Les cancers des enfants augmentent

Brigitte Bègue
Les cancers des enfants augmentent
Selon le pédiatre Ernesto Burgio, des cancers pédiatriques pourraient être dus à une exposition du foetus ou des gamètes à des substances chimiques.

Le colloque sur « La santé des enfants et l'environnement » s'est tenu à l'Unesco les 12 et 13 avril et réunissait, sous l'égide du Pr Dominique Belpomme (que nous avions rencontré), président d'ARTAC1, les plus éminents spécialistes du sujet. A cette occasion, le Dr Ernesto Burgio, pédiatre et président du comité scientifique de ISDE (International Society of Doctors for Environment) fait le point sur l'augmentation des cancers des enfants.

Les cancers des enfants augmentent-ils réellement ?

Absolument. Depuis 20 ans, on constate en Europe une augmentation régulière des cancers des enfants d'environ 1,2% par an, tous types de tumeurs confondus. Mais quand on regarde dans le détail, on s'aperçoit qu'il y a un accroissement de l'ordre de 2% (3% en Italie) dans la première année de la vie. Ce n'est pas dû au dépistage, car les choses n'ont pas bougé en la matière depuis 20 ans. Cela veut dire aussi que, contrairement à ce que continuent de penser beaucoup d'oncologues, le cancer n'est pas qu'une maladie génétique, car les mutations sont les mêmes depuis des années. Pourquoi dans ce cas, cette augmentation continuelle ? Pourquoi, surtout, cette augmentation parmi les enfants plus jeunes ?

Comment l'expliquez-vous, alors ?

Cela pourrait correspondre à une exposition du fœtus ou des gamètes (spermatozoïdes et/ou ovules) à des substances chimiques. Chez les nouveau-nés, partout où la recherche a été faite, on retrouve des centaines de polluants dans le sang du cordon et dans le placenta. La vie fœtale est la période la plus sensible. Or, de nouvelles études de biologie moléculaire montrent qu'une exposition régulière du fœtus, jour après jour, à de petites quantités de polluants peut modifier progressivement l'épigénome, c'est-à-dire, le « software » du génome , le nuage de molécules très réactives qui tournent autour de l'ADN et qui est très sensible aux informations venant de l'environnement. Ce phénomène peut ouvrir le chemin à des aberrations chromosomiques et peut engendrer un changement dans la programmation des tissus et des organes. Il peut aussi se transmettre d'une génération de cellules à l'autre et d'une génération d'individus à une autre. La bonne nouvelle, c'est que ces effets sur l'épigénome sont réversibles alors que, quand l'ADN est altéré, on ne peut plus rien faire.

Cette hypothèse ne vaut-elle que pour le cancer ?

Non. Le même mécanisme pourrait expliquer également l'augmentation du diabète, de l'obésité, de l'asthme, des allergies, de la maladie d'Alzheimer et peut-être de l'autisme. En tout état de cause, l'origine fœtale de ces bouleversements est l'hypothèse la plus crédible. Y compris en ce qui concerne les pays en développement où les mêmes pathologies arrivent plus tard mais se multiplient encore plus vite que chez nous. Dans les pays industrialisés, l'exposition à des molécules nouvelles pour l'ADN est progressive depuis à peu près 50 ans, en revanche, les populations des pays pauvres ont reçu une vague d'exposition très rapide. On peut penser que cela a créé une sorte de stress du génome, d'où l'explosion de nouvelles maladies.

Quels polluants sont les plus dangereux ?

Les hydrocarbures comme le benzène ou le benzopirène qui proviennent du trafic routier et que les femmes enceintes respirent à plein poumon, les pesticides, les dioxines, les métaux lourds (mercure, cadmium, etc.), sont les plus redoutables car ils s'accumulent dans le tissu adipeux ou osseux de la future maman et se diffusent lentement dans le fœtus au moment de la grossesse. Le problème est qu'on ne voit les dégâts que des années après. Les études épidémiologiques n'arrivent pas à démontrer le risque, car il faut des années pour le mettre en évidence, parfois 20 à 30 ans. Les toxicologues n'y arrivent pas non plus, car pour avoir la preuve des effets néfastes, il faudrait exposer des animaux de laboratoire à des faibles doses pendant plusieurs générations, ce qui est très difficile.

Que faut-il faire ?

La seule solution est la prévention primaire. Autrement dit, réduire l'exposition des femmes enceintes et des enfants. En Suède, quand on a diminué l'emploi des pesticides, on a eu une diminution des cancers dus à ces substances. Il faudrait aussi limiter la circulation des voitures dans les villes, contrôler la chaîne alimentaire, c'est-à-dire ce qui compose nos aliments... En Italie, près des incinérateurs, les poulets sont plein de dioxine. On en a retrouvé aussi dans le lait maternel des femmes qui habitent aux alentours. En Allemagne, des travaux ont montré qu'il y avait plus de cancers chez les enfants qui habitent à côté des centrales nucléaires, le lait, les légumes, etc., des environs sont probablement contaminés par le césium 137, un produit radio-actif, mais ce sont des sujets dont on a du mal à parler.

Photo DR
Photo Flickr Sébastien Desbenoit

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