Santé / Chemin-Bas-d’Avignon à Nîmes

Le centre de santé au coeur du quartier

Depuis trente ans, le centre de santé mutualiste de la rue Georges-Braque à Nîmes favorise l’accès aux soins des habitants du Chemin-Bas-d’Avignon. Grâce à la qualité de l’accueil et des soins, et à la pratique du tiers payant pour la quasi-totalité des patients, de plus en plus de Nîmois habitant d’autres quartiers viennent à leur tour se faire soigner au centre de santé.

le 14 octobre dernier, l’Union de gestion des œuvres sociales mutualistes (Ugosmut) inaugurait son nouveau cabinet dentaire, rue Georges-Braque, à Nîmes. Flambant neuf, high-tech dans sa décoration comme pour son plateau technique – il pratique aussi l’orthodontie –, ce cabinet vient rejoindre une autre œuvre sociale bien connue de la population du quartier : le centre de santé mutualiste, installé un peu plus haut dans la même rue depuis trente ans. Durant ces trente années, il a beaucoup développé son offre de soins. Et, alors que tous les spécialistes ont déserté le Chemin-Bas-d’Avignon, lieu jugé « dangereux » et à l’ambiance « dégradée », le centre de santé, lui, est resté. Dans cet environnement sanitaire et social plutôt pauvre, il maintient une offre de soins pour plus de 6 500 personnes.
Ce matin, la salle d’attente est pleine. Il faut dire que quatre médecins généralistes officient là du lundi au samedi, aux côtés de neuf spécialistes et d’un service de soins infirmiers. (Voir encadré ci-dessous.) « L’activité médicale ne cesse d’augmenter », déclare le Dr Joël Samson, généraliste au centre de santé depuis 1990. Selon lui, la précarisation s’est accentuée au Chemin-Bas-d’Avignon ces dernières années. « Nous travaillons beaucoup dans la pseudo-urgence », ajoute-t-il. Il est vrai que la dernière structure médicale importante du secteur, la clinique Pasteur, a déménagé il y a dix ans. Quant au nouveau centre hospitalo-universitaire, il a regroupé l’ensemble de ses services à Carémeau, sur une colline située de l’autre côté de la ville, afin de « rationaliser l’organisation des temps médicaux, notamment des gardes ».

Un lien de confiance avec les patients
Outre la proximité (les personnes en situation précaire n’ont pas les moyens de se déplacer), l’offre de soins très large du centre de santé permet un vrai travail en réseau. « Celui que nous avons mis en place ici nous permet de mieux repérer les maladies et d’orienter très vite nos patients vers nos collègues spécialistes », explique le Dr Samson. L’attente est réduite, les vraies urgences graves sont le plus souvent évitées. Le tiers payant pour la quasi-totalité des patients fait aussi partie des attraits. « De plus, précise Josette Chalandat, la responsable administrative du centre de santé mutualiste, tous les soins sont au tarif conventionnel, avec une exception pour certaines spécialités dans la mesure où la pratique en secteur 2 et les dépassements d’honoraires sont devenus la règle. » Pour toutes ces raisons, et aussi pour la qualité des soins et des praticiens, de plus en plus de Nîmois habitant d’autres quartiers de la ville viennent se faire soigner au centre de la rue Georges-Braque. Un brassage de population bienvenu, qui permet à des gens d’horizons différents de se rencontrer ici.
Pour Bernard Hijazi, cardiologue vacataire, l’état de santé des patients reçus au centre de santé s’améliore : « Il y a quelques années, je recevais des diabétiques qui ne bénéficiaient d’aucun suivi médical et qui avaient 15 grammes de sucre dans le sang ! Aujourd’hui, après un travail énorme d’information et de sensibilisation, nous avons réussi à instaurer la confiance avec les patients : ils suivent mieux leur traitement. »
Ce travail en réseau permet aussi d’orienter plus vite les cas graves vers des spécialistes : en ville, le délai d’attente pour un rendez-vous chez le cardiologue est de trois mois. « Les gens du quartier viennent d’abord ici », remarque le Dr Hijazi. Le Dr Nazih El Chamy, généraliste au centre de santé, le rejoint dans son cabinet pour un avis médical : André, un de ses patients qui travaille dans le bâtiment, a été victime d’un arrêt cardiaque. Il est équipé depuis d’un défibrillateur. Peut-il retravailler sur les chantiers ? « Quand un diagnostic me pose question, explique le Dr El Chamy, j’en appelle à un confrère spécialiste. C’est plus rassurant et plus efficace. »
Les deux médecins interrogent André sur ses conditions de travail, sur son traitement, sur les troubles ressentis. Après l’avis du cardiologue, le Dr El Chamy fera pour son patient une demande d’invalidité auprès de la Cpam. André, rassuré, commente : « Je viens ici depuis des années car les docteurs prennent le temps de m’écouter. »

Un équilibre financier précaire
Ecouter les plaintes dites ou non dites de patients qui souffrent physiquement et dans leur représentation d’eux-mêmes fait partie du quotidien. « Le contact est primordial », soutient le Dr El Chamy. Il parle l’arabe, ce qui facilite considérablement les rapports avec les malades qui ne maîtrisent pas toujours le français. Ce travail de proximité, ce service sanitaire et social est rendu à la population au prix de certains sacrifices et d’un équilibre économique difficile à atteindre. En effet, pour les mutuelles, les charges de gestion sont très lourdes, le centre de santé ne bénéficiant d’aucune aide partenariale, d’aucune subvention des collectivités régionales, départementales ou locales. « Sans soutien financier extérieur, combien de temps pourrons-nous encore maintenir ce service rendu ? » s’inquiète Dominique Seiguin, administratrice des Mutuelles de France Languedoc-Roussillon. Malgré ces menaces, l’Ugosmut, fidèle à l’une des vocations de la mutualité*, vient de prendre la décision de développer la prévention. Comme un symbole, le Comité féminin de dépistage du cancer du sein Gard-Lozère siège depuis peu au centre de santé mutualiste.

 

-  [15.12.03]   Florence Quentin

* C’est Josette Chalandat qui est désormais chargée de monter les dossiers et d’établir les relations avec les associations et les intervenants du secteur sanitaire et social.

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