Le social peut aussi être rentable
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Chez Norsys, on pratique la performance globale, parfait équilibre entre l’économique, le social et l’environnemental.
Sylvain Breuzard dirige Norsys, société de conseil informatique fondée en 1994 près de Lille. Parmi ses clients, la Fédération nationale de la mutualité française, la Mgen, le ministère de la Santé et l’Etablissement français du sang.
Depuis quinze ans, il tente de mettre en pratique une « performance globale » : l’équilibre entre résultats économiques, sociaux et environnementaux. « Je veux démontrer aux autres patrons que cette vision de l’entreprise responsable est la bonne. Et pour prouver que l’éthique, ça paye, j’ai besoin d’avoir de bons résultats économiques, et même meilleurs que les autres… »
Les résultats sont là. Chaque année, la croissance est au rendez-vous.
Norsys a été l’une des premières Pme à mettre en œuvre les 35 heures (20 jours de Rtt par an), le CV anonyme, la stricte égalité salariale hommes-femmes. Elle limite les écarts de salaires de 1 à 5 entre un ingénieur débutant et les membres de la direction.
Elle a surtout développé une politique de formation volontariste en créant une université d’entreprise : « L’informatique est un secteur qui bouge vite, beaucoup de patrons licencient les salariés qui n’ont pas les dernières compétences pour en embaucher de nouveaux. C’est coûteux économiquement et socialement. »
Sylvain Breuzard raisonne à l’inverse. L’entreprise doit être une organisation « apprenante ». Pour cela, chacun a droit à un minimum de cinq jours de formation par an.
Norsys a aussi mis en place une fondation qui s’implique auprès de jeunes défavorisés, demandeurs d’emploi, en les formant aux nouvelles technologies, et en les parrainant.
« Ce n’est pas la danseuse du patron. Ce sont des projets sociaux portés par les salariés et que nous soutenons, aussi bien en France qu’au Maroc où nous avons une filiale. Il s’agit de partager la richesse produite. »
Dans un sondage réalisé par une agence de notation, 86 % des salariés de Norsys jugent qu’il s’agit d’une entreprise où il fait bon travailler. « La facilité serait de dire aux 14 % de mécontents d’aller voir ailleurs. Il est plus stimulant d’essayer de comprendre ce qui ne va pas. Cela nous a permis d’identifier des problèmes, en particulier une tendance à tomber dans la réunionnite aiguë. »
Sylvain Breuzard, ex-directeur du Centre des jeunes dirigeants, parviendra-t-il à convaincre d’autres patrons de s’engager dans la voie du socialement responsable ?
« J’avoue être inquiet. En termes de responsabilité, beaucoup d’entreprises préfèrent communiquer sur les questions d’environnement, qui donnent une meilleure image de marque. Pendant ce temps-là, on oublie le social. Pour les salariés, les temps sont durs. »
[01.12.09]
Anne-Marie Thomazeau
Témoignage
Jean-Marc Borello, directeur général du Groupe Sos*
On a longtemps opposé l’économie sociale et solidaire – qui défend des valeurs sympathiques, mais est incompétente en matière de gestion – à l’économie classique, sérieuse, dégageant des bénéfices.
Depuis la faillite de la banque Lehman Brothers, les choses ont changé. Ceux qui étaient censés créer de la valeur économique ont fait faillite. Dans le même temps, l’économie sociale et solidaire prouvait qu’elle pouvait être à la fois utile socialement et performante économiquement. Son mode d’organisation limite les dérives.
Chez nous, les salaires vont de 1 à 6, personne n’est propriétaire de rien, nous ne distribuons pas de dividendes. Or, dans l’économie classique, lorsque les actionnaires réclament toujours plus de rentabilité, à un moment donné, le chef d’entreprise est bien obligé de licencier.
Le Groupe Sos est performant économiquement, avec une croissance du chiffre d’affaires de 25 % par an. Si nous créons de la richesse, c’est pour mieux la répartir. Nous tentons de prouver qu’investir dans des activités qui permettent de mieux vivre est rentable.
* Témoignage recueilli lors d’une conférence organisée par le magazine Interdépendances en octobre dernier. Le Groupe Sos est constitué d’associations et d’entreprises œuvrant dans différents domaines de l’économie sociale et solidaire.