnes atteints de maladie mourraient. Aujourd’hui, on guérit un malade sur deux ». C’est sur ces paroles d’espoir que le président de la la Ligue, Francis Larra a introduit la première convention de la société face au cancer le dimanche 23 novembre 2008 à la Grande Arche de la Défense où plus de 2 000 personnes étaient rassemblées : malades et proches, médecins, élus, chefs d’entreprise...
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, parrainait cette rencontre. Organisée autour de quatre tables-rondes, cette convention a donné lieu à un vaste échange. Vidéos, témoignages et interventions se sont succédés tout au long de la journée.

Bilan
Depuis les premiers Etats généraux des malades atteints du cancer en 1998, dix ans se sont écoulés. Les revendications des malades ont suscité une mobilisation qui a notamment conduit à la loi du 4 mars 2002 sur les droits des malades et le Plan cancer.
Pourtant, des inégalités sociales et territoriales subsistent face à la maladie, et les malades souffrent de discrimination, de précarité et voient souvent leurs ressources diminuer.
De même, des progrès thérapeutiques ont été réalisés, souvent très coûteux mais toutes les personnes n’ont pas accès à ces nouvelles molécules. Tel est le constat dressé au cours de la première table-ronde

Double peine
La question de la réduction des inégalités face au cancer a fait l’objet d’une seconde table-ronde. Régine Goinière, responsable de l’association Vivre avec a parlé de « double-peine » à la fois sur le plan santé et social.
De son côté, le Docteur Philippe Bergerot, vice-président de la Ligue contre le cancer, oncologue et radiothérapeute du centre mutualiste de Saint-Nazaire a présenté une enquête montrant que malgré le 100 %, le reste à charge des personnes atteintes d’un cancer restait important : 50 € par mois, soit 600 € par an (hors forfait et franchises).
Une représentante de la Halde (Haute Autorité contre les discriminations) a insisté sur la reconnaissance des droits des personnes malades : en effet, 22 % des contentieux qui parviennent à cet organisme concernent des discriminations liés à la santé et au travail. Autre intervention, celle de Marie-Aude Sevaux, présidente de Jeunes solidarité cancer. Elle a montré que les jeunes pouvaient être touchés par cette maladie et qu’ils en subissaient aussi toutes les conséquences sociales.

Essais thérapeutiques, accès aux nouveaux traitements, information des patients, continuité des soins dans et hors de l’hôpital (chimiothérapie à domicile par exemple), globalité de l’accompagnement du soigné, la vie après la maladie… ont été quelques-unes des questions abordée lors de la troisième table-ronde intitulé « Quels choix pour accompagner les progrès thérapeutiques ».

Mobilisation de la société La dernière table-ronde sur « La mobilisation de la société face au cancer » a donné lieu à de nombreuses interventions.
Elisabeth Morin-Chartier, députée au Parlement de Strasbourg a insisté sur les retards entre les pays européens en matière de lutte contre le cancer, notamment parmi les nouveaux entrants. « Ainsi, a-t-elle souligné, la Bulgarie n’a encore mis en place de dépistage du cancer ».
Anne Roman, directrice de l’information des publics de l’Institut national du cancer (Inca) a montré l’utilité de campagnes de sensibilisation comme « Nous sommes deux millions de héros ordinaires », c’est-à-dire deux millions de personnes vivantes qui ont eu un cancer et auxquelles on donne la parole.
Pierre Dreux, président du Cespharm (Comité d’éducation sanitaire et social de la pharmacie française) a défendu l’idée du fonctionnement des pharmaciens en réseau avec les médecins. Sophie Darteville, de l’Ufsbd (Union française pour la santé bucco-dentaire) a rappelé que les cancers bucco-dentaires représentaient 5 % des cancers et que l’Union développait des actions de formation auprès des chirurgiens dentistes...

Création d’un observatoire des conditions de vie
Dans son discours de clôture, le président de la Ligue contre le cancer a expliqué que « le cancer était une maladie dévastatrice, facteur de rupture de lien social et de mis à l’écart de la société » et qu’il fallait « changer notre regard sur le cancer » et « respecter les malades dans leurs droits sociaux ».
Il a annoncé la création d’un Observatoire national pour évaluer les conditions de vie des malades et d’un comité de suivi. Dès janvier prochain, le professeur Jean-Pierre Grunfeld doit remettre un rapport pour un nouveau plan cancer au président de la République.
Dans un discours, lu au nom de ce dernier, la ministre de la Santé a promis des efforts supplémentaires en matière de recherche, de soins et d’accompagnement.

 

-  [26.11.08]   Yves Bérani

Sondages sur la perception du cancer

Au cours de cette convention, la Ligue contre la cancer a présenté deux études. Une première enquête sur la perception du cancer et de la lutte contre le cancer, réalisé par l’institut LH2 auprès de 200 médecins généralistes, 400 maires et 402 chefs d’entreprise.
Selon ce sondage, les médecins généralistes sont très sensibilisés, impliqués et prêts à se mobiliser davantage sur le cancer. Ils souhaitent une meilleure communication entre les acteurs de santé.
De leur côté, les chefs d’entreprise ont une attitude ambivalente. 80 % d’entre eux pensent que c’est leur rôle de répondre aux demandes des personnes atteintes d’un cancer. Pourtant, presque 40 % déclarent ne pas pouvoir garder un salarié atteint d’un cancer dont l’absence se prolongerait plus de trois mois.
Les maires ne semblent pas directement concernés par la lutte contre le cancer : 1 sur 2 estime ne pas avoir de rôle à jouer. Par ailleurs, 86 % des mairies n’ont pas d’adjoint spécialisé dans la santé et la population trouve peu de soutien en raison du manque des structures d’accueil des communes dans ce domaine.

Le second sondage commandé par la Ligue contre le cancer à l’Ifop concerne la perception des Français à l’égard du cancer. Il montre que le cancer est une maladie très répandue dans la société, connue et qu’elle a un impact fort et très négatif sur le quotidien des malades : difficulté à se projeter dans l’avenir, à en parler à son entourage, maladie honteuse qu’il faut taire ; impossibilité de mener une vie normale, de garder son emploi ou encore d’acheter un bien immobilier.
Une personne sur deux établit une relation entre cancer et précarité économique. D’un point de vue médical, une très large majorité de Français partage le sentiment que les traitements ont beaucoup évolué ces dernières années et qu’il en existe de réellement efficaces et que de nouveaux traitements vont faire leur apparition dans l’avenir.
Mais en dépit de la connaissance et l’efficacité des traitements existants ou à venir, la moitié des sondés considèrent que dans l’avenir la menace d’un cancer sera aussi importante qu’aujourd’hui, voire plus importante.

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