Le Clec veut bouter l’anglais hors de la langue française
Le Cercle littéraire des écrivains cheminots (Clec), affilié à l’Union artistique et intellectuelle des cheminots français, est la seule association de défense de la langue française constituée dans une entreprise. Rencontre.
Lors de sa création, en 1953, le Cercle littéraire des écrivains cheminots (Clec) réunissait des cheminots qui écrivaient des livres, dont certains étaient des plumes reconnues, comme Henri Vincenot ou Etienne Cattin.
Il s’est bientôt élargi à tous les cheminots amoureux de la langue et à un petit nombre de passionnés du rail.
Aujourd’hui, le Clec conseille ceux qui taquinent la muse et qui voudraient être édités, organise chaque année un concours littéraire dont les prix sont remis fin janvier, anime des ateliers d’écriture, y compris sur Internet, et propose avec les comités d’établissement de grandes dictées, ouvertes aux adultes et aux adolescents.
Il a sa revue, le Dévorant, mot qui désigne un roulant dans le jargon du réseau Est et qui a été choisi en référence aux romans d’Etienne Cattin, les Dévorants et la Fin des dévorants. Le bimestriel publie des essais, des contes, des nouvelles, des récits, des jeux, et comporte notamment des rubriques consacrées à la langue française. Car – et c’est l’une de ses grandes activités –, le Clec est un ardent défenseur de la langue française contre la domination de l’anglais des affaires.
Depuis le milieu des années 1980, l’association agit pour convaincre les responsables des divers services de la Sncf de la richesse et de la précision du français, par un travail de lobbying – pardon, d’“influençage” –, y compris en leur offrant des conseils de terminologie. “Nos amis canadiens de la Fédération des travailleurs du Québec, avec lesquels nous avons des échanges, sont plus conscients du danger que nous en France. Notre langue et toutes les langues nationales sont menacées par ce globish, qui est un avatar de l’économie mondialisée”, affirme son vice-président, Maurice Le Lous, par ailleurs l’un des fondateurs de la Mutuelle de la région parisienne.
Il ne mâche pas ses mots pour dénoncer
cette intrusion des vocables anglo-saxons, qui fait, selon lui, “insidieusement passer des notions étrangères – entendez néo-libérales – à notre culture, à nos valeurs”.
“Si ces expressions étaient traduites, si on comprenait
ce qu’elles recouvrent, il y aurait une levée de boucliers. Mais là, cela fait moderne !” s’insurge-t-il. Lui, qui considère essentielle cette lutte au sein de l’entreprise, se félicite de la constitution d’un groupe de travail à la confédération Cgt pour sensibiliser les élus du Chsct à cette question.
“La langue, ce n’est jamais anodin”, conclut-il.
[02.01.12]
Sylvaine Frézel
Site Internet :
http://clec.uaicf.asso.fr