mercredi 8 février 2012
Les filles, préados et ados, sont mal dans leur peau, et leur comportement s’en ressent. Fait nouveau : leur mal-être semble survenir de plus en plus tôt.
Les adolescentes iraient-elles de plus en plus mal ? On pourrait le croire, au vu des statistiques. En 1993, 4 % des préadolescentes de 12-13 ans avaient attenté à leur vie ; elles sont deux fois plus nombreuses aujourd’hui.
De même, selon le baromètre santé 2005, 11,2 % des filles de 15-24 ans ont souffert d’un épisode dépressif au cours des douze derniers mois.
Par ailleurs, leur consommation de psychotropes augmente et elles deviennent plus violentes.
Ces comportements à risques sont autant de sonnettes d’alarme exprimant une souffrance intérieure. De là à considérer qu’elles souffrent plus que leurs aînées, la conclusion est un peu hâtive.
Pour le Dr Xavier Pommereau, psychiatre et chef de service du pôle aquitain de l’adolescent, installé au sein du Chu de Bordeaux, 10 à 15 % des adolescents vont mal, filles comme garçons. Seulement, leur blues s’exprime différemment : « Chez les filles, il se traduit par des maux de ventre, des fugues, des crises nerveuses, des troubles de l’alimentation, des scarifications ou une sexualité non protégée. Tandis que, chez les garçons, la souffrance s’exprime par la violence envers autrui ou par des conduites addictives. On parlera alors plutôt de délinquance que de dépression. » Les troubles des adolescentes, plus médicalisés, sont donc davantage mis en lumière.
Violences sexuelles
Toutefois, la déprime semble apparaître de plus en plus tôt dans la vie de l’adolescente, et, cela, c’est nouveau.
Ainsi, Xavier Pommereau, dans son unité de jeunes suicidants, constate : « Nous comptons en ce moment sept adolescentes de moins de quinze ans, alors qu’il y a dix ans je n’en voyais jamais. »
Une déception sentimentale, des problèmes scolaires suffisent-ils à expliquer leur désarroi ? Certainement pas. Mais on peut avancer plusieurs hypothèses. Selon Marie Choquet, directrice de recherche à l’Inserm et spécialiste des adolescents, les violences sexuelles seraient un facteur déterminant - mais pas systématique - du malaise de ces jeunes filles.
L’étude qu’elle a menée dans les collèges et lycées sur les violences à l’école révèle en effet que les agressions sexuelles, verbales et autres envers les filles ont nettement progressé en dix ans, passant de 6,7 % du total des agressions en 1993 à 9,4 % en 2003. « Ces violences sexuelles sont aujourd’hui beaucoup plus traumatisantes et plus violentes pour les jeunes filles », explique Xavier Pommereau.
Perte de repères, crise d’identité Mais il n’y a pas que cela. La famille et ses conflits internes ainsi que le manque de repères semblent également jouer un rôle. « Les jeunes sont en quête d’identité, reprend Xavier Pommereau. Ils ont du mal à s’affranchir de leur dépendance par rapport à leurs parents et se sentent finalement assez seuls et trop démunis pour faire leurs preuves et se sentir exister. Du coup, les plus fragiles d’entre eux, ou ceux et celles qui ont connu des traumatismes et des violences, vont plus tôt qu’auparavant entrer dans des conflits de rupture. »
Voir également : Comment réagir ?
[04.05.06]
Sylvie Boistard
Contacts
Association Phare enfants-parents, engagée dans la prévention du suicide des jeunes, 13, rue Caumartin, 75009 Paris.
Tél. 01 42 66 55 55.
E-mail : parents@libertysurf.fr
Fil santé jeunes, numéro vert anonyme et gratuit :
0 800 235 236, tous les jours de 8 heures à minuit.
Site Internet : www.filsantejeunes.com
Jeunes violence écoute, anonyme et gratuit.
Tél. 0 800 20 22 23.
Maisons des adolescents :
Bordeaux, tél. 05 56 79 58 67,
Le Havre, tél. 02 32 74 27 30,
Strasbourg, tél. 03 88 11 59 00,
Reims, tél. 03 26 78 78 78,
Bobigny, tél. 01 48 95 73 02,
Marseille, tél. 04 91 38 48 83.
Maison de Solenn à Paris, tél. 01 58 41 24 24.
A lire
Ados à fleur de peau, du Dr Xavier Pommereau, éditions Albin Michel, parution en mai 2006.
Maux d’ados, de Sylvie Sargueil, éditions La Martinière jeunesse, 21,85 euros.
Réponses à 100 questions sur l’adolescence, par Philippe Jeammet, éditions Solar, 17,96 euros.
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