Santé

La santé a droit de cité

En matière de santé, les villes traînent une mauvaise réputation  : sales, irrespirables, bruyantes. C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé (Oms) a mis en place un réseau des Villes-santé.

Bougez, bougez, et pas moins de 30 minutes par jour  ! Pour faire reculer diabète, obésité et maladies cardio-vasculaires, c’est le nouveau credo. Mais la piscine est au diable, le temps manque pour le jogging et la salle de sport est trop chère. Conclusion   : c’est dans la routine journalière qu’il faut réintroduire du mouvement. Quand quatre Français sur cinq habitent en ville, c’est là que l’enjeu se situe. Alors que la protection de l’environnement et le développement durable sont devenus des paramètres incontournables, il est plus exceptionnel d’entendre parler des rapports entre la ville et la santé. C’est le principe que défend le réseau européen des Villes-santé de l’Organisation mondiale de la santé (Oms)   : chaque projet urbain doit être considéré en fonction de l’impact qu’il aura sur la santé des habitants – activité physique contre la sédentarité, qualité du logement pour l’amélioration de l’air, cohésion sociale contre la solitude…

Au centre de cette réflexion, l’aménagement urbain. Dans les villes du nord de l’Europe, le concept est déjà implanté. Londres, Belfast, Genève accompagnent leurs projets urbains par des études d’impact sur la santé. A Stockholm, aucun logement ne se trouve à plus de 400  mètres d’un parc. A Fribourg, les végétaux en façade des logements régulent la température et protègent de la pollution atmosphérique. En France, si le principe est acquis, au moins par les 67 villes participant au réseau français des Villes-santé, la mise en œuvre est difficile.

«  La santé ne fait pas partie des compétences des villes, explique Valérie Lévy-Jurin, présidente du réseau et adjointe au maire de Nancy. Il y a une prise en main très forte de l’Etat en ce domaine, justifiée par l’égalité devant l’accès aux soins. Mais les collectivités n’ont pas pour autant abandonné la partie, car elles sont en première ligne pour constater les difficultés de leurs habitants.  »

Des données éparses

Les politiques d’urbanisme, de transport et de logement ont des répercussions très fortes sur le bien-être, sans que les retombées soient analysées formellement. «  Nous manquons d’outils pour mesurer l’incidence qu’aura, par exemple, un projet de rénovation urbaine sur la santé des habitants, reconnaît Valérie Lévy-Jurin. Parce que les données sont éparses et relèvent de différentes administrations. Quand on maîtrise la santé scolaire, on a des indications précises sur le saturnisme et on peut mettre en place des actions sur le logement.  » En France, les administrations ont du mal à travailler ensemble. «  L’apport des villes à la santé des habitants peut être très simple, très concret, insiste Valérie Lévy-Jurin. Mettre en place des ­horaires scolaires qui permettent aux parents de ne pas stresser en allant au travail, alterner les circuits des camions-poubelles pour ne pas troubler le sommeil des mêmes personnes à quatre heures du matin, organiser des Pédibus, aménager les trottoirs… Des petites choses qui ont un impact sur la santé et le bien-être sans qu’on s’en rende même compte. Des actions très valorisées au Québec ou en Angleterre, mais qui font sourire en France. C’est dommage.   »

 

-  [04.01.10]   Pascale Pisani

La Ville-santé promue par l’Oms est une ville qui met la santé et le bien-être des habitants au cœur des politiques municipales. Elle s’attache à améliorer le bien-être physique, mental, social et environnemental des personnes qui y vivent et y travaillent.

En 6 étages par jour, New York compte enrayer l’obésité
Pour combattre la sédentarité de ses habitants, la ville de New York vient d’adopter de nouvelles directives concernant l’espace public. Aujourd’hui, seulement un quart des New-Yorkais pratiquent une activité physique. Les nouvelles directives visent à amener les 75 % restants à faire au moins trente minutes d’exercice chaque jour. Aménagement des rues et construction de pistes cyclables sont au programme, mais New York, ville verticale, mise sur l’altitude   : il suffirait que chaque New-Yorkais prenne les escaliers deux minutes par jour, et monte - quand même  ! - six étages, pour faire reculer le surpoids qui touche la population ! Un défi, et une réponse simplissime  : rendre les escaliers évidents et agréables. Bien éclairés, agrémentés d’une musique d’ambiance, décorés d’œuvres d’art, ils donneront envie d’être visités. Le Code de la construction adopté en 2008 prévoyait déjà d’en améliorer le confort  : plus larges et plus douces à monter, les marches doivent permettre à deux personnes de se croiser ou de cheminer côte à côte. Fini, donc, les escaliers dont on cherche désespérément l’accès, ils doivent être visibles depuis la porte d’entrée des immeubles, placés à proximité des escaliers roulants et des ascenseurs, plutôt en avant. Dans le parc immobilier existant, impossible d’appliquer ces nouvelles normes. Pour encourager l’escalade, la ville de New York joue la communication   : des signaux bien placés invitent les habitants à brûler des calories, plutôt que de l’électricité, en prenant les escaliers. L’expérience s’est montrée fructueuse dans les quartiers où cette politique a été menée l’an dernier. Dans une ville où les étiquettes affichent mieux les calories que les prix, cette idée simple a connu un résultat encourageant   : la fréquentation des escaliers a augmenté de 50  % à 67  %, suivant les immeubles.

En savoir plus

- Une exposition, à Paris, «  Villes rêvées, villes durables  ?  », à l’espace Fondation Edf, 6, rue Récamier, 75007 Paris.

- Deux conférences, à Rennes, sur le thème de l’habitat et de la santé dans le cadre du cycle «  Santé société  » organisé par l’université de Rennes II, la ville de Rennes, l’Ecole des hautes études en santé publique (Ehesp) et la Mgen   :

jeudi 21  janvier, de 18 à 20  heures  : «  Risques sanitaires liés à l’habitat   », avec Fabien Squinazi, directeur du laboratoire d’hygiène de la ville de Paris  ;

lundi 1 er  février, de 18 à 20  heures   : «  L’urbain et la santé  », avec Jean Simos, directeur du groupe de recherche en environnement et santé de Genève, et Jean-Yves Chapuis, élu de Rennes métropole.

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