mercredi 8 février 2012
Les déodorants favoriseraient l’apparition du cancer du sein, c’est ce qu’on entend depuis plusieurs années. Info ou intox ? Viva fait le point.
A l’origine de cette question, un constat : une majorité de tumeurs cancéreuses se situent tout près de l’aisselle, là où on applique les déodorants. Une des premières à avoir éveillé les soupçons est la chercheuse américaine Kris McGrath. En 2003, elle a étudié 437 femmes ayant eu un cancer du sein, qu’elle a réparties en quatre groupes, selon leur fréquence d’utilisation des déodorants et les pratiques de rasage. Résultat : les femmes atteintes d’un cancer les plus jeunes étaient aussi celles qui étaient les plus grandes utilisatrices de déodorants (au moins deux fois par semaine) et celles qui se rasaient les aisselles le plus souvent (au moins trois fois par semaine).
Selon la chercheuse, le rasage fragiliserait la peau, facilitant ainsi l’absorption des sels d’aluminium contenus dans les produits et connus pour être neurotoxiques. Mais selon la communauté scientifique, son étude, basée sur les seules habitudes d’hygiène des femmes et sans comparaison avec des femmes en bonne santé, ne permet pas d’établir un lien formel entre les déodorants et le cancer du sein. Pourtant, en 1992 déjà, Edmond Creppy, chef du laboratoire de toxicologie de la faculté de pharmacie de Bordeaux, avait montré, grâce à des expériences sur des souris, que l’aluminium pouvait pénétrer au travers de la peau de façon plus importante que lorsqu’il était ingéré. Autre coïncidence troublante : en 2004 et 2005, la chercheuse britannique Philippa Darbre, de l’université de Reading, note que le chlorure d’aluminium peut interférer avec les œstrogènes, lesquels jouent un rôle dans le développement du cancer du sein. Elle trouve aussi des quantités importantes de parabènes, des agents de conservation présents dans les déodorants, dans les tissus de 20 tumeurs mammaires. Or, ces agents sont des perturbateurs endocriniens. En 2006, la même chercheuse montre qu’il existe une conjonction de risques, plutôt qu’un risque unique, en émettant l’hypothèse d’une action combinée entre différents éléments – comme l’aluminium contenu dans les produits cosmétiques, le cadmium dans l’alimentation et le tabac – dans l’apparition du cancer du sein.
Alors, que conclure ? Pour l’heure, rien n’est clair. Une étude réalisée en 2002 par Dana Mirick, du centre de recherche sur le cancer de Seattle (Etats-Unis), est même plutôt rassurante. En comparant les habitudes d’hygiène de deux groupes de 800 femmes (les premières atteintes d’un cancer du sein, les secondes en bonne santé), elle montre qu’associé à un rasage intensif des aisselles le déodorant n’accroît pas le nombre de cas de cancer. Par ailleurs, les déodorants s’utilisant autant à l’aisselle droite qu’à la gauche, pourquoi n’y a-t-il pas plus de cancers du sein bilatéraux (2 % seulement) et pourquoi ne retrouve-t-on pas un taux plus élevé de cancers au Moyen-Orient, où les femmes utilisent la pierre d’alun, composée de sulfate d’aluminium quasi pur, sur des peaux épilées ? L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), qui considère depuis 2004 que les déodorants sont inoffensifs, réévalue le sujet. Un avis sera bientôt rendu.
[01.02.10]
Marianne Rolot
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