Le think tank Jalma projette un avenir réduit pour l’Assurance maladie
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La journée d’étude de Jalma – un cabinet de consultant sur la protection sociale et l’assurance qui a pour clients des assureurs, de grosses mutuelles, des organismes financiers... – a donné lieu à l’édition d’un Livre blanc sur le thème « Quel avenir pour l’assurance-maladie ? ».
La presse s’est surtout intéressée à l’étude montrant la hausse des charges de santé pour la famille.
Mais le livre blanc distribué aux participants amène bien d’autres informations.
Les Français inquiets des déficits
Il comporte tout d’abord un sondage sur la perception qu’on les Français de l’assurance-maladie et de son avenir. Ils sont attachés au système de santé actuel – même si 46 % se sentent plutôt mal informé sur la manière dont il fonctionne – , mais 79 % sont inquiets pour son avenir (dont 28 % « très inquiets »).
Le déficit du système pèse sans doute lourd dans cette inquiétude : 94 % le jugent « élevé » (dont 70 % « très élevé ») et 90 % estiment qu’il faut revenir à l’équilibre des comptes. Même si les deux-tiers pensent que le déficit continuera à augmenter avec le vieillissement de la population.
Aux yeux des personnes sondées, ces déficits sont dus à une organisation déficiente du système (62 %). Pour les réduire, ils refusent le recours à l’impôt (77 %), la hausse des franchises (67 %), les déremboursements et les transferts vers les complémentaires (63 %).
Dans un choix de solutions proposées, 45 % sont d’accord pour remettre en cause la prise en charge des ALD, 21 % pour réduire la prise en charge de tous les assurés, 15 % pour une hausse de la CSG...
« Préparer l’opinion » aux réduction de prise en charge
A choisir, si demain certaines dépenses de santé devaient être déremboursées, 69 % préféreraient que ces baisses de remboursement portent sur les médicaments à faible utilité médicale, 39 % accepteraient une hausse du forfait hospitalier. 20 % seulement se résigneraient à un baisse des remboursements de l’optique et du dentaire, ou à une moindre prise en charge des Affections de longue durée (ALD) dont 95 % des Français estiment justifiée la prise en charge à 100 %.
Une éventuelle mise sous conditions de ressources de la prise en charge des Ald n’est envisageable que par 45 % des sondés.
En résumé : refus de l’augmentation des impôts pour financer le système, résignation d’une minorité à des baisses de remboursements à la marge.
Ce qui fait dire aux enquêteurs que toute « réforme d’envergure » devra par « un intense effort d’explication […] redonner aux Français des repères sur les enjeux financiers réels ».
Et plus loin : « il importe de préparer l’opinion à la nécessité de redéfinir le périmètre de prise en charge de l’assurance maladie et au caractère inéluctable de la réduction de la prise en charge publique du petit risque et de la remise en cause de la prise en charge à 100 % des ALD ».
Le Livre blanc, plaidoyer pour un changement de logique
Car, insiste le Livre blanc de Jalma, « un retour à l’équilibre en 2015 passe donc par un changement de paradigme pour l’assurance-maladie ».
Ce nouveau paysage est ainsi dessiné : désengagement massif du dentaire, de l’optique, des médicaments remboursés à 35 %... remise en cause partielle de la prise en charge des ALD avec la création d’un ticket modérateur laissant un reste à charge au patient.
Cela pourrait aller jusqu’à réfléchir à sortir les indemnités journalières de maladie du périmètre de la Sécu en les transférant aux entreprises en échange des « exonérations massives de charges qui leur ont été accordées depuis 15 ans ».
Les pistes énoncées vont dans le sens de ce que voudraient les gouvernements au fil des multiples réformes engagées ou projetées qui tendent à transférer nombre de charges de l’assurance-maladie vers les complémentaires (assurances ou mutuelles) dont les primes ou cotisations suivront à la hausse cet engagement supplémentaire.
Au risque d’un véritable démantèlement de l’assurance-maladie.
Place aux complémentaires
Fort opportunément, l’étude de Jalma consacre un chapitre aux complémentaires.
Les résultats en sont plutôt flatteurs : 84 % des sondés sont satisfaits du niveau de remboursement de leur complémentaire, 67 % considèrent que les cotisations ont augmenté modérément ou sont restées stables.
Ce niveau de cotisations est jugé raisonnable par 65 % des Français. Même le doublement des cotisations depuis l’an 2000 semble justifié aux assurés (mais 47 % estiment que les assureurs ont cherché à augmenter leur marges).
Appelées à jouer un rôle plus important, les complémentaires vont se développer projette Jalma, mais la maîtrise des cotisations impliquera « une prise en charge plus sélective ».
Car 20 % de la population consomme 46 % des dépenses de santé et en 2015, 23 % de la population en consommera 53 %. Les seniors vont devenir la « première population assurable ».
Si le système solidaire recule, ils en seront les premières victimes.
[26.11.09]
La note de synthèse du sondage CSA (160 pages en .pdf) :
www.csa-tmo.fr