Les nouvelles missions des pharmaciens

Bien sûr, il vous donne la plupart du temps des indications précises sur la manière de prendre vos médicaments et sur leurs conditions de remboursement par la Sécurité sociale. Cependant, vous avez parfois un peu l'impression que votre pharmacien est juste un commerçant qui se contente de délivrer les produits listés sur l'ordonnance par votre médecin.
Désormais, votre pharmacien va devenir bien plus que cela. Un véritable partenaire santé. Après de longues discussions, les trois syndicats représentatifs des pharmaciens ont signé le 4 avril 2012 une nouvelle convention avec la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (Cnam). Celle ci, entrée en vigueur le 7 mai dernier, marque une véritable évolution - on pourrait même parler de révolution - du métier de pharmacien. Celui ci aura maintenant à remplir des missions de santé publique et à jouer un rôle majeur dans l’accompagnement de la santé des patients et en particulier des malades chroniques.
Un acteur du système de soins
Avec cette nouvelle convention, c'est un véritable changement d'état d'esprit qui s'opère. Les pharmaciens seront désormais habilités à délivrer des conseils de santé et à assurer le suivi spécifique de certains patients. Ces nouvelles fonctions, faisant du pharmacien un acteur à part entière du système de soins, étaient déjà écrites noir sur blanc dans la loi Hôpital, patients, santé, territoire (HPST). Celle ci stipulait que : « Le pharmacien d'officine doit contribuer aux soins de premier recours, participer à la coopération entre professionnels de santé, à la mission de service public de la permanence des soins, concourir aux actions de veille et de protection sanitaire organisée par les autorités de santé, à l'éducation thérapeutique et aux actions d'accompagnement des patients. Il peut également assurer la fonction de pharmacien référent pour un établissement médico-social. Il peut, enfin, être désigné comme correspondant au sein de l'équipe de soins par le patient ». Mais si ces missions restaient purement théoriques, elles vont entrer concrètement en application.
Accompagner les malades chroniques
La loi stipule que les pharmaciens ont désormais un rôle actif à jouer dans le suivi de certains patients atteints de maladie chroniques. Dans le cadre de la lutte contre la iatrogénie (effets indésirables des médicaments), il s'agit d'abord d'accompagner les personnes prenant des anticoagulants oraux (anti-vitamines k) dont le mauvais suivi de la posologie peut entraîner des hémorragies. Plus d'un million de patients sont traités avec des anticoagulants oraux. On estime que chaque année les accidents iatrogéniques liés à leur consommation sont responsables de 17 300 hospitalisations et de 4 000 décès. Ils constituent à ce titre la première cause de iatrogénie en France. Le suivi de ces patients, dont l'âge moyen est de 73 ans et qui sont à 75 % fidèles à une seule pharmacie, constitue donc un véritable enjeu de santé publique. Lorsqu'il l'estime nécessaire et avec l'accord du patient, le pharmacien pourra contacter le médecin prescripteur et être amené à modifier la posologie.
D'autres part, les pharmaciens pourront devenir des partenaires santé des patients asthmatiques afin de les aider à améliorer leur traitement et à éviter les épisodes aigus dus à une mauvaise observance. L'asthme concerne 6,8 % de la population générale, soit environ 4,5 millions de patients. On estime qu'un patient asthmatique sur 4 est insuffisamment contrôlé, ce qui se caractérise par des crises fréquentes, une altération de la qualité de vie et parfois des hospitalisations, voire des décès.
Pour bénéficier des conseils du pharmacien, les patients concernés devront s'inscrire auprès de lui, à l'image de ce qui se pratique auprès du médecin traitant. L'accompagnement du pharmacien se déroulera sous la forme d'un premier entretien à l'initiation du traitement, puis d'au moins deux entretiens pharmaceutiques annuels, au cours desquels le pharmacien informera et conseillera le patient sur le bon usage des médicaments qui lui ont été prescrits dans le cadre de son traitement ;
La convention prévoit également que les pharmaciens soient désormais partie prenante dans l'accompagnement des femmes recourant à la prise de la pilule du lendemain ou des personnes utilisant des traitements substitutifs aux drogues. Afin d'assurer une prise en charge optimale du convention stipule que le pharmacien doit s'engager à acquérir la formation nécessaire à la conduite de l'entretien pharmaceutique et à s'appuyer dans sa pratique quotidienne sur les recommandations de bonnes pratiques émises par les autorités sanitaires.
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Mieux gérer les génériques
Autre nouveauté, dès 2012, les pharmaciens s'engagent à ce que 90 % de leurs patients âgés de plus de 75 ans n'utilisent plus qu'une seule marque de générique afin d'éviter tout risque de confusion entre les différents conditionnement de médicaments. La convention veut aussi encourager le développement de la dispensation de génériques, en introduisant un paiement à la performance des pharmaciens en fonction de la réalisation d'objectifs de substitution des génériques aux marques. L'objectif est d'atteindre 85 % de taux de substitution d'ici fin 2012. Il s'agit aussi d'encourager les pharmaciens à vendre plus de conditionnement trimestriel. Le manque à gagner pour eux (plus ils vendent de boîtes, mieux ils sont payés) devrait être compensé par une enveloppe de 50 millions d'euros dégagée pour augmenter la marge des officines.
Un nouveau mode de rémunération
A nouvelles attributions, nouvelles rémunérations pour les 22 000 officines françaises. Celles ci étaient jusqu'alors payées seulement pour la délivrance de médicaments à raison de 0,53 centime par boîte de médicament vendues plus un pourcentage compris entre 6 à 30 % sur le prix de vente. Désormais, les pharmaciens seront également rémunérés pour leurs entretiens en matière de prévention et d'éducation thérapeutique du patient à hauteur de 40 euros par an et par patient. Ce dispositif débutera au début de l'année 2013 pour les patients sous anti coagulants, avant le 30 juin 2013 pour les personnes asthmatiques. Dès 2013, cette part représentera 12,5 % de la rémunération actuelle des officines, pour atteindre 25 % d’ici 5 ans. Cet honoraire, qui sera pris en charge par l’Assurance maladie, a aussi comme but non caché, de permettre de faire évoluer la rémunération des pharmaciens et de les rendre moins dépendante des évolutions du prix du médicament. Les revenus des pharmaciens ont chuté ces dernières années avec le développement du marché des génériques et du fait des déremboursements de nombreux médicaments par la Sécurité Sociale. L'an dernier, une centaine d'officines ont été contrainte de mettre la clé sous la porte pour raisons financières.
Enfin, afin de conforter l'accès des patients au médicament et d'aligner l'indemnisation des astreintes des pharmaciens sur celle des médecins : le montant de l'astreinte les dimanches, jours fériés et nuits de 75€ est porté à 150€ et les majorations de garde sont revalorisées.
Lutter contre les déserts de santé
La volonté de faire jouer un rôle plus important aux pharmaciens est aussi une façon de lutter contre la désertification médicale. Les pharmaciens, sont parmi les professionnels de santé, ceux qui sont les mieux répartis sur le territoire. Pour autant, ce maillage territorial pourrait encore être amélioré car d'un coté, certaines villes connaissent une densité pharmaceutique très importante, de l'autre, en zone rurale, la population a du mal à accéder aux médicaments. Lors de la signature de la convention, les syndicats de pharmaciens se sont engagés à favoriser le regroupement des officines tout en tenant compte de la nécessité de maintenir une offre de proximité dans les zones sous-dotées.
Pour les associations de patients, les nouvelles attributions confiées aux pharmaciens sont considérées comme un véritable progrès, même si le Collectif interassociatif sur la santé(Ciss) (il regroupe la majeure partie des associations de patients) estime qu'il est fondamental que ces derniers reçoivent une formation suffisante et adaptée. L'
Unocam (institution qui regroupe les acteurs des complémentaires santé) a, pour sa part, approuvé cette nouvelle Convention qu'elle a signé. En revanche, les syndicats de médecins eux, et même si les syndicats de pharmaciens ont bien tenté de les rassurer en insistant sur le fait que leur activité ne s'inscrit pas en remplacement mais en complémentarité, ne décolèrent pas.

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