mardi 22 mai 2012
Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste, est l’auteur de « Famille à tout prix », Le Seuil, 2008
Comme les sénateurs, vous êtes plutôt favorable aux mères porteuses...
Je suis favorable à un protocole autour de la gestation pour autrui, mais sous conditions : d’abord, que l’ovocyte ne soit pas celui de la mère porteuse, ce qui, au niveau psychologique, change tout.
Ensuite, qu’une fécondation in vitro soit systématiquement réalisée afin que l’on soit sûr que l’enfant n’est pas issu du spermatozoïde du mari de la mère porteuse.
Certains parlent d’instrumentalisation du corps de la femme. Qu’en pensez-vous ?
Je pense qu’ils n’ont pas assez discuté avec des mères porteuses. J’en ai rencontré beaucoup de par le monde. La plupart ne font pas cela pour l’argent. Elles se payent symboliquement en faisant don de maternité.
Généralement, des liens très forts unissent la mère utérine et la mère réelle.
Bien sûr, la France est attachée au principe de gratuité, qui doit être préservé. Gratuité ne veut pas dire argent zéro. Il faut imaginer un système financier qui ne soit pas, comme aux Etats-Unis, celui de l’offre et de la demande, mais un dédommagement raisonnable couvrant les frais afférents à la grossesse et une éventuelle perte de salaire de la mère porteuse.
Depuis douze ans, en Angleterre, cela marche bien. La Grèce a mis en place un véritable service public et propose l’équivalent d’un Smic.
Vous êtes favorable à la levée de l’anonymat des donneurs (sperme et ovocytes) ?
Totalement. Le don de sperme n’est pas un don de rein. Il faut imaginer pour les enfants du don un système comme celui des enfants nés sous X.
Ceux-ci pourraient, à 18 ans, avoir accès à leur dossier. Juridiquement, connaître l’identité de son donneur ou de l’enfant né de son sperme ne changerait rien à la filiation. Il n’y aurait d’autre intérêt pour chacun qu’une connaissance mutuelle.
Les médecins craignent une chute des dons en cas de levée de l’anonymat ?
Tous les pays qui ont fait ce choix ont effectué un gros travail d’information. Non seulement les dons n’ont pas baissé, mais ils y ont gagné des donneurs lucides et responsables. La transparence est bonne pour tout le monde.
Voyez-vous dans votre cabinet ces enfants du secret ?
Oui, et ce secret est destructeur. Certains enfants ne savent pas qu’ils sont issus d’un donneur. Le secret de famille suinte. Ils imaginent le pire : ils ont été abandonnés, leur mère a été violée.
Pour d’autres qui savent qu’ils sont des enfants du don, il est insupportable qu’on leur refuse les informations qu’ils demandent ; pas systématiquement le nom du donneur, mais une photo, des informations, un métier...
Quelle est donc cette société où les institutions s’arrogent le droit de mieux connaître l’identité d’un enfant que l’enfant lui-même ? Si un des enfants se pourvoyait devant la Cour européenne des droits de l’homme, nul doute qu’il aurait gain de cause. La levée de l’anonymat va dans le sens de l’histoire.
[11.12.08]
Anne-Marie Thomazeau
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