Société

Le cinéma rural fait de la résistance

Des collectivités et des associations innovent et résistent face à la prolifération des multiplexes et à la disparition des cinémas indépendants.

A Mirande, le cinéma porte le nom du réalisateur Bertrand Tavernier, à Condom celui de Claude Miller, à Lectoure celui d’André Téchiné… Chacun de ces réalisateurs s’était rendu à l’inauguration de «  sa  » salle obscure, dans l’une des petites bourgades disséminées dans la campagne gersoise. Ces prestigieux parrainages sont le fruit d’un travail de longue haleine mené depuis trente ans par l’association Ciné 32, et plus précisément par son président, Alain Bouffartigue.

Plan cinéma jeunesse

Ami du producteur Daniel Toscan du Plantier, ce professeur de lettres, alors à la tête d’un ciné-club dans son lycée d’Auch, disposait d’un solide carnet d’adresses dans le monde du septième art. Petit à petit, grâce à l’association, des cinémas ouvrent, d’autres sont sauvés et modernisés afin d’accueillir, dès leur sortie nationale, des films à la fois commerciaux et recommandés art et essai.
Aujourd’hui, Ciné 32 exploite ou co-exploite les 23 salles du Gers (sachant que la plupart des cinémas sont indépendants), gère la programmation et la diffusion des films, organise animations et rencontres avec des réalisateurs. Les associations locales sont sollicitées lors de la diffusion de films engagés, tel le Réseau éducation sans frontières pour Welcome.
Ciné 32 assure également le soutien logistique, la coordination, la formation, le conseil, etc.

Afin d’éduquer le regard et, pourquoi pas, de semer des graines de cinéphile, un «  plan cinéma jeunesse  » a été mis en place de la maternelle au lycée, afin que chaque élève voie au moins trois films dans l’année. Ciné 32 organise des interventions dans les écoles, propose des projections thématiques et forme des enseignants. L’association encourage par ailleurs le tournage de films en Midi-Pyrénées, à travers les Régies de Gascogne.
Celles-ci aident l’équipe d’un film à trouver des techniciens, des figurants, des sites, des décors, et à assurer l’intendance journalière, en espérant des retombées économiques et touristiques importantes. Comme cela fut le cas pour Le bonheur est dans le pré, d’Etienne Chatiliez.

Ni palmarès ni prix

Dernière activité «  satellite  », et non des moindres  : le festival de cinéma «  Indépendance(s) et création  », qui se tient à Auch chaque mois d’octobre – du 15 au 18 cette année.
De nombreux films sont présentés, tous inédits ou en avant-première, tant au grand public qu’aux professionnels. Ce festival est organisé sans palmarès ni prix, juste pour la découverte et les rencontres avec des réalisateurs, des comédiens, des critiques…

«  Ciné 32 a impulsé de nombreuses expériences innovantes, faisant office de laboratoire. Jusqu’à ces dernières années, la fréquentation n’a cessé de progresser, et elle se maintient depuis. A l’instar du monde du cinéma, nous n’échappons pas à la concurrence des nouveaux supports (home cinéma, vidéo à la demande, par exemple). Notre public vieillit, et les jeunes n’assu­rent pas encore la relève. Mais je suis persuadée que nous avons notre place, à mi-chemin entre l’activité commerciale et le service public. D’où l’importance d’une politique dynamique de programmation et d’animation  », estime Sylvie Buscail, la jeune ­directrice de Ciné 32, association qui compte une vingtaine de salariés.

 

-  [02.10.09]   Karine Pollet

Contacts :
Association Ciné M.A 35,
courriel  : cinema-35@orange.fr
AcrirA,
courriel  : contact@acrira.org
Cinévillage (Saône-et-Loire),
courriel  : fdfr.71@mouvement-rural.org
Cinéma La Viouze (Puy-de-Dôme),
site Internet  : www.laviouze.free.fr
CinéMobile  : www.centreimages.fr/cinemobiles

Des programmations à l’année, pour les habitants

La France fourmille d’initiatives de proximité similaires à celle de Ciné 32, à l’échelle d’un cinéma, d’une commune ou d’une Région, dans des salles «   en dur   » ou itinérantes.

En Bretagne Ciné M. A 35 fédère 35 salles d’Ille-et-Vilaine, où elle mène une programmation commune, des actions en direction du jeune public et plusieurs initiatives, telles qu’une fête du cinéma en avril, pendant cinq jours, avec projection de fictions et de documentaires dans tout le département.

En Rhône-Alpes Acrira regroupe une quarantaine de salles classées art et essai recherche. L’association organise la circulation des films entre les salles adhérentes, coordonne l’action « Lycéens et apprentis au cinéma » et l’opération estivale « Passeurs d’images ».

En Saône-et-Loire Cinévillage, circuit créé par la Fédération départementale des foyers ruraux, rayonne sur une trentaine de communes. Proposant des films récents à l’année, il organise deux minifestivals, des séances pour les scolaires et des projections en plein air.

En Auvergne Dans le Puy- de-Dôme, une salle de cinéma de 350 places, baptisée la Viouze, aux Ancizes, embrasse une centaine de communes du territoire des Combrailles.

En Région Centre Le Cinémobile est une vraie salle de cinéma de 100 places, qui se déplace dans 46 communes, à raison d’un rendez-vous par mois. Sont diffusés des films récents, pour jeunes et tous publics. Concerts et rencontres-débats sont organisés, souvent en lien avec les associations locales. Le Cinémobile est constitué d’un semi-remorque qui se déploie à l’aide de vérins. Il en existe trois – baptisés Tati, Carmet et Montand  ! – gérés par Centre image, un établissement public de coopération culturelle. Le régisseur conduit le camion, présente le film aux spectateurs et annonce le film du mois suivant.

Et dans les Îles… Belle-Ile-en-Mer et l’île d’Yeu, qui comptent chacune environ 5 000 habitants, possèdent leur cinéma ouvert toute l’année, diffusant des films commerciaux en sortie nationale et d’autres classés art et essai. A l’île d’Yeu, il s’agit d’une délégation de service public par la mairie, prévoyant une politique d’animation  : séances pour les scolaires, conférences-débats, ciné-clubs…

A l’échelon national, Ciné 32 assure la programmation de plus de 200 salles, réparties dans 24 départements, au sein d’un groupement d’intérêt économique. L’objectif est de promouvoir le cinéma de proximité, avec une majorité de films d’art et essai.

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