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Le goût des autres

C’est un petit bout de femme, au regard bleu perçant et qui n’a pas sa langue dans sa poche.« C’est vrai, je ne suis pas toujours très souple de caractère », concède-t-elle. Agent hospitalier depuis près de trente-deux ans, Josiane Escoffier s’est impliquée sans compter au service de sa mutuelle, d’abord en tant que présidente de la Mutuelle de France des personnels hospitaliers et de santé, puis de la section hospitaliers de la Mutuelle de France Plus.

« J’ai toujours voulu mettre de la valeur ajoutée partout où je suis passée », avoue-t-elle. Rien d’étonnant donc à ce que, des années durant, elle ait tutoyé les sommets, ceux de l’arrière-pays niçois, qu’elle a longuement arpentés, comme ceux des instances mutualistes, où elle a noué des amitiés indéfectibles.

La repartie et l’autodérision, c’est définitivement son rayon. Une carapace qu’elle s’est forgée par nécessité. Premier job à dix-huit ans dans un garage. La jolie blonde se retrouve seule fille au milieu de dizaines de jeunes mécanos. Qu’importe, elle fait face, sans baisser les yeux.

C’est sûr qu’elle a du tempérament, mais aussi un sens des nuances très affirmé et un goût de toujours pour les autres. Aider, se battre pour démêler une situation, c’est sa vocation. Adolescente, elle se rêve assistante sociale. La rencontre à dix-sept ans avec celui qui partage toujours sa vie bouleversera ses projets. En 1975, elle passe un concours de commis administratif et entre à l’hôpital de Nice, à la direction du personnel, pour s’occuper du recrutement. On la met en garde : « A ce poste, tu vas te coltiner tous ceux qui ont des problèmes… » Evidemment l’argument achève de la convaincre : elle fonce.

« A l’époque, on embauchait massivement chaque été ; j’établissais des centaines de dossiers d’embauche, raconte-t-elle. J’en rêve encore la nuit ! J’avais conscience de ce que ça signifiait, ce premier travail : peut-être le début d’une carrière hospitalière ! » Josiane s’interrompt pour frotter ses avant-bras : « J’en ai encore la chair de poule… A mon humble niveau, j’avais le sentiment de participer à une étape majeure dans la vie des gens, de servir… »

En 1991, Jean-Claude Benotto, président de la Mutuelle de France des personnels hospitaliers et de santé, la sollicite pour succéder à sa vice-présidente. Josiane accepte avec enthousiasme. Elle est détachée de l’hôpital pour un mandat mutualiste.« Je me souviens que le grand-père de mon mari, Paul Escoffier, figure mutualiste et syndicale, m’a pris le visage entre ses mains et m’a dit, tout ému : “ Ça me fait plaisir, petite, tu reprends le flambeau ”… » Elle ne regrette pas un instant son ancien poste à l’hôpital : « Tout a tellement changé, les regroupements, les fermetures… »

Lorsque Jean-Claude Benotto prend sa retraite, elle devient présidente, avec une idée en tête : « Nous étions une petite mutuelle avec un côté social très affirmé et une grande proximité avec nos adhérents. C’était notre force face à nos concurrents. Mais nous ne proposions pas de couverture de prévoyance. » Avec Josiane aux manettes, c’est chose faite quelques mois plus tard.

Gilbert Toesca, secrétaire général de la Mutuelle de France prévoyance, lui propose d’entrer au conseil d’administration ; de simple administratrice, elle deviendra secrétaire générale. Elle entre ensuite au conseil d’administration de l’union départementale 06 des Mutuelles de France, crée l’antenne des Alpes-Maritimes des comités féminins pour le dépistage des cancers du sein, qu’elle continue encore aujourd’hui de présider.

Afin de souffler un peu, elle quitte Nice pour s’installer à la campagne. Besoin de se ressourcer, de cultiver ses légumes, comme le faisaient ses parents. Le mouvement s’accélère avec le rapprochement entre sa mutuelle, la Mutuelle de Menton et la Mutuelle des cheminots. Synergie est née. On connaît la suite : la fusion avec Mutuelles Santé Plus, puis avec la Mutuelle de France-Sud, devenue Mutuelle de France Plus.

A ses – rares – moments perdus, cette épicurienne aime à cuisiner. Une de ses spécialités, le chevreuil sauce grand veneur ! « Pas grand-chose ne me fait peur si j’ai décidé de le faire », reconnaît-elle. Un éclat de rire fuse, puis un soupir : « Je ne sais pas si j’ai changé quelque chose, en tout cas, j’ai essayé ! »

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