mercredi 8 février 2012
En matière de santé, les villes traînent une mauvaise réputation : sales, irrespirables, bruyantes. C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé (Oms) a mis en place un réseau des Villes-santé.
Bougez, bougez, et pas moins de 30 minutes par jour ! Pour faire reculer diabète, obésité et maladies cardio-vasculaires, c’est le nouveau credo. Mais la piscine est au diable, le temps manque pour le jogging et la salle de sport est trop chère. Conclusion : c’est dans la routine journalière qu’il faut réintroduire du mouvement. Quand quatre Français sur cinq habitent en ville, c’est là que l’enjeu se situe. Alors que la protection de l’environnement et le développement durable sont devenus des paramètres incontournables, il est plus exceptionnel d’entendre parler des rapports entre la ville et la santé. C’est le principe que défend le réseau européen des Villes-santé de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) : chaque projet urbain doit être considéré en fonction de l’impact qu’il aura sur la santé des habitants – activité physique contre la sédentarité, qualité du logement pour l’amélioration de l’air, cohésion sociale contre la solitude…
Au centre de cette réflexion, l’aménagement urbain. Dans les villes du nord de l’Europe, le concept est déjà implanté. Londres, Belfast, Genève accompagnent leurs projets urbains par des études d’impact sur la santé. A Stockholm, aucun logement ne se trouve à plus de 400 mètres d’un parc. A Fribourg, les végétaux en façade des logements régulent la température et protègent de la pollution atmosphérique. En France, si le principe est acquis, au moins par les 67 villes participant au réseau français des Villes-santé, la mise en œuvre est difficile.
« La santé ne fait pas partie des compétences des villes, explique Valérie Lévy-Jurin, présidente du réseau et adjointe au maire de Nancy. Il y a une prise en main très forte de l’Etat en ce domaine, justifiée par l’égalité devant l’accès aux soins. Mais les collectivités n’ont pas pour autant abandonné la partie, car elles sont en première ligne pour constater les difficultés de leurs habitants. »
Les politiques d’urbanisme, de transport et de logement ont des répercussions très fortes sur le bien-être, sans que les retombées soient analysées formellement. « Nous manquons d’outils pour mesurer l’incidence qu’aura, par exemple, un projet de rénovation urbaine sur la santé des habitants, reconnaît Valérie Lévy-Jurin. Parce que les données sont éparses et relèvent de différentes administrations. Quand on maîtrise la santé scolaire, on a des indications précises sur le saturnisme et on peut mettre en place des actions sur le logement. » En France, les administrations ont du mal à travailler ensemble. « L’apport des villes à la santé des habitants peut être très simple, très concret, insiste Valérie Lévy-Jurin. Mettre en place des horaires scolaires qui permettent aux parents de ne pas stresser en allant au travail, alterner les circuits des camions-poubelles pour ne pas troubler le sommeil des mêmes personnes à quatre heures du matin, organiser des Pédibus, aménager les trottoirs… Des petites choses qui ont un impact sur la santé et le bien-être sans qu’on s’en rende même compte. Des actions très valorisées au Québec ou en Angleterre, mais qui font sourire en France. C’est dommage. »
[04.01.10]
Pascale Pisani
La Ville-santé promue par l’Oms est une ville qui met la santé et le bien-être des habitants au cœur des politiques municipales. Elle s’attache à améliorer le bien-être physique, mental, social et environnemental des personnes qui y vivent et y travaillent.
En savoir plus
Une exposition, à Paris, « Villes rêvées, villes durables ? », à l’espace Fondation Edf, 6, rue Récamier, 75007 Paris.
Deux conférences, à Rennes, sur le thème
de l’habitat et de la santé dans le cadre du cycle
« Santé société » organisé par l’université
de Rennes II, la ville de Rennes, l’Ecole des hautes études en santé publique (Ehesp) et la Mgen :
jeudi 21 janvier, de 18 à 20 heures : « Risques sanitaires liés à l’habitat », avec Fabien Squinazi, directeur du laboratoire d’hygiène de la ville de Paris ;
lundi 1 er février, de 18 à 20 heures : « L’urbain et la santé », avec Jean Simos, directeur du groupe de recherche en environnement et santé de Genève, et Jean-Yves Chapuis, élu de Rennes métropole.
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