Le textile aubois a le moral dans les chaussettes
Locomotive économique du département dans les années 1970, le textile aubois n’en finit plus de rétrécir. Cette industrie « démodée » a-t-elle encore un avenir dans l’Aube ?
Depuis plus d’un siècle, le textile fait vivre des générations d’ouvriers aubois. A Troyes bien sûr, mais aussi à Romilly-sur-Seine, la petite sous-préfecture. Ici, il n’est pas une famille qui ne compte un ancien bonnetier, ces ouvriers spécialisés dans la chaussette et le linge de corps. Au plus fort de l’activité, un Romillon sur deux rejoignait chaque matin les ateliers de confection.
Mais, l’an passé, la Sorotex y a fermé ses portes tandis que deux plans sociaux successifs, en 2000 et 2002, ont envoyé 400 ouvriers de Jaquemard-Olympia en préretraite ou au chômage. En 1974, le textile aubois employait 25 000 personnes. Trente ans plus tard, elles ne sont plus que 6 000, et le nombre d’ouvriers devrait encore baisser, pour atteindre 4 000 dans un avenir très proche.
La faute à qui ? Aux délocalisations, répond la Cgt. « Tout a commencé en 1990, avec les collants que l’on importait de Hongrie. Puis il y a eu le Portugal, l’Italie, la Turquie et, pour finir, la Roumanie, explique François Robert, responsable de la gestion des stocks chez Olympia et délégué syndical Cgt. En France, une paire de chaussettes revient à 1,10 euros. A qualité égale et transport compris, la même paire revient à 0,67 euros en Turquie et à 0,31 euros en Chine. C’est sûr, bientôt on laissera tomber l’Europe pour l’Asie, et en même temps les ouvriers aubois... »
Thierry Charreire, le directeur général de l’entreprise, dément : « Il n’est plus question de licenciements dans l’Aube ! La Chine ? Aujourd’hui, seules les très grosses entreprises peuvent y aller, mais en 2005, avec l’abolition des quotas d’exportation textile de l’Asie, tout le monde pourra traiter avec l’Asie. Si on y va, notre objectif sera de développer le chiffre d’affaires de l’entreprise, en s’ouvrant à d’autres marchés, sport ou petite distribution. Car aujourd’hui, Olympia n’est distribué qu’en grandes surfaces, sous sa propre marque et sous des marques distributrices comme Tex. »
Il se vend 350 millions de paires de chaussettes chaque année en France, dont 320 millions sont importées. Les grandes surfaces en vendent 60 %, et Olympia représente 21 % de ce segment de marché. « 30 % de la production est usinée à Romilly, notamment les petites séries, les réassorts et les hauts de gamme », poursuit Thierry Charreire. Des segments sur lesquels l’entreprise doit pouvoir réagir vite. Car si elle coûte moins cher à fabriquer en Chine ou en Roumanie, la paire de chaussettes met aussi le double de temps à parvenir au client, c’est pourquoi l’entreprise n’y fait fabriquer que les grandes séries, commandées très longtemps à l’avance.
« Aujourd’hui, après sept ans de déficit, les comptes sont à l’équilibre », se félicite Thierry Charreire. La confiance retrouvée encourage les initiatives, comme le prouve la réussite d’Emo, de l’Atelier d’Ariane ou de la Socatex, qui travaillent pour Agnès B., Christian Dior ou Sonia Rykiel. « C’est ça qui va nous sauver, conclut le directeur d’Olympia. L’avenir du textile aubois, c’est le luxe et la petite série, l’innovation et la créativité... »
[17.03.04]
Christophe Manquillet