Social

Les Mutuelles de France organisent un colloque sur l’avenir de la protection sociale solidaire

« Pour une sécu plus solidaire, une mutualité partenaire » : c’est sur ce thème que , à la veille de son assemblée générale, la Fédération des Mutuelles de France a tenu un colloque, le 5 novembre à la Maison de la Mutualité à Paris. Les intervenants aux deux tables rondes portant sur le fonctionnement de notre système de santé et sur le financement de la sécurité sociale, se sont tous accordés sur la nécessité d’un débat public sur l’avenir et le financement de notre système de protection sociale, un des traits de l’identité française.

Lors de la première table ronde qui s’interroge sur les changements à apporter pour assurer la qualité des soins pour tous, Étienne Caniard, membre du collège de la haute autorité de santé ( HAS) souligne que « quand un pays se développe l’exigence de soins devient plus grande. » Plutôt que de subir « une évolution des dépenses de santé qui n’obéit pas à des priorités « il faudrait donc faire des choix » . Pour cela , « notre vision du système de santé doit intégrer l’ensemble de la politique de santé et donc l’organisation des soins » afin de poser les questions trop négligées comme celles de la proximité ou du mode de rémunération des professionnels et des établissements de santé.

Le docteur Martial Olivier-Koehret, président du syndicat de généralistes MG France réclame « un système où l’accès aux soins soit garanti et où le patient me demande ce qui est bon pour lui » et non comme aujourd’hui « le médicament le mieux remboursé ou le moins cher. Interrogé sur les dépassements d’honoraires, il déclare : « est ce que l’on accepte dans un système solidaire que des gens sortent des tarifs fixés ? soit on est dans un marché de services soit on est dans un système de santé financé par la solidarité et dans ce cas on fixe des tarifs » .

Nora Trehel, vice-présidente de la FMF Dénonce « la jungles des tarifs », les dépassements d’honoraires qui interdisent l’accès des patients à de nombreux spécialistes et constate que « heureusement il y a les centres de santé. » Elle rappelle que 30 milliards d ’euros restent à charge des complémentaires et des ménages ce qui pose le problème de la déconnexion entre les remboursements de la sécurité sociale et les dépenses réelles de santé ».

Damien Berthilier, président de la mutuelle étudiante (LMDE) signale le renoncement aux soins très important chez les étudiants qui arrivent sur un marché où le secteur 1 par exemple en gynécologie est saturé. Il dénonce un discours qui sous prétexte de responsabiliser pousse aux solutions individuelles et souligne « comment va t-on demander aux jeunes de contribuer à la solidarité intergénérationnelle quand le seul discours qu’ils ont connu est celui là ?. » Il ajoute « à 20 ans de la solidarité on en veut. il faut donc lui redonner sens. »

Arnaud De Broca, secrétaire général de la FNATH ( fédération nationale des accidentés du travail et handicapés ) rappelle la large opposition suscitée par l’amendement visant à imposer les indemnités pour accident du travail ; cela alors même que « les victimes des accidents du travail ne sont pas intégralement remboursées . » Il insiste sur la nécessité de lancer un débat public sur les questions du financement.

Ouvrir le débat, c’est précisément notre but « souligne Jean Paul Benoit, vice président de la FMF en introduction à la seconde table ronde. Sans tabou, nous voulons échanger avec les syndicats, les associations, sur ce qu’est la solidarité aujourd’hui, sur la manière d’organiser le système et de le financer. » Il souligne que tout le monde reconnaît qu’il faut augmenter les ressources. Les ménages cotisent déjà sur tous leurs revenus mais par contre les revenus financiers des entreprises ne sont pas mis à contribution.

Fabrice Henry, chef de file FNMF à la Cnamts déclare que le « déficit de la branche maladie n’est pas conjoncturel mais structurel. Il ajoute « le vieillissement de la population, les technologies modernes, tout cela conduit à une évolution de plus en plus forte des dépenses ». Selon lui, là où il y a problème c’est dans le déficit de solidarité. Il faut trouver de nouveaux financements, supprimer les exonérations qui n’ont pas lieu d’être , regarder du côté des stocks option.

Philippe le Clézio, secrétaire confédéral de la CFDT précise que sa centrale a une « approche risque par risque pour essayer de définir des logiques de financement ». Il précise « on propose que les entreprises contribuent davantage sur les retraites et que l’impôt contribue plus à la prise en charge maladie ».

Pierre Yves Chanu, conseiller confédéral de la CGTdéclare que « à crise systémique il faut une réponse systémique ». Quelle réforme de financement faut-il ? Il dénonce le fait que l’hôpital qui emploie beaucoup de personnel participe davantage à la solidarité que Total. Pour la CGT il faut faire contribuer les revenus financiers et remettre en cause les exonérations.

Jean Michel Laxalt , président de l’UNOCAM ddéclare que « la sécurité sociale est en insécurité » car n’étant pas équilibrée elle ne peut être pérenne ni crédible. « Au point que l’on commence à ne plus trop croire qu’elle sera demain en mesure de payer les prestations prévues par le contrat social. Il y a donc urgence à retrouver une capacité de financement ».

 

-  [09.11.09]   Maïté Pinero

Jean Paul Panzani : « Il nous faut un vrai débat citoyen »
"Avant la réunion organisée le 2 décembre par les grandes fédérations syndicales et la mutualité, ce colloque a une signification particulière. Il faut que le mouvement social , syndicats, associations et mutualité, engage un débat de fond conceptuel sur notre système de protection sociale. Ce ne doit pas seulement être un débat de chiffres et d’experts, mais il faut que nous partagions nos idées et nos convergences sur le système de protection sociale que nous souhaitons. Nous sommes à une étape de son évolution qui est de la plus haute importance. Il faut que les acteurs de la protection sociale aillent le plus loin possible avec les citoyens. En même temps, ce n’est pas parce que tout le monde est d’accord pour réclamer des ressources supplémentaires pour la Sécurité sociale que nous allons abandonner notre combat pour la qualité du système de santé. Nous n’avons pas été assez vigilants sur les conditions dans lesquelles s’est fait l’achat des vaccins contre la grippe A. Cette affaire pose la question de la démocratie sanitaire et sociale. Cela fait 23 ans que les élections à la Sécurité sociale ont été supprimées. On nous avait expliqué que la démocratie parlementaire allait faire beaucoup mieux que la démocratie sociale. L’ampleur des déficits montre qu’ il n’en n’est rien. Un champ aussi important que la protection sociale ne doit pas échapper à un vrai débat citoyen mené par les acteurs sociaux."

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