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Les antidépresseurs sont-ils efficaces ? L’opinion du Dr David Gourion, psychiatre

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Drfp/Odile JacobEn France, 7% de la population serait concernée par la dépression. Une récente étude anglo-américaine*, qui reprend les conclusions de 47 essais cliniques sur les antidépresseurs les plus prescrits (Prozac, Effexor, Deroxat, Seropram, Zoloft) montre que ces médicaments ne seraient pas plus efficaces qu’un placebo (molécule sans principe actif) dans certains cas. Alors, antidépresseurs ou pas ? Viva a demandé au Dr David Gourion, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris et auteur avec Henri Lôo des Nuits de l’âme, guérir de la dépression (Odile Jacob, 23 euros), ce qu’il en pensait.

« La dépression est une vraie maladie »

-  Peut-on vraiment affirmer que les antidépresseurs ne sont pas plus utiles qu’un placebo ?

On sait depuis longtemps que l’efficacité des antidépresseurs n’est pas statistiquement supérieure à un placebo dans les états dépressifs légers. Cette méta-analyse ne nous apprend rien. La dépression est une vraie maladie. Elle ne se traduit pas juste par de la tristesse ou du vague à l’âme mais par une fatigue psychique et physique intense et durable pendant plusieurs semaines, une baisse de l’humeur, le patient n’est plus réactif aux événements de la vie même quand ils sont gais, il est envahi d’affects négatifs, tristes, désespérés. Elle se manifeste aussi par des idées noires, avec une vision très pessimiste de soi, de son passé, de son présent et de son futur, des troubles du sommeil, de l’appétit et de la libido, une perte de plaisir, plus rien n’a d’intérêt, tout pèse. Pour ces dépressions majeures, les antidépresseurs sont tout à fait efficaces.

-  Et pour les dépressions légères, que fait-on ?

Il n’y a pas de dépression légères mais mineures, c’est-à-dire en dessous du seuil de la dépression-maladie décrite plus haute. Ces personnes là, qui sont souvent déprimés par rapport à un événement difficile de la vie comme un divorce ou un licenciement, vont s’améliorer sous toutes les interventions : psychothérapie de soutien, prise de millepertuis, d’oméga 3, homéopathie, etc. Chez eux, l’effet placebo joue à plein car ils sont dans un état très réactionnel. Ils n’ont pas obligatoirement besoin d’une prise en charge médicale. On ne traite pas la bronchite comme on traite la pneumonie, c’est pareil.

« Les études ne sont pas la vraie vie »

-  Cette étude sème néanmoins le trouble..

Les études ne sont pas la vraie vie. Dans les essais cliniques qui servent à tester ces médicaments, on n’inclut pas les patients qui ont des idées suicidaires, ni ceux qui ont des troubles de la personnalité ou encore une problème alcoolique. Ce ne serait pas éthique de leur proposer un protocole où on ne sait pas s’ils vont recevoir un placebo ou un antidépresseur. Or, ce sont ces patients que l’on reçoit dans nos cabinets. Si, à l’époque où les essais ont été réalisés, il y a 15 ou 20 ans, les laboratoires avaient publié les résultats négatifs de leurs études sur les dépressions de faible intensité même si ça n’allait pas dans le sens de ce qu’ils voulaient, le débat aurait été plus sain. Là, cela donne l’impression qu’ils ont menti et les médecins aussi alors que l’étude ne dit pas autre chose que l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), à savoir que les antidépresseurs sont recommandés dans les épisodes dépressifs caractérisés d’intensité modérée ou sévère.

-  Prescrit-on trop d’antidépresseurs en France ?

Qu’est-ce que cela veut dire "trop" et qui dit que c’est "trop". Des données récentes montrent que dans les pays européens qui ont un bon système de santé, les prescriptions d’antidépresseurs sont en train d’augmenter et de se hisser progressivement au niveau de la France. Est-ce trop ou est-ce que la France a les bonnes pratiques ? Se plaindrait-on si elle était la première à prescrire des antiasthmatiques ou des anticancéreux ? Au Moyen-âge, on brûlait les fous. On n’en est plus là, heureusement, mais je me demande si derrière ce débat ne se masque pas une critique, un refus, une peur de la maladie mentale. Lorsqu’on prescrit un antidépresseur, il n’y a pas un jour où on entend pas le conjoint dire "si seulement, il ou elle se secouait". La dépression est extrêmement compliquée à comprendre tant qu’on ne l’a pas vécu. C’est une maladie qui touche les émotions, le vouloir, l’agir, l’aimer... C’est plus difficile à cerner qu’une maladie qui touche le pied, le foie, les reins.

Seul un déprimé sur deux est correctement traité

-  Les généralistes sont-ils suffisamment formés à la dépression ?

Dans l’ensemble, les médecins font bien leur travail. Néanmoins, on estime que seulement un déprimé sur deux est correctement diagnostiqué et traité malgré les prescriptions importantes d’antidépresseurs. On laisse donc des gens souffrir. Un patient dépressif sur quinze se suicide, c’est énorme. D’un autre côté, on donne peut-être des antidépresseurs quand ça n’est pas forcément nécessaire. Dans leur formation initiale, les généralistes n’ont que quelques heures de cours sur la psychiatrie. Quant à leur formation médicale continue, à charge pour les pouvoirs publics de l’assurer. Actuellement, ce sont les laboratoires qui la font. On peut critiquer mais s’ils ne le faisaient pas, il n’y aurait rien.

-  Le gouvernement britannique s’engage à former des psychothérapeutes, qu’en pensez-vous ?

C’est très bien, et j’aimerais que la France en fasse autant. Le fond du problème dans cette histoire est que l’on oppose antidépresseurs et psychothérapie, alors qu’il faudrait associer les deux. On continue à payer les querelles de chapelle d’il y a 30 ans entre le tout psychanalytique et le tout médicamenteux. Mais ce n’est pas parce que l’on entreprend une psychothérapie que l’on n’a pas besoin de médicaments. D’ailleurs, c’est souvent parce qu’on a un traitement qui permet d’aller mieux que l’on peut commencer à faire un travail sur soi. La dépression se soigne au cas par cas. L’être humain est complexe, il n’y a pas de recette.

[11.03.08]

- Brigitte Bègue

* Le résumé de l’étude (en anglais) sur le site du journal Plos medicine

Lire aussi sur ce sujet :
- "Du bon usage des antidépresseurs"

- Les recommandations de l’agence française de sécurité santitaire

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