jeudi 9 février 2012
Avec la crise et le développement de la précarité, on redécouvre le rôle protecteur de la famille, valeur refuge quand les difficultés s’accumulent.
La solidarité au sein de la parenté est forte. Neuf personnes sur dix ont épaulé un membre de leur famille au cours de l’année écoulée, et autant ont bénéficié de l’aide d’un parent, selon le « Baromètre des solidarités familiales en France » du Credoc*. Une majorité de Français (78 %) savent qu’en cas de coup dur ils pourront compter sur un de leurs proches.
La plupart du temps, les aides vont des parents vers les enfants, et, aujourd’hui, ce sont les « papy-boomers » qui mettent la main à la poche pour aider leurs enfants et petits-enfants.
Côté bénéficiaires, les 18-24 ans : 32 % d’entre eux ont reçu de l’argent, 24 % des prêts, 38 % des participations à des frais. Ils sont aussi soutenus dans leurs démarches administratives, ou pour trouver un logement. « Quand on a voulu louer un deux-pièces avec ma copine, le propriétaire a exigé que mes parents se portent garants. Pourtant, on avait des revenus, modestes certes, mais suffisants », s’indigne Eric, vingt-trois ans, en apprentissage.
Dans une moindre mesure, les 25-40 ans bénéficient aussi de ces transferts entre générations. « Depuis mon divorce, je ne sais pas comment je m’en sortirais sans l’aide de mes parents, même avec un boulot et des allocations. Ma mère récupère mes enfants à l’école. Je n’aurais pas les moyens de payer quelqu’un », reconnaît Laure, trente-huit ans. Ses parents, jeunes retraités, l’ont également aidée à remplacer sa voiture.
La famille peut aussi offrir un toit. Les difficultés obligent certains jeunes adultes à rester chez leurs parents, d’autres, y compris à un âge avancé, sont contraints d’y retourner un temps, en attendant des jours meilleurs. Le phénomène serait en augmentation.
Près de 400 000 personnes habitent chez un tiers, lequel est dans la majorité des cas un membre de la famille. Cette cohabitation forcée n’est pas sans poser de problèmes. « C’est vrai, mais c’est une chance. Je ne pouvais plus ni payer l’emprunt de l’appartement, ni un loyer. Revenir chez maman n’est pas glorieux. Mais je vais pouvoir souffler un peu, épurer mes dettes, pour rebondir. Enfin j’espère », confie Jean, quarante-trois ans, intérimaire depuis un licenciement.
Pour autant, la famille n’est pas la solution miracle. L’harmonie n’y règne pas toujours et toutes n’ont pas les moyens. L’entraide familiale amortit les chocs et comble un peu les écarts de revenus entre les jeunes générations et les autres.
Mais elle vient aussi renforcer les inégalités : le coup de pouce donné à un proche peut appauvrir l’ensemble d’une famille aux revenus modestes.
[03.05.10]
Sylvaine Frézel
* « Baromètre des solidarités familiales en France », enquête réalisée par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) en 2006 et en 2007.
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