Dépendance
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Le baclofène, un allié contre l'alcool

Décontractant musculaire, le baclofène est désormais autorisé dans le traitement de l'alcoolisme. En France, environ 30 000 personnes alcooliques prennent ce médicament, et nombreuses sont celles qui ont arrêté de boire.

Le baclofène, c’est quoi ?

Le baclofène est prescrit depuis 1972 comme myorelaxant contre les spasmes musculaires d’origine neurologique. Entre 1976 et 2000, trois études importantes menées sur des rats de laboratoire ont évoqué un bénéfice sur l’addiction à l’alcool et à la cocaïne, mais aucune recherche n’avait été entreprise sur l’homme. C’est le livre du Dr Olivier Ameisen le Dernier Verre 1, publié en 2008, qui popularisera la molécule. Ce cardiologue réputé y raconte que, après avoir tout essayé pour se sevrer de la boisson – et notamment neuf cures de désintoxication –, il s’est guéri en s’auto-administrant du baclofène.« C’est en lisant les travaux réalisés sur les rats que j’ai eu l’idée de tester le produit sur moi en augmentant progressivement les doses, raconte-t-il. Avec 270 milligrammes (mg) par jour, un matin je me suis réveillé sans ressentir le désir irrépressible de boire pour la première fois de ma vie. »
Particularité du médicament : il rend indifférent à l’alcool. Un effet attribué à son action sur la production de dopamine, un neurotransmetteur du plaisir.

Est-ce que ça marche
pour tout le monde ?

« Dans 75 % des cas, les patients arrêtent de boire ou diminuent considérablement leur consommation », affirme le Dr Bernard Jousseaume, généraliste et président de l’Association des utilisateurs du baclofène et sympathisants (Aubes) [Site Internet : [www.baclofène.fr]. Sur 100 patients à qui il a prescrit le produit, le Dr Renaud de Beaurepaire, psychiatre à l’hôpital Paul-Guiraud de Villejuif, observe que,« au bout de deux ans, la moitié ne boit plus et 32 beaucoup moins ». Mais « une minorité de personnes [20 à 25 %] pourraient être insensibles à la molécule. Pour les autres, il faut apprendre à prescrire, souligne le Dr Beaurepaire. Parfois, ça ne marche pas à 400 mg et, à 420 mg, c’est bon. Tout dépend aussi de la motivation, des habitudes de consommation, de la quantité d’alcool ingérée… » En moyenne, les patients prennent 150 mg par jour. Difficile toutefois d’établir un protocole : « Certains ont besoin de 30 mg, d’autres de 500 », reconnaît le psychiatre. A la demande de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), un essai,« Bacloville », a démarré en mai dernier sur 320 patients suivis pendant un an. Objectif : évaluer l’efficacité du baclofène par rapport à un placebo.

Quels sont les
effets secondaires ?

En début de traitement, somnolence, fati­gue, vertiges, insomnie… sont courants. Il est donc déconseillé de conduire. Mais si certains patients ne rapportent aucun impact, d’autres ne supportent pas le médicament.« Sur mes 100 patients, une vingtaine ont dû arrêter à cause des effets indésirables, raconte Renaud de Beaurepaire. Il faut alors faire en sorte qu’ils ne se découragent pas. »

Le baclofène est contre-indiqué chez les person­nes ayant de gros problèmes cardio-vasculaires et respiratoires, et une surveillance particulière s’impose en cas d’hypertension artérielle, de diabète et d’épilepsie. C’est le plus souvent un traite­ment à vie, mais on rencontre quelques exceptions.« Dans ma consultation, sur 50 patients devenus indifférents à l’alcool, 10 ont arrêté le médicament sans replonger, constate le Dr Beaurepaire. Mais je leur conseille toujours d’avoir des comprimés sur eux, au cas où… »

Pourquoi a-t-on tant attendu pour l’autoriser ?

La prescription de baclofène dans le traitement de l’alcoolisme est officiellement autorisée « au cas par cas » depuis le 24 avril 2012, date à laquelle l’Afssaps a estimé que « de nouvelles études observationnelles montrent des bénéfices cliniques chez certains patients ». Un mois plus tôt, en effet, une enquête sur 180 personnes alcoolodépendantes sous baclofène menée par le Dr Philippe Jaury, généraliste et professeur de médecine générale à l’université Paris-Descartes, témoignait d’un taux de succès de 58 %. Mais certains médecins n’ont pas attendu l’avis de l’Afssaps : environ 500 prescrivaient déjà du baclofène avant son autorisation de mise sur le marché.

« C’est normal qu’il y ait eu des hésitations au début, mais ce qui ne l’est pas, c’est que les autorités sanitaires n’aient pas lancé d’études plus tôt, déclare le Dr Jaury. L’alcool tue 40 000 personnes par an en France, directement ou indirectement. » Pour le Pr Ameisen,« c’est une affaire de gros sous, le baclofène ne rapporte pas grand-chose : la molécule est tombée dans le domaine public, ça n’intéresse pas les laboratoires, qui sont en train de mettre au point d’autres traitements, beaucoup plus chers ».

Pour autant, si le baclofène modifie considérablement la prise en charge des malades alcooliques, auxquels on préconisait jusque-là l’abstinence, il ne résout pas tout : « L’alcoolisme est un problème complexe qui masque souvent d’autres difficultés. On ne boit pas par hasard, c’est pourquoi il faut être prudent avec le baclofène, prévient le Dr Jousseaume, car quand ils arrêtent de boire, certains patients se rendent compte qu’ils ont gâché leur vie. Il faut les accompagner avec une prise en charge plus globale. »

(1)
(2)

A lire : Indifférence, un recueil
de témoignages de personnes prenant
du baclofène. Ed. le Publieur, 19,90 €.
  • 1. Ed. Denoël, 19,25 €.

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